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De retour en France après mon premier voyage, je compulsai avec soin toutes mes notes, je les relus très-attentivement, et ayant voulu les comparer avec différens ouvrages publiés sur la Suisse, je fus frappé de la négligence des uns, de l'inexactitude des autres, et, par-dessus tout, des omissions graves qui existent dans le plus grand nombre, où l'on avait rendu compte d'une manière bien superficielle du pays que je venais de visiter avec tant d'intérêt! Et, s'il faut donner une preuve de ce que j'avance, je dirai qu'à peine quelques pages s'y trouvent consacrées à la ville la plus remarquable, la plus étonnante de la Suisse sous le rapport de l'instruction et des lumières : Genève, déplorable refuge sans doute des novateurs religieux du seizième siècle, mais ville à jamais célèbre par cette foule d'hommes illustres qu'elle a produits dans les sciences, dans les lettres et dans les arts, Genève, qui a fourni à l'Europe des littérateurs et des savans du premier ordre, occupe à peine un modeste coin dans plusieurs des ouvrages que je signale. Certains voyageurs la désignent même en

d

quelque sorte pour mémoire, tandis

que

d'autres lui font l'injure de la mettre à peu près en ou

bli (1).

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Ayant donc le désir de combler une lacune aussi grande, je voulus, malgré mes faibles moyens, tenter ce que mes prédécesseurs n'avaient point exécuté avant moi. Je me mis courageusement à l'auvre, j'y pris goût; et ayant cru nécessaire de revoir la Suisse pour y compléter mes observations, je retournai une autre année sur les bords du Léman, où je cherchai à établir des relations avec tous les

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(1) Dieu me garde néanmoins de faire une telle application aux ouvrages si intéressans de MM. Raoul - Rochette, Valéry, le comte Walsh et autres que le public a honorés avec plaisir de ses suffrages! Puis, comme il faut être juste en tout, et que la critique la mieux fondée suppose en même temps la plus sévère impartialité, je ferai observer, pour la justification des voyageurs qui ont écrit sur la Suisse, qu'ayant à parler des vingt-deux cantons, ils ne pouvaient donner à leur travail l'étendue proportionnelle du mien sans reculer de beaucoup trop, peutêtre, les bornes qu'ils avaient dû se prescrire. D'un autre côté, leurs ouvrages étant plutôt descriptifs que littéraires, la plupart n'offrant même que des impressions de voyages, leur sujet ne comportait guère de nouveaux détails, une fois la matière ordinaire épuisée.

hommes dont la position et les lumières pouvaient m'être utiles dans mon entreprise. L'un d'eux surtout m'a témoigné un empressement et une complaisance dont je ne saurais trop le remercier après tous les services qu'il m'a rendus. Qu'il daigne recevoir ici l'expression publique de ma reconnaissance! M. Charles Bourrit, pasteur et bibliothécaire de Genève, l'un des fils du célèbre historien des Alpes, a bien voulu entretenir avec moi une longue et pénible correspondance, soit pour me fournir les renseignemens dont j'avais encore besoin, soit pour rectifier ceux que j'avais pris moi-même sur les lieux, et que les événemens, qui se succèdent de nos jours avec tant de rapidité, avaient

pu

modifier depuis mon dernier

voyage.

Au
moyen

de breux annis, et par sa position comme bibliothécaire, il m'a été d'un grand secours pour mes recherches sur sa ville natale (1).

ses nom

(1) Au moment du tirage de cette feuille, on m'annonce, sans toutefois m'en garantir la certitude, que M. Ch. Bourrit doit être mort depuis quelque temps. Puisse cette triste nouvelle ne pas se confirmer!

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M. le docteur Coindet, membre du Conseil représentatif de Genève, et M. le docteur Levade, de Lausanne, ces deux savans que la mort a enlevés à leur patrie, dont ils faisaient l'honneur et la gloire, avaient eu aussi mille attentions pour moi durant mon séjour en Suisse, et me témoignèrent beaucoup de sympathie pour mon entreprise, à laquelle ils applaudissaient vivement. Avec quel plaisir je m'entretenais avec eux! Combien leur conversation était variée, brillante, instructive, lorsqu'ils ine parlaient de leur pays et des hommes qui l'avaient illustré dans tous les genres! Mon regret est trop pénible, je le sens, de n'avoir pu de leur vivant leur payer ce tribut d'hommages et de reconnaissance que je leur devais, et dont je m'acquitte aujourd'hui bien tristement..... aujourd'hui qu'ils ne sont plus!

Diverses circonstances qui me sont particulières, et dont l'explication serait inutile, ayant retardé jusqu'à ce jour la publication de mon ouvrage, on s'apercevra peut-être trop facilement, en certains endroits, que sa composition date déjà de quel

ques années, puisque j'y ai mis la dernière main en 1837, et qu'il ne paraît qu'en 1842 (1). C'est un inconvénient, si l'on veut, parce que

des

personnages, vivant à l'époque où je parlais d'eux après les avoir connus en Suisse, ont pu mourir dans l'intervalle, comme cela est malheureusement arrivé pour quelques-uns. Mais, si ces pertes sont déplorables, les conséquences en sont-elles bien importantes pour mon livre ? Je ne le pense point, assurément. Ensuite, pour ce qui touche les questions politiques, je ne présume pas non plus qu'il y ait à faire de notables changemens, vu que les événemens ne peuvent guère modifier un ouvrage où la politique ne joue aucun rôle, si ce n'est pour les constitutions du

pays,

dont il m'a bien fallu rendre compte au lecteur.

(1) L'impression, commencée en 1833 pour les premières feuilles, et continuée plus tard pour les autres, a duré aussi fort long-temps, ayant élé suspendue et reprise tourà-tour à différentes époques, mais pour des causes venant de mon côté, et non par le fait de mon imprimeur, dont l'obligeance ne s'est point démentie malgré toutes ces longueurs.

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