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croyoit aux sorciers et aux revenans. L'ombre du père d'Hamlet est un des meilleurs personnages de la pièce : elle produit un effet vraiment terrible ; elle vient pendant la nuit révéler à son fils des crimes cachés, son intervention est absolument nécessaire à la pièce : mais le spectre de Ninus est d'une inutilité parfaite; il se montre en plein jour, dans une assemblée d'étatsgénéraux, contre l'usage et les moeurs des revenans qui choisissent toujours , et pour cause , la nuit et la

' solitude. Shakespeare a traité cette apparition en grand maître, qui connoissoit le coeur humain ; Voltaire , en écolier qui ne sait faire que du fracas : aussi l'ombre d'Hamlet est-elle encore aujourd'hui en Angleterre un spectacle qui fait frissonner même les philosophes , tandis

que

l'ombre de Ninus fait rire même le vulgaire. Quelle leçon pour les présomptueux ! ce Voltaire si vain , si enflé de son génie, se trouve avoir moins d'art et de vrai talent qu'un poète barbare, né dans un siècle d'ignorance, et qui, sans guide et sans modèle , se livroit à une imagination déréglée. N'est-il pas d'ailleurs très-singulier que Voltaire ,

si hardi dans la tragédie , ait été si timide dans l'épopée , où l'art permet et commande la hardiesse ! Comment l'auteur de la Henriade a-t-il borné l'essor de son invention à des rêves, à des allégories, tandis qu'il prodigue le merveilleux dans Sémiramis ? Il ne craignoit pas de se faire siffler au théâtre avec son révenant et il appréhendoit que des fictions ne fussent ridicules dans un poëme épique, qui, selon Boileau,

Se soutient par la fable, et vit de fictions. Le Tasse et l'Arioste ont embelli leurs poëmes du merveilleux de la chevalerie et de la magie, et leurs fables sont encore pleines de charmes pour un siècle

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aussi poli que le nôtre. Voltaire n'a pas osé être autre chose que raisonnable et froid dans l'épopée, et semble avoir voulu réserver pour la tragédie l'hommage de ses extravagances. Concluons qu'en général les progrès d'une fausse philosophie nuisent essentiellement à la véritable poésie; l'immoralité, l'excès du luxe, les tristes calculs de l'égoïsme, les spéculations de l'agiotage, et cette religion de ceux qui n'en ont point, qui ne reconnoît d'autre Dieu que l'or, rapetissent l'esprit, dégradent l'ame, glacent l'imagination et tuent les arts du génie. C'est en vain qu'on affecte de chérir et de protéger les arts, quand on adopte les principes philosophiques qui les étouffent. G.

LVI.

SÉMIRAMIS. Details historiques sur cette pièce.

LA tragédie de Sémiramis a subi de grandes mé

tamorphoses avant d'arriver à l'état où elle est actuellement. Il paroît que les anges de Voltaire, c'est-à-dire, M. le comte d'Argental, et surtout madame la comtesse qui avoit beaucoup d'esprit, avoient trouvé mauvais qu'Assur entrât dans le tombeau, et que Ninias, trompé par l'obscurité, tuât sa mère à la place d'Assur c'étoit, à leur avis, établir dans ce tombeau une espèce de colin-maillard de trois personnes qui courent l'une après l'autre sans y voir goutte. Ils proposèrent un autre dénouement que l'auteur rejeta avec la vivacité d'un poète entêté de ses idées. « O anges! s'écrioit-il, j'aimerois mieux me

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jeter dans ce tombeau, que de faire tournoyer Assur à l'entour, que de faire donner de faux avis, que de replâtrer une conspiration et de la manquer, que de faire venir Assur enchaîné, que de prévenir la catastrophe et de la noyer dans un détail de faits, la plupart forcés, nullement intéressans, et dont l'exposé seroit le comble de l'ennui ».

Se peut-il que Voltaire ait ensuite adopté ce même plan dont il fait ici une critique si juste et si forte? Le mauvais succès des premières représentations de Semiramis, le rendit sans doute plus accommodant et plus traitable, et l'amena jusqu'à faire le sacrifice du colin-maillard. « Un vraisemblable froid et glaçant, dit-il, ne vaut pas un colin-maillard vif et terrible : j'ai fait humainement tout ce que, j'ai pu, et quand on est arrivé aux bornes de son talent, il faut s'en tenir là. Le public s'accoutumera bien vîte au colinmaillard du tombeau, quand il sera touché du reste ».

On voit que Voltaire aimoit beaucoup à jouer à colin-maillard avec le public, pourvu que ce fût le public qui eût les yeux bandés ; mais n'est-il pas déplorable qu'un colin-maillard soit le non plus ultrà du premier génie de l'univers, et qu'il ait trouvé dans ce jeu puéril les bornes d'un esprit divin, fait, comme chacun sait, pour régénérer le siècle? Il est vrai que le bon public s'accoutume à tout, même aux colin↳ mulliards, quand il est circonvenu par des intrigans intéressés à le duper. On l'a long-temps laissé marcher a tâtons; mais il commence à soulever un coin du bandeau; il aperçoit quelque chose, et cessera bientôt d'être colin-maillard.

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Il est évident que Voltaire se moquoit de la postérité, si l'on en juge par la précipitation et la négligence qu'il mettoit dans ses ouvrages, et surtout par

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son,'extrème activité à saisir tous les petits moyens qui pouvoient en imposer au public : il visoit à l'effet du moment; il vouloit jouir de sa gloire, et attendoit tout de son siècle ; sans cela il ne se seroit pas

donné la peine de le flatter et de le tromper : il ne faut donc prendre que pour une mauvaise plaisanterie et une Turlupinade grossière ; cette phrase où il dit : « Pour

; mon siècle, je n'en attends que des vessies de cochon par le nez ». Il en attendoit tout autre chose ; et au lieu de vessies.de cochon par le nez; il s'est fait donner force coups d'encensoir......

Mais à cette époque critique des représentations de Sémiramis, ce qui mit Voltaire à la torture, ce fut lai menace d'une parodie sanglante qu'on devoit, dit-on , représenter à la cour. Voltaire , alors gentilhomme ordinaire du roi, se trut déshonoré ; il bouleversa la cour et la ville, importi a tous les grands seigneurs, jeta les hauts cris : c'étoit un scandale, un opprobré. Cette parodie étoit, dans ce moment - là, linfäine qu'il vouloit écraser. Un homme étoit penclable pour avoir pasé parodier une tragédie du sieur Arquet de Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi. L'illustre personnagelétoit à Commerci, en Lorraine, et tout malingiel, dorsqu'il reçut le nouvelle de ceť horrible attentat. Aussitôt il mande le roi Stanislas, qui a da bonté de monter à sa chambre; il lui expose leidanger auquel il estrexposé : le bon voi en frémit, et lui permet d'écrire de sa fille la reine dei France, promeltant d'appuyer la lettre: Volcaixe e dritmais n'ayant pas 'sous les tyeux de copie authentique de cette épitre, je ne puis adopter celle qu'on fit alors courir dans le public. Olý préte' à Voltaire un langage bas et rampailt; ou bui fait dire : Daignes considerer , madame, que je suis domestique du roi, et

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par conséquent le vôtre : mes camarades, les gentilshommes ordinaires; m'obligeront à me défaire de ma chargé, si j'essuie devant eux et toute la famille royale un avilissement aussi cruel. Je ne puis croire que ce soit là le style du chef des philosophes, de cette idole de tous les coeurs qui palpitent au nom de liberté. La grandeur de Voltaire tenoit-elle donc à sa charge de domestique et de gentilhomme ordinaire ? Ses terreurs paniques le rendoient plus ridicule que toutes les parodies n'auroient pu le faire. On a parodié Corneille et Racine, en sont-ils moins grands ? N'avoit-on pas parodié Edipe, Marianne, Brutus , Zaïre, Alzire ? Pourquoi falloit-il que Semiramis fût privilégiée ? Parce que l'auteur étoit revêtu de la dignité de domestique du roi et de la reine, il n'étoit plus permis de se moquer d'un valet de cette importance. Quelle petitesse! Çuelle pitié! J'en rougis pour losophie et pour la liberté

... La reine ne fit pas grand cas de la lettre sublime et pathétique du gentilhomme Voltaire; elle lui fit répondre que les parodies étoient d'usage; et qu'on ne pouvoit pas , en sa faveur, faire des coups d'autorité dans la république des lettres. Il répliqua par des sophismes et des bévues : il soutint, entr'autres.etreurs, que la parodie étoit une sottise réservée à notre nation, long-temps grossière et toujours frivole. La peur lui avoit fait oublier sans doute qu'Aristophane est plein de parodies des poètes grecs , et surtout d'Euripide; et qu'Euripide, parodié par Aristophane, n'en fut pas inoins honoré de son temps, et n'en est pas

moins aujourd'hui l'émule et le rival de Sophocle.

Voltaire représenta aussi que le théâtre entroit dans l'éducation de tous les princes de l'Europe. Tant pis , assurément , pour les princes qui font leurs études

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