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qu'on puisse dire, même à une troupe inhumaine, ċes sez, sans désigner quel ouvrage elle doit cesser.

C'est mon fils, déchirez sa mère et votre reine,
Ce sein qui l'a nourri, ces flancs qui l'ont porté :
A ces cris douloureux le peuple est agité.

Çe sein qui l'a nourri, etc. : style diffus. Le peuple est agité : agité est très-foible ; d'ailleurs il y avoit long

у temps que le peuple étoit agité. Le combat de Polyphonte , d'Égisthe, d'Erox, étoit un peu plus capable d'agiter le peuple que les cris douloureux de Mérope, qui fait ici la Jocaste en étalant une rhétorique usée.

Une foule d'amis que son danger excite,

Excite est bien maigre, bien sec , bien au-dessous du ton et du style de la chose; mais j'oubliois qu'il n'est là que pour rimer avec précipite.

Les autels renversés,
Dans des ruisseaux de sang leurs débris dispersés.

Cela rappelle les vers de Racine sur les mêmes rimes:

Le bûcher par mes mains détruit et renversé,

Dans le sang des bourreaux dagera dispersé. Il'me semble que la particule on, trop répétée, no produit pas un bon effet dans ces vers :

On marche, on est porté sur les corps

des mourans On veut fuir, on revient ,,

On s'écrie.

Voltaire avoit sans doute en vue les flots tumultueux du parterre, alors debout :

Et la foule pressée,
D'un bout du temple à l'autre est vingt fois repoussée.

C'est ce qui arrivoit souvent à la Comédie, surtout les jours de première représentation.

De ces flots confondus, le flux impétueux
Roule et dérobe Égisthe.

Ces circonstances ne sont point assez graves pour le sujet ; en voici une plus tragique, mais beaucoup plus ridicule :

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Cette confidenté, qui vole ensanglantée parmi les combattans, et qui interroge la foule épouvantée, a bien l'air de ces gens qui, n'ayant pas même osé regarder le combat, exaltent leur audace et leurs exploits avec une emphase burlesque. Du reste, si elle a volé ensanglantée parmi les combattans, elle ne paroît pas du moins ensanglantée aux yeux des spectateurs.

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:

Me jette en ce palais c'est ainsi qu'on jette à sa porte ou dans sa rue une personne que l'on ramène en voiture. Éploree, incertaine; quel arrangement d'épithètes! Incertaine appartient à la rime; autrement on ne le placeroit pas après éplorée.

Voyez que de négligences, que de choses plates, froides et communes; que de fautes, en un mot, dans un récit qu'on voudroit nous faire admirer comme un chef-d'œuvre. Bien débité, il séduit au théâtre par une apparence de vivacité et de chaleur, par ce prestige banal d'une foule de mots prononcés avec volubilité; mais quand on l'examine, il est prolixe et traînant. Le style de Voltaire est bien éloigné

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d'avoir, comme on le dit, l'impétuosité d'un torrent; c'est un ruisseau qui n'a ni profondeur , ni largeur, ni rapidité, mais qui roule une onde assez limpide. Ce style est de l'eau claire : voilà pourquoi les partisans de Voltaire vantent prodigieusement sa clarté. Cependant, de même qu'il y a un naturel trivial, une simplicité, une brièveté sans art, il y a aussi une clarté sans mérite, laquelle n'empêche pas que la versification ne soit 'flasque, commune et prosaïque.

On remarque avec surprise, dans la plus belle scène de Mérope, cette tournure bouffonne :

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È GIST H E.

Moi, votre fils ?

MÉROPE.

Tu l'es.

a

On a blâmé avec raison, comme sentence fausse et dangereuse, les vers qui terminent le second acte : Quand on a tout perdu, etc. On peut reprendre comme boursoufflés, emphatiques et vides de sens, ceux que débite Mérope à la fin du quatrième acte :

O Vengeance, ô tendresse, ô nature , ô devoir !

Qu’allez-vous ordonner d'un caur au désespoir ? Ce qui choque aussi dans le style de Mérope , c'est l'emploi du mot vague éperdu, prodigué jusqu'à la satiété :

Pardonnez , vous voyez une mère éperdue.

1

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Respectez la douleur d'une mère éperdue.

Je vois près d'une tombe une foule éperdue.

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A sa veuve éperdue, à son malheureux fils, etc.

Ces observations n'empêchent pas que Mérope ne soit le chef-d'œuvre de Voltaire.

G.

LIV.

SEMIRAMIS.

SÉMIRAMIS ÉMIRAMIS a une couleur religieuse et une teinte de superstition diamétralement opposée à cet esprit philosophique qui distingue les ouvrages de Voltaire : il semble qu'il ait voulu expier ses fréquentes invectives contre les prêtres, en nous présentant un pontife modeste et vertueux. C'est dommage que les dieux fassent l'honneur à un si saint homme de le choisir pour ordonner et diriger un parricide: un prêtre aussi pieux que le vénérable Oroës, doit savoir mieux que personne que la divinité ne punit point un crime par un crime plus grand. Supposer l'Être-Suprême capable d'exiger qu'un fils égorge sa mère, c'est une horrible impiété, c'est outrager la céleste justice. Ces absurdités qui défiguroient la nature divine, sont, il est vrai, consacrées par les chefs-d'œuvre des anciens tragiques; il faut les pardonner aux poètes qui ont traité des sujets du théâtre grec, surtout quand il en résulte un grand intérêt : mais Sémiramis n'a pas même excuse, et rien, dans cet ouvrage, n'autorisoit

la

XI. année.

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Voltaire à calomnier les dieux; sa superstition n'est pas moins irréligieuse que sa philosophie.

C'est des débris d'une certaine Eriphile, justement sifflée, que le poète a construit sa Sémiramis. Ce sont de mauvais matériaux grossièrement rassemblés, mais revêtus d'un enduit brillant. Cependant, ni le coloris, ni l'emphase du style, ni la pompe du spectacle, ni la réunion de toutes les machines du charlatanisme théâtral ne purent en imposer au public. L'ouvrage fut très-mal accueilli dans la nouveauté. Un revenant qui prend la parole au milieu des états-généraux de Babylone; Ninus qui donne du cor-de-chasse dans son tombeau; le grand prêtre faisant l'inventaire d'un coffre mystérieux; le tonnerre, les éclairs, les feux souterrains; un guerrier fameux qui, sortant d'un sépulcre, paroît tout pâle et glacé de frayeur, quoiqu'il n'y ait fait d'autre exploit que de tuer une femme; toute cette pantomime, maintenant reléguée aux boulevards, égaya beaucoup les rieurs de ce temps-là: on savoit alors saisir le ridicule, ou ne sait plus aujourd'hui que s'ennuyer.

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Lorsqu'on donna Semiramis, l'empire littéraire étoit déchiré par les factions de Voltaire et de Crébillon. L'auteur d'Atrée étoit vieux, on commençoit à l'oublier; il s'oublioit lui-même étranger à l'intrigue, il s'étoit toujours reposé sur son talent du soin de sa renommée. On le tira malgré lui de sa douce obscurité, on le produisit à la cour, où il fit la figure d'un homme accoutumé à vivre avec ses chiens. Les encouragemens de madame de Pompadour arrachèrent quelques scènes à sa paresse; il acheva son Catilina, commencé depuis vingt ans. On vouloit opposer la lumière foible et pâle d'un soleil couchant, au vif éclat que répandoit Voltaire sur son midi. Tous les

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