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y recevoir la punition de son crime: on l'égorge comme un vil scélérat et non comme un tyran.

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Cette seule scène vaut mieux que toute la pièce de Voltaire son Egisthe est un personnage aussi odieux qu'imbécille, qui ne paroît que pour ordonner à ses gardes d'arrêter ceux qui lui sont suspects, et qui se laisse braver, suivant l'usage, par Electre et Clytemnestre. Le vice radical de la pièce est l'exagération et l'enflure continuelle d'un tas de discours inutiles; le froid vous saisit au milieu de cet attirail tragique, qui n'est qu'un vain échafaudage; c'est une espèce de centon de tous les vieux lambeaux qui traînent dans la garde-robe de Melpomène. Les momeries théâtrales y sont prodiguées jusqu'à la satiété, et l'auteur n'avoit plus le vernis dont il savoit les couvrir : on le voit qui se bat les flancs pour produire de l'effet; son charlatanisme est à nu, et dans ce fatras de grands mots et de figures outrées, on cherche en vain la raison, la nature et la vérité.

Je ne renverrai point mes lecteurs sans leur présenter un bouquet de quelques vers de Voltaire :

Et nous sur le tyran nous suspendons des coups,
Que ma mère à mes yeux porta sur son époux.
O douleur! ô vengeance, ô vertu qui m'animes!
Pouvez-vous en ces lieux moins que n'ont pu les crimes?

Secondez de vos moins, ma main désespérée.

Mes mains portent des fers, et mes yeux pleins de pleurs,

Permettez que ma voix puisse encore en vous deux
Réveiller cet espoir

Semble oublier son père et négliger mes fers.

Ecrasoit à loisir l'innocente foiblesse.

L'innocente foiblesse pour la foiblesse de l'innocent, est un contre-sens grammatical.

Nos yeux, nos tristes yeux sont fermés sur son sort.

Cela n'est pas français, pour dire nous ignorons

son sort.

Quel affreux supplice,
De former de son sang ce qu'il faut qu'on haïsse !
Nous craignons les mortels autant que l'on nous craint ,
Et c'est un des poisons dont mon cæur est atteint.
Ah! si j'ai quelques droits , s'il est vrai qu'il les craigne,
Dans ce sang malheureux que sa main les éteigne !

Rendez-moi tout l'affront
Dont la main des tyrans a fait rougir mon front.

Que pouvais-je plus faire,
Pour fléchir , pour briser ton cruel caractère ?
Tendresse, châtiment, retour de mes bontés.

Toi seule as rompu
Ces nouds infortunés de ce coeur combattu.
Venez avec la mort qui marche avec Peffroi.

Il faut s'arrêter : si je voulois recueillir tous les vers foibles, durs et guindés, je transcrirois plus de la moitié de la pièce.

G.

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LVIII.

L'ORPHELIN DE LA CHINE.

Examen du plan.

CETTE

(ETTE pièce n'est pas du bon temps de Voltaire; et l'auteur, en la comparant aux enfans de sa jeunesse, n'étoit pas tout-à-fait injuste envers sa progéniture, lorsqu'il l'appeloit lui-même en plaisantant un magot de la Chine.

Voltaire a pris dans une tragédie chinoise traduite par un missionnaire jésuite, une partie de sa pièce ; il a puisé l'autre dans Polyeucte; mais ce qu'il doit au jésuite est meilleur que ce qu'il a dérobé à Corneille. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est la douleur d'une mère qui voit son mari livrer son enfant à la mort. Quant à l'amour de Gengis-Kan, il n'intéresse personne ; il est assez indifférent pour les spectateurs qu'Idamé épouse le conquérant tartare, ou reste fidèle à son mandarin. Je crois cependant qu'on aimeroit mieux voir Idamé unie à l'amoureux tartare, qu'à ce froid et stoïque chinois, dont la vertu farouche ne connoît point la nature : du reste, la parfaite ressemblance de la situation d'Idamé avec celle de Pauline ne peut échapper à personne.

:

Gengis, sous le nom de Témugin, s'est présenté pour épouser Idamé, comme Sévère pour épouser Pauline tous les deux ont été refusés à cause de leur peu de fortune; tous les deux, après s'être élevés depuis au plus haut degré de gloire et de puissance, retrouvent leur maîtresse mariée; tous les deux peuvent

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d'un mot perdre le mari qui s'oppose à leur bonheur. Polyeucte, comme chrétien; Zamti, comme attaché au sort du roi détrôné, sont exposés à périr. Mais ici commence une prodigieuse différence , qui n'est pas à l'avantage de Voltaire : quand il abandonne Corneille, il s'égare. Sévère est noble et généreux; il respecte la vertu de Pauline, et pousse l'héroïsme jusqu'à vouloir sauver son mari. Le grand GengisKan, au contraire, prétend ravir une femme à son mari, comme il vient de ravir le trône au monarque chinois, il n'est occupé qu'à ordonner un divorce, et toute sa puissance échoue contre la fidélité de deux époux, ce qui rend le grand Gengis-Kan fort petit.

Il y a duplicité d'action et d'intérêt dans l'Orphelin de la Chine : dans les premiers actes il n'est question que du sort de l'orphelin; dans les derniers il s'agit de savoir si l'usurpateur enlevera la femme du mandarin : la plupart des situations et des coups de théâtre sont plus propres à éblouir la multitude, qu'à satisfaire les connoisseurs. Zanti, qui vient proposer à sa femme de se tuer pour la rendre veuve et lui procurer un meilleur parti que lui, est plus ridicule qu'héroïque : on ne doit jamais faire une proposition qui ne peut être acceptée; et si Zanti a sincèrement envie de rendre à sa femme ce singulier service, il faut qu'il se tue sans lui demander son avis. Il n'y a que la pompe des mots et la magie du théâtre qui puissent empêcher qu'on n'éclate de rire à une pareille scène.

Les deux époux qui font la partie de se tuer ensemble pour échapper au tyran , sont encore exemple de ces situations forcées qui n'ont qu'un vain éclat : la véritable vertu n'a point tant d'apprêt ni de faste. Idamé et Zanti montreroient plus de courage en

un

opposant au tyran une résistance calme et invincible : il y a plus de force d'ame et de philosophie à attendre la mort qu'à se la donner dans un accès de désespoir; les argumens dont les deux époux appuient leur résolution, sont étrangement déplacés dans un pareil moment: Idamé, qui soutient une thèse en faveur du suicide, n'est qu'une raisonneuse dont l'orgueil effréné ne convient ni à son sexe ni à son état.

Eh bien! écoutez-moi :

Ne saurons-nous mourir que par l'ordre d'un roi?
Les taureaux aux autels tombent en sacrifice;
Les criminels tremblans sont traînés au supplice;
Les mortels généreux disposent de leur sort ;
Pourquoi des mains d'un maître attendre ici la mort?
L'homme étoit-il donc né pour tant de dépendance?
De nos voisins altiers imitons la constance :
De la nature humaine ils soutiennent les droits,
Vivent libres chez eux, et meurent à leur choix;
Un affront leur suffit pour sortir de la vie,
Et plus que le néant, ils craignent l'infamie.
Le hardi Japonais n'attend pas qu'au cercueil,
Un despote insolent le plonge d'un coup-d'œil.
Nous avons enseigné ces braves insulaires;
Apprenons d'eux enfin, des vertus nécessaires :
Sachons mourir comme eux.

Cette tirade est brillante; mais dangereuse dans toute espèce de gouvernement et de société, et surtout dans un temps où ces actes de fureur et de folie se multiplient d'une manière effrayante. Le monde se dépeupleroit si un affront suffisoit aux hommes pour sortir de la vie. Cette doctrine du suicide est fondée sur celle du néant après la mort; ce vers l'indique assez :

Et plus que le néant, ils craignent l'infamie.

Et qu'y a-t-il de plus propre à encourager tous les

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