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Arcadiens heureux ! O que si quelques jours
Votre luth à ces monts racontoit mes amours,
Gallus dans le tombeau reposeroit tranquille !
Que n'ai-je parmi vous, dans un modeste asile,
Ou marié la vigne, ou soigné vos troupeaux!
L'amour eût de ces lieux respecté le repos;
Et de fougueux transports s'il eût rempli mon ame,
Ou Phyllis, ou Daphné, répondroit à ma flamme.
Phyllis à moins d'éclat; mais une fleur des champs,
Mais le sombre hyacinthe orne encor le printemps :
Quels charmes ne remplace un cœur sans imposture !
Là, de pampres couvert, entouré de verdure,
Là, du moins, sous l'abri de ces rians côteaux,
Ou Phyllis , ou Daphné, dans l'ombre des berceaux,
Viendroit me prodiguer des soins toujours fidèles.
Phyllis iroit, pour moi, cueillir des fleurs nouvelles ;
Charmé de ses accens, j'écouterois Daphné.
Prés fleuris,

onde

pure , ô séjour fortuné !
Rendez-moi Lycoris ! Viens dans ces riches plaines !
Ici, de beaux vergers,

des
gazons,

des fontaines,
Des bois mystérieux, et les cieux les plus doux.
C'est ici , loin du monde et des regards jaloux,
Que nos jours, consumés par une même ivresse,
S'exhaleroient ensemble, éteints par la vieillesse.

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Ces yers ont de la chaleur et de la rapidité : on y retrouve quelques accens de la passion si énergiquement exprimée par le poète latin. Il paroît que cette Lycoris , que Gallus regrettoit si vivement, étoit une fille honnête qui avoit tout simplement quitté son adorateur pour suivre un général sur les bords du Rhin. Le poète continue :

Quelle erreur! Faut-il donc affronter mille dards;
Porter mon fol amour sous les drapeaux de Mars ?
Je t'y suivrai !.... Que dis-je ? à mes pleurs aguerrie,
N'as-tu pas, sans regrets, délaissé ta patrie !
Pour être loin de moi, (que n'en puis-je douter !)
Neige, torrens, frimas, rien ne doit t'arrêter !

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Quoi, des Alpes sans moi tu peux gravir les cimes!
Seule, du Rhin glacé tu franchis les abîmes.

Ah! puissent leurs glaçons, puissent les durs frimats
Se fondre et s'amollir sous tes pieds délicats!

Je ne puis résister ici au plaisir de citer les vers de Virgile :

Alpinas, ah dura! nives et frigora Rheni

Me sine sola vides. Ah! te ne frigora lædant!
Ah! tibi ne teneras glacies secet aspera plantas !

L'amant désespéré veut au moins chercher quelque charme à ses peines dans les agitations de la chasse :

C'est un désert, un antre, où je dois habiter:
Aux tyrans des forêts, je veux le disputer.

J'irai sur le Ménale, intrépide chasseur,
Des sangliers fougueux défier la fureur.

Mes chiens, plus animés, franchiront sur mes traces
Du froid Parthenius les éternelles glaces:

Au sommet de ses rocs, au fond de ses forêts,
Comme un Parthe, en fuyant, je lancerai mes traits.

Pourquoi, en fuyant? Le poète latin n'indique ici que l'adresse par laquelle les Parthes manioient l'arc, et non pas leur manière de combattre. L'infortuné Gallus sent que toutes ces ressources sont inutiles; il s'écrie en finissant:

Vains secours, vains travaux ! Aveugles que nous sommes !
Ah! qu'importe à l'amour tous les tourmens des hommes!
Nymphes des bois, Sylvains, ni vos chants, ni vos jeux,
Ni le charme des vers, ne calmeront mes feux!

Oui; sous le Cancer même, aux lieux où sa furie
Dévore des ormeaux et l'écorce et la vie ;

Sur l'Hèbre ou chez le Scythe, égaré par l'Amour,
Quand tout cède à ce Dieu, cédons à notre tour.

Quel poète a jamais su mieux peindre que Virgile

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le délire des passions ! Ces plaintes de Gallus sont un chef-d'oeuvre du genre. Si toute la délicatesse, si toute l'élégance de ce morceau n'a pas passé dans la traduction, quelques étincelles du feu qui l'anime échauffent au moins les vers du traducteur : le mouvement de l'original se fait sentir dans la copie : et en général, M. de Langeac me paroît avoir mieux réussi dans les endroits où la passion domine avec violence, que dans ceux où le poète , plus calme, se livre à l'attrait des descriptions, et au charme tranquille des sentimens doux et paisibles.

Le traducteur a orné son ouvrage d'un Precis Historique et Littéraire sur Virgile, fort agréable, et peut-être un peu romanesque : ce qui n'ôte rien à l'agrément; il a mêlé dans ce Précis le certain avec

a l'incertain , bien sûr apparemment que les traditions les moins authentiques ne seroient pas les moins intéressantes. Les notes dont M. de Langeac a laissé le soin au littérateur instruit, et à l'écrivain habile qui a composé eelles de la traduction de VÉnéide, renferment tout ce qu'on a dit, et tout ce qu'on peut dire sur les églogues de Virgile.

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X.

Les Idylles de Theocrite, et les Églogues de Virgile ;

traduction nouvelle, par P. L. C. GIN.

CErre seconde édition n'est que la première échappée, comme le prétend l'auteur, aux ravages des Vandales : l'ouvrage cependant qui parut en 1787, à l'époque de l'Assemblée des Notables, a pu se débiter

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paisiblement pendant plusieurs années puisque l'irruption des Vandales ne date que de 93; mais M. Gin observe très-bien que le temps n'étoit pas favorable pour publier des clfansons pastorales : « Alors, dit-il, des passions trop violentes, des intérêts personnels trop puissans, des discussions politiques trop épineuses, agitoient les esprits, pour leur permettre de goûter de tels plaisirs quand le ciel est en feu, que le tonnerre gronde, que les éclairs redoublés nous montrent de toutes parts la foudre prête à nous écraser, qui pourroit s'occuper des chants plaintifs du Chevrier, sur la mort paisible du jeune Daphnis ; de la Magicienne qui s'efforce par ses enchantemens de rappeler son amant ; des querelles de Battus et de Goridon? » Je ne crois pas qu'on soit plus porté aujourd'hui à s'occuper de ces détails champêtres, à moins qu'ils ne soient revêtus de toutes les grâces d'un style enchanteur. Ce n'est pas à moi d'examiner si le traducteur est parvenu à répandre quelqu'intérêt sur des images si éloignées de notre goût et de nos mœurs, et s'il a su transporter dans notre langue les grâces et la mollesse de Théocrite; puisque je suis son rival, l'honneur me prescrit de me récuser moi-même pour son juge. Je me borne à mettre sous les yeux du public, un morceau de l'Épithalame d'Hélène, traduit par M. Gin; j'y joindrai ma traduction, et le public pourra comparer la manière des deux interprètes de Théocrite.

"

Quatre fois, soixante Nymphes du même âge que ta jeune épouse, versant l'huile sur leur corps, accoutumées aux mêmes exercices que les hommes, se disputent la victoire sur les rives de l'Eurotas. Quand Hélène est absente, leur beauté n'a point d'égale. Hélène paroît; leurs charmes s'évanouissent comme

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les ombres d'une nuit d'hiver à l'approche de la brillante aurore du premier jour du printemps. Autant le sillon s'élève au-dessus de la glèbe, autant le cyprès l'emporte sur les humbles arbrisseaux de nos jardins, autant , attelé à un char, brille un coursier de Thessalie ; autant Hélène , au teint de rose , l'ornement de Lacédémone , l'emporte par sa fraîcheur, par sa taille élevée, sur toutes ses compagnes.

» Aucune n'emplit de plus agréables tissus la corbeille destinée aux ouvrages des femmes. Aucune ne fait voler la navette avec plus de légèreté. Aucune ne détache de dessus le métier, des ouvrages travaillés avec plus d'art. Aucune , chantant Artémise ou la docte Minerve, ne tire de sa cythare des sons plus harmonieux. Nymphe charmante, maintenant livrée aux soins domestiques, dans nos courses printannières, cueillant sur les prairies les fleurs odorantes , nous en formerons des couronnes dignes de t’être offertes. Jamais ton souvenir ne s'effacera de notre esprit. Nos cæurs s'élancent vers toi , comme les agneaux sur les mamelles de leurs mères. Des couronnes de loto seront suspendues par nos mains, sous l'ombrage d'un platane. Portant dans un vase d'argent de l'huile parfumée , nous la verserons goutte à goutte sur l'écorce de cet arbre ; nous y graverons ces mots en langue dorique, pour qu'ils soient entendus de tous : Respectez-moi , je suis l'arbre d'Hélène ».

Je m'interdis sur ce style toute espèce de réflexions : elles se présentent assez d'elles-mêmes. Voici le même passage, fidèlement extrait de ma traduction.

« Parmi toutes nos compagnes que les mêmes exercices rassemblent sur les bords de l'Eurotas, dans ce grand nombre de jeunes filles, que pare la fleur de l'âge et de beauté, il n'en est point qui ne s'éclipse

)

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