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Conseil des Dix qui l'avait condamné, et qui témoignait de la haine au Doge son père, on essaya de niettre à son tour Jacob à la torture, et l'on prolongea contre lui ces affreux tourments, sans réussir à en tirer aucune confession. Malgré sa dénégation, le Conseil des Dix le condamna à être transporté à la Canée, et accorda une récompense à son délateur. Mais les horribles douleurs que Jacob Foscari ayait éprouvées, avaient troublé sa raison ; ses persécuteurs, touchés de ce dernier malheur, permirent qu'on le ramenât à Venise le 26 mai 1451. Il embrassa son père, il puisa dans ses exhortations quelque courage et quelque calme, et il fut reconduit immédiatement à la Canée.' Sur ces entrefaites, Nicolas Erizzo, homme deja noté pour un précédent crime, confessa, en mourant, que c'était lui qui avait tué Almoro Donato.

Le malheureux Doge, François Foscari, avait déja cherché à plusieurs reprises, à abdiquer une dignité si funeste à lui-même et à sa famille. Il lui semblait que, redescendu au rang de simple citoyen, comme il n'inspirerait plus de crainte ou de jalousie, on n'accablerait plus son fils par ces effroyables persécutions. Abattu par la mort de ses premiers enfants, il avait voulu, dès le 26 juin 1433, déposer une dignité, durant l'exercice de laquelle sa patrie avait été tourmentée par la guerre, par la peste, et par des malheurs de tout genre.Il renouvela cette proposition après les jugements rendus contre son fils; mais le Conseil des Dix le retenait forcément sur le trône, comme il retenait son fils dans les fers.

Er vain Jacob Foscari, obligé de se présenter chaque jour au gouverneur de la Canée, réclainait contre l'injustice de sa dernière sentence, sur laquelle la confession d'Erizzo ne laissait plus de doutes. En vain il demandait grace au farouche Conseil des Dix; il ne pouvait obtenir aucune réponse. Le desir de revoir son père et sa mère, arrivés tous deux au dernier terme de la vieillesse, le desir de revoir une patrie dont la cruauté ne méritait pas un si tendre amour, se changèrent en lui en une vraie fureur. Ne pouvant retourner à Venise pour y vivre libre, il voulut du moins y aller chercher un supplice. Il écrivit au duc de Milan à la fin de mai 1456, pour implorer sa protection auprès du sénat: et sachant qu'une telle lettre serait considérée comme un crime, il l'exposa lui-même dans un lieu où il était sûr qu'elle se

· Marin Sanuto, p. 1138.-M. Ant. Sabellico, Deca III, L. VI, f. 187.
* Ibid, p. 1139.
3 Ibid. p. 1032.

rait saisie par les espions qui l'entouraient. En effet, la lettre étant déférée au Conseil des Dix, on l'envoya chercher aussitôt, et il fut reconduit à Venise le 19 juillet 1456.'

Jacob Foscari ne nia point sa lettre, il raconta en même temps dans quel but il l'avait écrite, et comment il l'avait fait tomber entre les mains de son délateur. Malgré ces aveux, Foscari fut remis à la lorture, et on lui donna trente tours d'estrapade, pour voir s'il confirmerait ensuite ses dépositions. Quand on le détacha de la corde, on le trouva déchiré par ces horribles secousses. Les juges permirent alors à son père, à sa mère, à sa femme, et à ses fils, d'aller le voir dans sa prison. Le vieux Foscari, appuyé sur un bâton, ne se traîna qu'avec peine dans la chambre où son fils unique était pansé de ses blessures. Ce fils demandait encore la grace de mourir dans sa maison. Retourne à ton exil, mon fils, puisque ta patrie l'ordonne, » lui dit le Doge, « et soumets-toi à sa volonté. » Mais en rentrant dans son palais, ce inalheureux vieillard s'évanouit, épuisé par la violence qu'il s'était faite. Jacob devait encore passer une année en prison à la Canée, avant qu'on lui rendit la même liberté limitée à laquelle il était réduit avant cet événement; mais à peine fut-il débarqué sur cette terre d'exil, qu'il y mourut de douleur.'

Dès lors, et pendant quinze mois, le vieux Doge, accablé d'années et de chagrins, ne recouvra plus la force de son corps ou celle de son ame; il n'assistait plus à aucun des conseils, et il ne pouvait plus remplir aucune des fonctions de sa dignité. Il était entré dans sa quatrevingt-sixième année, et si le Conseil des Dix avait été susceptible de quelque pitié, il aurait attendu en silence la fin, sans doute prochaine, d'une carrière marquée par tant de gloire et tant de malheurs. Mais le chef du Conseil des Dix était alors Jacques Loredano, fils de Marc, et neveu de Pierre, le grand amiral, qui toute leur vie avaient été les ennemis acharnés du vieux Doge. Ils avaient transmis leur haine à leurs enfants, et cette vieille rancune n'était pas encore satisfaite.' A l'instigation de Loredano, Jérôme Barbarigo, inquisiteur d'état, proposa au Conseil des Dix, au mois d'octobre 1457, de soumettre Foscari à une nouvelle humiliation. Dès que ce magistrat ne pouvait plus remplir ses fonctions, Barbarigo demanda qu'on nommåt un autre Doge. Le conseil, qui avait refusé par deux fois l'abdication de

· Marin Sanulo, p. 1162.
- Marin Sanuto, p. 1163.--Navagiero Stor. Venez. p. 1118.
3 Vettor Sandi Storia civile Veneziana, P. 11, L. VIII, p. 715.--717.

Foscari, parceque la constitution ne pouvait la permettre, hésita ayant de se mettre en contradiction avec ses propres décrets. Les discussions dans le conseil et la junte se prolongèrent pendant huit jours, jusque fort avant dans la nuit. Cependant, on fit entrer dans l'assemblée Marco Foscari, procurateur de Saint-Marc, et frère du Doge, pour qu'il fùt lié par le redoutable serment du secret, et qu'il ne pút arrêter les menées de ses ennemis. Enfin, le conseil se rendit auprès du Doge, et lui demanda d’abdiquer volontairement un emploi qu'il ne pouvait plus exercer. « J'ai juré, » répondit le vieillard, «de remplir jusqu'à ma mort, selon mon honneur et ma conscience, les fonctions auxquelles ma patrie m'a appelé. Je ne puis me délier moi-même de mon serment; qu’un ordre des conseils dispose de moi, je m'y soumeltrai, mais je ne le devancerai pas. » Alors une nouvelle délibération du conseil délia François Foscari de son serment ducal, lui assura une pension de deux mille ducats pour le reste de sa vie, et lui ordonna d'évacuer en trois jours le palais, et de déposer les ornements de sa dignité. Le Doge ayant remarqué parmi les conseillers qui luwportèrent cet ordre, un chef des Quarante qu'il ne connaissait pas, demanda son nom: « Je suis le fils de Marco Memmo, » lui dit le conseiller. -« Ah! ton père était mon ami,» lui dit le vieux Doge en soupirant. Il donna aussitôt des ordres pour qu'on transportåt ses effets dans une maison à lui; et le lendemain 23 octobre, on le vit, se soutenant à peine, et appuyé sur son vieux frère, redescendre ces mêmes escaliers sur lesquels, trente-quatre ans auparavant, on l'avait vu installé avec lant de pompe, et traverser ces mêmes salles où la république avait reçu ses serments. Le peuple entier parut indigné de tant de dureté exercée contre un vieillard qu'il respectait et qu'il aimait; mais le Conseil des Dix fit publier une défense de parler de cette révolution, sous peine d'être traduit devant les inquisiteurs d'état. Le 20 octobre, Pasqual Malipieri, procurateur de Saint-Marc, fut élu pour successeur de Foscari; celui-ci n'eut pas néanmoins l'humiliation de vivre sujet, là où il avait régné. En entendant le son des cloches, qui sonnaient en actions de graces pour cette élection, il mourut subitement d'une hémorragie causée

par une veine qui s'éclata dans sa poitrine.'

Marin SANUTO, Vite de' Duchi di Venezin, p. 1164.—Chronicon Eugubinum, T. XXI, p. 992.-Christoforo da Soldo Istoria Bresciana, T. XXI, p. 891.- Navigero Storio Veneziana, T. XXIII, p. 1120.

.-M. A. Sabellico, Deca III, L. VIII, f. 201.

«Le Doge, blessé de trouver constamment un contradicteur et un censeur si amer dans son frère, lui dit un jour en plein conseil: “Mes. sire Augustin, vous faites tout votre possible pour hâter ma mort; vous vous flattez de me succéder, mais, si les autres vous connaissent aussi bien que je vous con ils n'auront garde de vous élire.' Làdessus il se leva, ému de colère, rentra dans son appartement, et mourut quelques jours après. Ce frère, contre lequel il s'était emporté, fut précisément le successeur qu'on lui donna. C'était un mérite dontcon aimait à tenir compte, sur-tout à un parent, de s'être mis en opposition avec le chef de la république.' » Daru, Histoire de Venise, vol. II, sec. XI, p. 533.

· The Venetians appear to have had a particular turn for breaking the hearts of their Doges : the above is another instance of the kind in the Doge Marco Barbarigo; he was succeeded by his brother Agostino Barbarigo, whose chief merit is above-mentioned.

Is Lady Morgan's fearless and excellent work upon « Italy," I perceive the expression of « Rome of the Oceann applied to Venice. The same phrase occurs in the « Two Foscari. My publisher can vouch for me that the tragedy was writtenand sent to England some time before I had seen Lady Morgan's work, which I on lyreceived on the 16th of August. I hasten, however, to notice the coincidence, and to yield the originality of the phrase to her who first placed it before the public. I am the more anxious to do this as I am informed (for I have seen bun few of the specimens, and those accidentally) that there have been lately brought against me charges of plagiarism. I have also had an anonymous sort of threatening intimation of the same kind, apparently with the intent of extorting money. To such charges I have no answer to make. One of them is ludicrous enough. I am reproached for having formed the description of a shipwreck in verse from the narratives of many actual shipwrecks in prose, selecting such materials as were most striking. Gibbon makes it a merit in Tasso « to have copied the minutest details of the Siege of Jerusalem from the Chronicles.» In me it may be a demerit, I presume; let it remain so.

. Whilst I have been occupied in defending Pope's character, the lower orders of Grub-street appear to have been assailing mine : this is as it should be, both in them and in me. One of the accusations in the nameless epistle alluded to is still more laughable: it states seriously that I « received five hundred pounds for writing advertisements for Day and Martin's patent blacking!" This is the highest compliment to my literary powers which I ever received. It states also « that a person has been trying to make acquaintance with Mr Townsend, a gentleinan of the law, who was with me on business in Venice three years ago, for the purpose of obtaining any defamatory particulars of my life from this occasional visitor.» Mr Townsend is welcome to say what he knows. I mention these particulars merely to show the world in general what the literary lower world contains, and their way of setting to work. Another charge made, I am told, in the

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