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est mauvais sur la scène. Un homme de qualité devient amoureux de sa servante, et finit par l'épouser: cette action, dont on riroit dans la société, est vraiment ridicule au théâtre, surtout lorsqu'on a la prétention de l'exposer sérieusement comme le sublime de la sensibilité et de la philosophie. Le comte Olban est un héros de l'égalité, un sage révolutionnaire, et, ce qu'il y a de pis, un personnage très froid. Ces songe-creux font souvent de grandes sottises avec beau coup de réflexion, et alors ils sont moins propres à intéresser qu'à faire rire. G.

LXVIII.

Même sujet.

VOLTAIRE n'aimoit pas les romans de Richardson:

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personne ne fut jamais moins romanesque dans sa conduite; personne ne connut mieux le monde et les hommes, ne sut mieux les tromper, et n'en tira un meilleur parti. Pourquoi donc a-t-il mis sur la scène le roman de Paméla, sous le nom de Nanine? uniquement pour avoir occasion d'égaler au théâtre des idées philosophiques alors nouvelles, et qui plaisoient <beaucoup à ceux même qui devoient le plus s'en offenser. L'expérience a fait perdre à ses idées tout leur crédit et tout leur agrément; elles n'ont plus aujourd'hui le mérite de la nouveauté et de la hardiesse : leur éclat s'est évanoui; elles ne paroissent plus que fausses, chimériques et dangereuses.

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Le comte Olban, qui par philosophie veut épouser

une petite servante, dit, pour justifier cette fantaisie:

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Je ne prends point, quoi que vous puissiez croire,
La vanité pour l'honneur et la gloire.

L'homme de bien, modeste avec courage,

Et la beauté spirituelle, sage,

Sans biens, sans nom, sans tous ces titres vains,
Sont à mes yeux les premiers des humains.

C'est là le langage d'un amoureux, et non d'un philosophe; la bonne philosophie nous enseigne que la société est essentiellement fondée sur l'inégalité, et c'est là le sujet du fameux discours de Rousseau, qui a raison d'établir la société comme le fondement de l'inégalité, mais qui a tort de préférer à la société la vie sauvage. Dans l'ordre même de la nature, les hommes ne sont pas égaux; dans les bois, il y a des sauvages plus grands, plus forts, plus courageux les uns que les autres ; dans l'ordre social, la naissance, le rang, la fortune, le talent, font la différence : Voltaire voudroit que ce fût la vertu, et son opinion 'du moins est désintéressée, car il y perdroit beaucoup.

Les mortels sont égaux ; ce n'est point la naissance,
C'est la seule vertu qui fait la différence.

Sophisme d'un déclamateur : nul doute que la vertu seule ne fixe le degré d'estime particulière dû à chaque individu. Assurément l'homme vertueux a personnellement plus de mérite que le noble, le riche; mais dans la hiérarchie sociale, les dignités, les richesses, occupent la première place la vertu est le devoir de tous les états, sans être par elle-même un titre, un rang, un état..

:

Ce n'est ni vanité, ni préjugé, c'est prudence, de chercher à s'assortir dans l'union conjugale, d'éviter

une extrême disproportion de naissance, d'éducation et de fortune, et de ne pas sacrifier les convenances établies à une fantaisie passagère. Si un paysan est fou quand il épouse une demoiselle, un monsieur n'est pas plus sage quand il épouse une paysane. Il y a toujours de l'extravagance à se laisser conduire dans l'affaire la plus importante de la vie par la plus aveugle des passions: que ce ne soit pas là la doctrine des romanciers et des poètes qui vivent d'illusions et de passions, à la bonne heure ; qu'un auteur dramatique nous présente un homme de qualité qui, dans l'ivresse de l'amour, brave toutes les bienséances de la société, cet auteur fait son métier; mais que cet amoureux autorise sa folie des préceptes de la sagesse, et qu'un philosophe tel que Voltaire fasse cet outrage à la philosophie, c'est ce qui m'étonne.

Le comte Olban ne cherche point la grandeur dans les blasons; mais vaut-il mieux la chercher dans les antichambres et dans les cuisines? La véritable grandeur de l'ame se trouve dans une fille bien née, élevée au sein d'une famille honnête plutôt que dans une

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Il est très-haut, il brave le vulgaire.

Il y a souvent plus de bassesse que de hauteur à braver le vulgaire; les scélérats, les fous, les libertins cyni̟ques, les charlatans effrontés, bravent le vulgaire s dans quelle classe de philosophes faut-il les ranger? Mais, réplique la baronne,

Vous êtes fou: quoi! le public, l'usage, XI. année,

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Le comte intrépide perd toute mesure, et déclare que

L'usage est fait pour le mépris du sage.

Je me conforme à ses ordres gênans
Pour mes habits, non pour mes sentimens;

Il faut être homme et d'une ame sensée,
Avoir à soi ses goûts et sa pensée :
Irai-je en sot aux autres m'informer
Qui je dois fuir, chercher, louer, blâmer?
Quoi! de mon être il faudra qu'on décide?
J'ai m'a raison; c'est ma mode et mon guide:
Le singe est né pour être imitateur;

Le sage doit agir d'après son cœur.

:

Ces maximes sont séduisantes par un air de liberté et d'audace; le peuple les applaudit parce qu'il ne les comprend pas. Le premier vers est faux, comme tous les vers sententieux et tranchans qui ont l'ambition d'établir une loi générale. S'il y a des choses de mode et d'étiquette qui ne méritent pas beaucoup de considération de la part du sage, il y a aussi des usages qu'il faut respecter, qu'il seroit injuste et dangereux de mépriser le véritable sage est modeste ; il se défie de ses lumières; loin de se moquer des anciens et de l'expérience, il soupçonne que les usages même dont il n'aperçoit pas l'utilité, n'ont pas été établis sans de bonnes raisons. L'arrogance, la témérité, la présomption, caractérisent les esprits légers, superficiels et frivoles tout ce pompeux galimatias du comte Olban est admirable pour former des originaux et des brouillons; il est très-propre à exciter des extravagans et de mauvaises têtes à faire beaucoup de sottises.

Il faut être homme : sans doute ; mais non pas homme des bois, sans autre loi que l'instinct et le caprice. Il faut être homme : oui; mais homme membre d'une société, appartenant à une nation qui a ses principes,

ses coutumes, son esprit et son caractère. J'ai ma raison, dit le comte mais cette raison est-elle bien saine? n'est-elle point obscurcie par des passions? L'entêtement, l'orgueil, la bizarrerie, la manie de la singularité ne s'honorent-elíes pas trop souvent du nom de la raison? J'ai ma raison, dit le comte, pour colorer mes folies, pour sanctionner mes travers, pour autoriser mes fantaisies; mais la véritable raison, celle qui est l'attribut distinctif de l'homme, s'unit avec l'expérience pour apprendre au sage à se conformer à l'ordre, à suivre l'usage établi, à respecter les institutions et les mœurs de son pays. Souvent le novateur, le fanatique, sous prétexte d'être lui, fronde et bouleverse tout, pense à part, ne suit que ses goûts, et prétend avoir l'ame sensée. Voltaire, qui méprise tant les singes, n'est-il pas lui-même ici le singe des Anglais, peuple d'originaux, où les auteurs érigent en systèmes politiques les rêves d'une imagination déréglée; et que sont tous ces écrivains qui, sous prétexte de liberté et de philosophie, n'ont affecté de ne prendre pour guide qu'une raison égarée; que sont-ils, sinon des singes de Voltaire ? J'ai cru devoir insister un peu sur cette doctrine qui me paroît propre à infecter la société d'hommes singuliers, inquiets et turbulens.

h

+

Il y a dans Nanine des choses bien écrites et des scènes touchantes; mais peu de naturel dans le dialogue, une action lente et froide, du bas comique dans le rôle de la marquise, de la plaisanterie forcée dans celui du jardinier. Le comte Olban est un personnage lourd, et guindé; Nanine est langoureuse et d'une perfection fade. La baronne, femme hautaine, violente, emportée et qui n'a pas l'ombre de philosophie, est peut-être le personnage le plus raisonnable de la pièce. 26* Ꮐ.

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