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pétres ; et la triple Hécate n'a rien de commun avec les faunes et les nymphes des bois. Je sais qu'aujourd'hui dans nos villages les bergers ont la réputation d'être sorciers ; mais cette espèce de bergers ne doit point paroître dans une Eglogue : à leur'aspect Pan* s'enfuiroit dans les roseaux,

et les Driades se cacheroient au fond de leurs forêts.

Les plus belles Eglogues de Virgile sont toujours celles où il y a le moins de détails champêtres : la dernière est tragique plutôt que pastorale ; le poète y peint les transports d'un amour malheureux. Le disa cours de Gallus est plein de ce désordre passionné, image fidèle des agitations du coeur : c'est un morceau propre à faire briller le style d'un traducteur.

O Lycoris ! que ces sources répandent une agréable fraîcheur! Que ces prés fleuris , que ces bois touffus sont délicieux ! avec quelle volupté je passerois ma vie près de toi , dans ce séjour enchanteur! maintenant un amour insensé te fait affronter les fureurs de Mars. Loin de ta terre natale, environnée des traits de l'ennemi , tu parcours sans moi et les sommets escarpés des Alpes et les froides rives du Rhin. Daignent les dieux te protéger contre l'intempérie des saisons ! daignent les dieux garantir tes pieds délicats de la froide gelée de cette zone glaciale! Errant, égaré , j'emboucherai le chalumeau du poète de Sicile, confiant aux échos ces vers chalcidiens, dont j'ai enrichi notre langue. Je préfère au tourment que j'endure , de vivre dans les bois, habitant les repaires des bêtes sauvages. Je graverai mes amours sur l'écorce tendre des jeunes plants ; ils croîtront ; vous croîtrez mes amours : confondu parmi les Nymphes, je gravirai le Ménale, donnant la chasse aux sangliers. Ni les frimats, ni les glaces ne m'empêcheront de battre

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avec une meute légère, les forêts du Parthenium. II me semble que déjà j'erre sur ces rives, dans ces bois sonores ; qu'à l'exemple du Parthe, je bande mon' arc et décoche ma flèche cydonienne ; comme si cette fatigue étoit capable de soulager mes ennuis ; comme si l'amour étoit un dieu dont les maux des mortels pussent fléchir le courroux. Ni les Hamadryades, ni les Muses elles-mêmes n'ont d'attraits pour moi. Forêts , j'abandonne vos asiles; le cruel amour est insensible à nos travaux. En vain , pour éteindre le feu qui me consume, j'épuiserois l'onde glacée de l'Herbre; en vain , dans la saison des frimats , je me plongerois dans les neiges de la Sithonie ; en vain touchant aux portes de la mort, je guiderois mourant mes agneaux dans les déserts de l'Ethiopie, où l'écorce la plus fine des aulnes , est desséchée par

le signe brûlant du Cancer. L'amour triomphe de tout, cédons à l'amour ».

y a plus d'élégance et de poésie dans ce morceau, que dans celui que j'ai déjà cité : on y cherche le goût, la précision et le mouvement. M. Gin a commis une énorme bévue dans la traduction de ces vers :

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« Nec si, cum moriens altâ liber aret un ulmo,
Æthiopum versemus oves , sub sidere Cancri ».

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Virgile fait dire à Gallus qu'il n'éviteroit pas l'amour , quand même il iroit faire paître les troupeaux des Ethiopiens sous le signe du Cancer, dans la saison où l'écorce mourante est desséchée sur l'ormeau : le traducteur applique à Gallus ce mot moriens, et il a défiguré tout ce passage par un étrange paragraphe : en vain touchant aux portes de la mort, je guiderois mourant mes agneaux dans les déserts de l'Ethiopie , l'écorce la plus fine des aulnes est desséchée par

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le signe brûlant du Cancer. Il est clair que si Gallus touchant aux portes de la mort, s'en alloit mourant garder les moutons en Ethiopie, il seroit bientôt guéri radicalement de l'amour et de tous les autres

G.

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maux.

XI.

Satires d'Horace, traduites en vets par

PIERRE DARU.

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E décrions pas trop les traductions; si elle ne servent pas beaucoup au plaisir des lecteurs , elles sont très - utiles à l'instruction des auteurs : ce sont des études d'après de grands modèles : on dira peutêtre, pourquoi faire part au public de ces études ? C'est pour encourager et animer les élèves. Cette espèce de travail a quelque chose de si ingrat et de si rebutant, qu'il faut permettre à ceux qui s'y livrent, de faire au moins admirer leur patience.

Je ne veux donc point intenter le procès à ceux que les grâces inimitables d'Horace n'ont point désespéré : je consens que tous nos écrivains modernes luttent contre lui en vers et en prose : ils sortiront toujours de ce combat, sinon avec honneur, du moins avec l'avantage d'avoir acquis de nouvelles forces : leur défaite sera pour eux une victoire si elle contribue à leur mieux faire sentir la supériorité du vainqueur. Ceux qui croiront égaler Horace, ou même en approcher, sont les seuls indignes d'indulgence et de pardon.

Les Satires d'Horaces sont peut-être plus capables, encore d'effrayer un traducteur que ses Odes : la

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plaisanterie fine et légère, l'élégante simplicité, la précision piquante, l'aimable négligence, sont encore plus difficiles à transporter d'une langue dans une autre, que les images et les beautés poétiques. Boileau. lui-même n'eût pas été trop bon pour une pareille tâche; mais il a beaucoup mieux fait, pour sa gloire et pour nos plaisirs, d'imiter Horace que de le

traduire.

Pourquoi Horace est-il regardé comme le poète philosophe par excellence? est-ce pour avoir insulté la religion de son pays? Il ne parle des dieux qu'avec respect : il y a même une Ode où il se reproche d'avoir adopté témérairement les dogmes impies d'Épicure, qu'il appelle une sagesse insensée :

Insanientis sapientiæ

Consultus erro.

Est-ce pour avoir flatté les mœurs corrompues du siècle par des maximes propres à ébranler toutes les bases de la société ? est-ce pour avoir répété jusqu'au dégoût, des sentences bannales d'humanité et de tolérance qui n'ont d'autre mérite que la tournure du vers? Non, c'est pour avoir bien connu l'homme et pour lui avoir révélé le secret de vivre heureux. Aucun auteur n'a jamais plus satisfait le goût et l'imagination tout à-la-fois; aucun n'a mieux su accorder, qu'Horace, la raison avec le charme des vers. Ses Satires et ses Epîtres ne sont que des discours philosophiques pour lesquels il a créé un genre particulier de versification: ceux qui n'ont qu'une médiocre littérature affectent du dédain pour les vers des Satires et des Epîtres, où ils ne trouvent point la cadence et l'harmonie de ceux de Virgile : les gens de lettres les admirent: ils y reconnoissent le

:

goût exquis d'Horace qui a su proportionner son style au sujet : les vers du Tartuffe , du Misanthrope , du Méchant, ne devoient pas ressembler à ceux de Phèdre et d'Athalie : le rythme de Virgile seroit aussi déplacé dans des satyres , que celui d'Horace dans un poëme épique : le déclamateur Juvénal n'étoit pas en état de saisir cette différence ; souvent il embouche la trompette dans ses Satyres, il y étale mal-à-propos toute la pompe de l'épopée : il est vrai que Boileau , dans ses Epîtres et ses Satires, a souvent le nombre et la cadence de Racine. La versification française ne prête pas aussi bien que celle des Latins aux différentes nuances de l'harmonie, surtout dans le vers alexandrin, qui devient choquant dès qu'on en rompt la mesure.

La poésie et l'éloquence ne doivent prodiguer leurs charmes que pour rendre les hommes meilleurs; c'est cette noble fonction qui fait la gloire des arts ; sans l'union de la philosophie, les lettres ne seroient qu'un jargon frivole et dangereux. Les différens genres de littérature emploient différens moyens de corriger et d'instruire; mais la Comédie réussit peut-être mieux qu'aucun autre, en nous montrant le ridicule de nos travers et de nos folies. Les Grecs ne connurent point d'autre satire; car je ne donne point ce nom aux injures sanglantes d'Archiloque et d'Hypoponax, dictées par une vengeance honteuse pour les lettres. Les Romains n'ayant point de comédie nationale , créèrent la satire, qui en est un foible supplément : à l'exemple d'Eupolis , de Cratinus et d’Aristopliane. Lucile

:

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Aux vioes des Romains présenta le miroir.

Horace corrigea, par son enjouement, l'amertume

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