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SUR

LA SEPTIÈME ÉGLOGUE.

CETTE septième églogue est dans le goût de la huitième idylle de Théocrite. Mélibée raconte le dialogue ou le combat en chant de deux jeunes bergers, Corydon et Thyrsis. Les interprètes cherchent en vain de l'allégorie dans cette églogue, qui est une imitation de Théocrite. Ce chant en dialogue (comme je l'ai dit page 60 ) s'appelle chant amébée.

I

1 Nymphes de Béotie. Il y a dans le texte, Nymphæ libethrides, c'est-à-dire, nymphes qui présidez à la fontaine de Libethre, dans la Béotie, près du mont Hélicon.

* De mon ami Codrus. Codrus étoit un bon poète, contemporain de Virgile, dont, selon Servius, il étoit fait mention dans les élégies de Valgius, qui sont perdues. De ces deux bergers, l'un dit presque toujours le contraire de l'autre. Le baccar dont il est parlé ici, s'appelle chez les botanistes gant de Notre-Dame. Il étoit regardé comme une espèce d'amulette contre les langues envieuses et médisantes.

3 Ou s'il est forcé de me louer..... Les derniers traducteurs ont fait un contre-sens en cet endroit, en rapportant ultra placitum à Thyrsis, au lieu de le rapporter à Codrus.

4 Ce bois de cerf. Il y a dans le texte, vivacis cornua cervi. Les cerfs vivent très-long-temps, témoin le cerf à qui Alexandre le Grand avoit fait mettre un collier, et qui vivoit encore, selon Pline, cent ans après la mort de ce prince; témoin encore le cerf de Charles VI, pris dans la forêt de Senlis, ayant un collier avec cette inscription : Cæsar hoc me donavit. Ce César n'étoit pas cependant Jule-César, mais quelque empereur d'Allemagne, selon Mézeray.

↳ Une statue de marbre. Un berger tel que Corydon n'étoit pas en état d'ériger à Diane une statue de marbre, et Thyrsis pouvoit encore moins en élever une toute d'or à Priape. Il faut

faire attention que c'est ici un chant de deux bergers, à qui il est permis de disposer de leurs idées, et de promettre des choses magnifiques, qui ne leur doivent rien coûter. Peut-être est-ce une espèce de badinage, qui avoit son sel dans les circonstances où cette pièce fut composée.

• Plus amer que les herbes de Sardaigne. On prétend qu'il croît dans cette isle une certaine herbe qui fait faire des grimaces à ceux qui en mangent, en sorte qu'ils paroissent rire malgré eux. De-là vient le ris sardonien, risus sardonicus, pour dire, un ris forcé.

Comme le loup se soucie du compte des brebis. Le mépris que le berger fait du vent de Borée, comparé avec le mépris du loup pour la peine que les bergers prennent de compter leurs brebis tous les soirs en les faisant rentrer dans la bergerie, est bien dans le génie pastoral. Il y a sur cela un proverbe plus ancien que Virgile, et qui subsiste encore à la campagne: A brebis comptées le loup ne perd pas ses droits. Le P. Catrou a traduit plaisamment, aut numerum lupus, etc. par ces mots : Nous nous mettons en peine du vent de Borée, comme un loup se soucie de la musique.

8

Thyrsis vainement disputa la victoire. On demande pourquoi, puisque les vers de Thyrsis sont aussi beaux que ceux de Corydon. C'est que celui-ci est dans ses vers plus poli, plus modéré, plus équitable.

9 Corydon est toujours Corydon à mes yeux : cela s'entend. C'est comme si on disoit, Virgile est toujours Virgile pour moi, c'est-à-dire, le plus grand des poètes.

Les remarques du P. Catrou sur cette églogue sont inconcevables. Il est échappé à l'abbé de Saint-Remy une bévue bien singulière. Il a rendu deux fois le mot de caper par celui de belier, vers 7 et vers 9. Dans l'églogue troisième, il fait la même faute, sur le vers 23, Si nescis, meus ille caper fuit, qu'il traduit ainsi, Si tu l'ignores, ce belier étoit à moi. Il paroit que ce savant traducteur a été bien convaincu que caper signifioit un belier, et étoit synonyme d'aries. C'est néanmoins ce que je n'ai vu nulle part.

PAS

ECLOGA VI I I.

DAMON, ALPHESIBUS.

ASTÓRUM musam Damonis et Alphesibai,
Immemor herbarum quos est mirata juvenca
Certantes, quorum stupefactæ carmine lynces,
Et mutata suos requierunt flumina cursus;
Damonis musam dicemus et Alphesibai.

Tu mihi, seu magni superas jam saxa Timavi,
Sive oram illyrici legis æquoris; en erit umquam
Ille dies, mihi cum liceat tua dicere facta?
En erit, ut liceat totum mihi ferre per orbem
Sola sophocleo tua carmina digna cothurno?
A te principium; tibi desinet: accipe jussis
Carmina
cœpta tuis, atque hanc sine tempora circum
Inter victrices ederam tibi serpere lauros.
Frigida vix cœlo noctis decesserat umbra,
Cum ros in tenera pecori gratissimus herba,
Incumbens tereti Damon sic cœpit olivæ:

DAMON.

Nascere, præque diem veniens age, Lucifer, almum; Conjugis indigno Nisa deceptus amore

Dum queror, et divos (quamquam nil testibus illis.

VIII. É GLOGU E.

DAMON, ALPHÉSIBÉE.

JE répéterai les chants des bergers Damon et Alphésibée, qui par leur dispute charmèrent les troupeaux jusqu'à leur faire oublier les pâturages. Les lynx étonnés furent attentifs à leurs vers les ruisseaux suspendirent leur cours et se reposèrent.

1

Illustre Pollion, je t'adresse ces vers, soit que tu franchisses déja les rochers du Timave, soit que tu côtoies le rivage de la mer d'Illyrie 3. Ne viendra-t-il jamais ce jour où il me sera permis de célébrer tes glorieux exploits? Jamais ne publierai-je dans le monde entier tes vers, qui sont les seuls dignes du cothurne de Sophocle? C'est en te louant que ma muse s'est essayée : tes louanges seront encore l'objet de mes derniers chants. Reçois aujourd'hui des vers composés par ton ordre, et souffre que ce lierre se glisse parmi les lauriers de ton front 4.

Les froides ombres de la nuit étoient à peine dissipées, l'herbe tendre étoit encore couverte de la rosée si agréable aux troupeaux, lorsque Damon, appuyé sur sa houlette d'olivier, fit entendre ces chants:

DAMO N.

Étoile du matin, astre qui préviens le flambeau du jour, hâte-toi de paroître, tandis que je me plains de l'indigne trahison de la perfide Nise, et que je m'adresse encore aux dieux dans ce dernier moment de ma vie,

quoique souvent il ne m'ait rien servi de les avoir pris à témoin. O ma flûte, essaie avec moi des sons dignes du Ménale.

Le Ménale est couvert d'une harmonieuse forêt, et ses pins sont toujours mélodieux. Il entend sans cesse les bergers qui chantent leurs amours, et Pan qui le premier trouva l'usage du chalumeau. O ma flûte, essaie avec moi des sons dignes du Ménale.

Nise, épouse de Mopsus! à quoi tout amant ne peut-il pas prétendre? Les griffons seront désormais aimés des jumens, les chiens et les daims timides iront dans la suite se désaltérer à la même fontaine. Prépare, Mopsus, les flambeaux de ton hyménée; on te donne une épouse: nouveau mari, renonce à la bagatelle. Pour toi l'étoile du soir commence à luire ‘. O ma flûte, etc.

Bergère unie à un berger digne de toi, tandis que tu nous méprises tous, que les sons de ma flûte te déplaisent, que tu hais mes sourcils épais et ma longue barbe, crois-tu qu'il n'est point de dieu qui se mêle des choses humaines? O ma flûte, etc.

Je t'ai vue dans ton enfance cueillir, le matin, avec ta mère, des fruits dans nos vergers. C'étoit moi qui vous conduisois l'une et l'autre. J'avois douze ans, et déja je pouvois atteindre aux branches des arbres. Je te vis, je t'aimai, je ne fus plus le maître de mon cœur. O ma flûte, etc.

Je connois aujourd'hui l'Amour. Il est né sur les rochers de l'Ismare, ou du Rhodope, ou chez les Garamantes. Cet enfant n'est ni de la même espèce ni du même sang que nous. O ma flûte, etc.

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