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chimie, mais aussi d'ajouter ce qu'elle contient en sus de ce que fournissent les expériences et les raisonnemens de MM. de La Rive et Nobili, mes travaux sur cet important objet n'étant apparemment pas connus en France, et veuillez insérer cette lettre dans vos Annales, soit pour me rendre justice, soit

pour

donner occasion aux physiciens de constater, par de nouvelles expériences, les sujets que M. de La Rive n'a pas encore traités. Dès

que la découverte de la pile de Volta eut relenti jusqu'à Riga , où je me trouvais alors, je m'occupai avec zèle, dans ce coin de l'Europe, de recherches sur cet important objet, et, après de nombreuses expériences, je fus en état de rédiger la théorie de la pile en septembre 1801; la publication fut retardée par ma nomination à la chaire physique de Dorpat. Peu après mon arrivée dans cette ville, je lus la question de prix sur la pile de Volta, proposée par la Société batavé des sciences de Harlem. Je me mis sur les rangs en envoyant mes travaux. Mon Mémoire fut couronné, et j'eus l'honneur d'être nommé quelque temps après membre de cette illustre Société. Considérant ensuite que, comme les Mémoires des Sociétés savantes ne paraissent ordinai- , rement que tard, mes idées pourraient devenir surannées, je publiai, dans les Annales allemandes de physique, t. XII, p. 49, un extrait de mon Mémoire de concours dans une lettre adressée au rédacteur M. Gilbert, en date du commencement de mars 1802.

Ce fut en novembre 1801 que Volta répéta ses expériences à Paris, et y dévoila en entier la théorie qu'il avait déjà indiquée (à ce que j'appris depuis ) dans quel

M

ques lettres particulières. Dès cette époque, tous les physiciens se déclarèrent avec un zèle ardent pour cette hypothèse. En Allemagne, il se forma une espèce de propagande pour la répandre, dont Mr C. H. Pfaff se nomma publiquement l'apôtre. La théorie chimique de la pile fut éclipsée, et en France M. Biot lui fit à peine l'honneur de l'attaquer par son expérience faite à la balance de torsion. Le seul H. Davy parut (si je ne me trompe) en 1803, incliner un moment, de même que M. Wollaston, pour cette théorie, mais l'abandonna ensuite. De temps en temps on l'attaquait en Allemagne, surtout à l'apparition de la pile soi-disant sèche de Zamboni, que je prouvai n'avoir été sèche dans aucune des expériences que l'on avait faites jusqu'alors, car, lorsqu'on la sèche véritablement, elle ne donne aucun signe d'électricité (1). C'est ainsi qu'un grand nom, justement révéré, a fasciné pendant vingt-sept ans l'Europe entière. Je fus peut-être le seul qui ne se laissa pas ébranler un moment, non par opiniâtreté, mais parce

(1) On se permettait tout contre ma théorie, sans examen, et M. Pfaff, en me reprochant de n'avoir pas adopté, dans mon cours de physique, la théorie de Volta, osa dire que, si j'avais répété une seule fois l'expérience avec le condensateur à plaques hétérogènes, je n'adhérerais plus à ma théorie; tandis que le même ouvrage, qu'il regarde comme défectueux à cet égard, contient, p. 553 et 554, vingt expériences faites par moi avec cette espèce de condensateur. On faisait flèche de tout bois contre le physicien qui avait osé dire que les expériences de Volta n'étaient pas justes et que sa théorie

était erronée.

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en

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que toutes les nouvelles expériences des physiciens et de moi, raffermissaient mon opinion, et étaient des preuves contre celles de Volta.

Mais était-ce la peine, dira-t-on peut-être, de soutenir si long-temps une lutte si inégale ? Assurément ! car, outre qu'il ne faut jamais abandonner la cause de la vérité, je voyais de nouvelles erreurs naître de l'hypothèse voltaïque, s'affermir de jour en jour, et empiéter sur le domaine des branches les plus importantes des sciences naturelles.

D'abord, l'électricité de contact dérivait d'une qualité occulte, dont l'existence était démentie par tous les autres phénomènes électriques , et l'explication de la marche des deux e dans la pile, quelque insuffisante qu'elle fût, supposait au liquide une seconde qualité occulte, vertu de laquelle il était et n'était pas en même temps un conducteur électrique.

La chimie n'existait plus ; un des plus grands chimistes de notre temps en avait fait un appendice de l'électricité', séduit par les conséquences tirées de l'hypothèse de Volta , qui partageaient tous les corps en positifs et négatifs. Sir H. Davy, enhardi par ces idées banales , alla jusqu'à conclure, d'une suite d'ailleurs très-intéressante d'expériences, que l'électricité pouvait anéantir les forces chimiques des corps. Aujourd'hui la chimie renaît de ses cendres ; l'Europe va reconnaître que , loin d'être un rejeton subordonné de l'électricité, c'est elle qui produit les phénomènes électriques, et le langage, introduit par ces fausses idées, tombera.

La théorie des météores aqueux et celle de la foudre sont aujourd'hui intimement liées l'une à l'autre. La

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foudre sera , ainsi que je l'ai enseigné, le résultat des
changemens chimiques, et physiques qui ont lieu dans
l'atmosphère, et l'électricité n'agira plus, ici comme
ailleurs, qu'en qualité d'agent chimique.

La brillante découverte d'OErsted et les travaux
de MM. Arago et Ampère nous ont appris que les
phénomènes magnétiques sont engendrés par l'élec-
tricité, et sont par conséquent petits-fils de la chimie.
Les variations périodiques et régulières de l'aiguille ai-
mantée et l'influence des aurores boréales sur cette
aiguille l'indiquaient depuis long-temps. Mais la vue
était fascinée. Nous ne chercherons donc plus aujourd'hui
le magnétisme de notre terre dans un ou plusieurs ai-
mans, fixes ou mobiles, près du centre du globe, créés
immédiatement par la volonté divine, ou plutôt par
l'imagination des partisans de ces hypothèses. Les géo-
mètres ne prodigueront plus leurs calculs à la recherche
d'une loi imaginaire des variations magnétiques dans le
temps et l'espace. Un coup-d'oeil sur la carte magné-
tique de M. Yeates , qui , bien que depuis que le capitaine
Flinders nous a révélé les aberrations de l'aiguille sur
les vaisseaux, doive être considérée comme affectée de
nombre d'erreurs de quelques degrés, suffisait néanmoins
à prouver qu'il n'existe aucune loi mathématique dans
ces variations. Mais le 19 me siècle paraît trouver plaisir
à fonder d'immenses calculs sur des idées creuses. La
source du magnétisme terrestre étant dès aujourd'hui
reconnue comme chimique, nous la trouverons, comme
je l'ai annoncé depuis dans mon ouvrage allemand
Physik der Erde , p. 527, et développée un peu davan-

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T. XLII.

tage dans mes Entretiens sur la physique, pag. 266 e suiv.; dans les grands travaux souterrains de la chimie; dans ces opérations terribles qui animent les volcans et font trembler la croûte du globe d'un bout d'une hémisphère à l'autre. Ces procès souterrains et les matières qui les nourrissent, disséminés irrégulièrement, forment autant d'aimans dont les pôles, en se réunissant, produisent un ou plusieurs aimans qui pénètrent la surface entière du globe, comme, dans un petit aimant naturel, chaque parcelle a ses pôles à elle, dont la réunion forme deux ou plusieurs aimans dans la masse entière. A l'espérance déçue de trouver une loi qui n'existe pas, succédera l'espérance fondée de trouver, dans les variations quadruples de l'aiguille aimantée, des indices de changemens qui s'opèrent dans le grand procès volcanique, et des milliers d'observations faites pendant un siècle ne seront pas perdues. Cette aiguille, télescope magique qui offre à la vue du navigateur, à des distances immenses et malgré la courbure de la terre, les lieux sur lesquels son vaisseau se dirige, deviendra un télescope d'un nouveau genre qui percera l'écorce terrestre, pour offrir au physicien l'aspect des changemens du procès volcanique qui suit à pas lents et tortueux la file des substances souterraines dont il se nourrit. Peut-être que de bonnes observations de l'aiguille aimantée eussent fait prévoir la catastrophe qui vient de dévaster le littoral de Valence et de Murcie. Mais retournons à la théorie de la pile voltaïque.

Mon Mémoire de concours, et l'extrait que j'en ai publié dans les Annales de Gilbert, t. xii, p. 49, con

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