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Ceux qui vantent sans cesse l'harmonie et la douceur
du style de Voltaire, oublient sans doute qu'on trouve
très-fréquemment chez lui des vers plats, secs et durs,
tels
que

celui-ci :

Il pleure , il ne craint point de marquer un vrai zèle.

me reste plusieurs autres observations sur le plan , le caractère et le style , qui feront la matière d'un autre article.

G.

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IL

L y a quatre tragédies de Voltaire qui enlèvent la paille, comme le disoit madame de Sévigné du Bajazet de Racine. De ces quatre sæurs, Mérope passe pour la plus belle : c'est à elle du moins que l'école de Voltaire donne la pomme ; je ne vois pas trop à quel titre. On prétend qu'elle a moins d'absurdités et de niaiseries pathétiques que Zaïre; moins de dé-, clamations et de folięs gigantesques qu'Alzire ; moins, d'horreurs froides et inutiles, moins de petitesse, de charlatanisme et de jonglerie que Mahomet. Voilà certainement des raisons ; et je suis assez porté à croire qu'il y a moins à reprendre dans Mérope que dans ses soeurs; ce qui prouve, non qu'elle est la plus belle, mais qu'elle est la moins laide.

Du reste , le tyran Polyphonte n'est qu'un vain, discoureur aboudant en sentences et stérile en elets; un politique raisonneur, mais très-peu actif; terrible avec son confident, fuible et pusillanime

devant Mérope, surtout devant Égisthe“, et qui finit par se laisser tuer dans le temple, le jour de son mariage, de la main d'un enfant désarmé, qui vient prendre la hache jusque sur l'autel nuptial. Cette prouesse inouie d'Égisthe égale tous les miracles de la

t

chevalerie errante. Les bravades continuelles de ce

"

même Égisthe, qui traite très-cavalièrement Polyphonte, assurent à ce jeune homme un rang parmi les héros gascons et au tyran de Messène une place distinguée parmi les tuteurs de comédie ; car assurément s'il eût bien gardé à la maison son pupille Égisthe, cet étourdi ne seroit pas venu tuer son futur beaupère au milieu de ses gardes, de toute sa cour, de tous ses amis, au moment même où il va recevoir la bénédiction nuptiale; ce qui ne s'est jamais vu et ne se verra jamais. Mérope est une philosophe, une énergumène, une femme injuste, violente, inhumaine, malgré sa philosophie, et surtout assommante par ses lamentations continuelles et monotones.

1

La pièce a deux parties : dans la première, le péril d'Egisthe est plus vif, plus tragique que dans la seconde, et devroit être tout le contraire. Égisthe, d'abord arrêté comme vagabond et sans aveu, ensuite condamné comme meurtriér, enfin reconnu et livré entre les mains de Polyphonte, nous attache par ses aventures, en proportion du danger auquel il est exposé; mais du moment qu'il est détenu en chartre privée, sous la garde de ses amis, Narbas et Euriclès, on cesse de craindre pour lui, parce qu'on le voit narguer impunément un tyran imbécille, qui se seroit déjà mis l'esprit en repos sur le compte du fils et de la mère, s'il savoit un peu son métier de tyran. Mais, je le répète, ce Polyphonte n'est pas plus fort en politique que Voltaire en tragédies :

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tous les deux sont des hommes à grandes et belles phrases, sans intérêt et sans action dramatique. Après la seconde scène du quatrième acte , à mon avis, la plus théâtrale de toutes, la scène languit, et le spectateur s'endort jusqu'au récit d’Isménie, à la sixième scène du cinquième acte.

Ce récit jouit d'une grande réputation, et la mérite à plusieurs égards ; il expose bien le fait : le fait est étonnant, miraculeux , satisfaisant pour l'assemblée. Le jeu et le talent de l'actrice ajoutent à ce morceau beaucoup de poésie qui n'est pas sur le papier. Les beaux récits de Racinę sont plus beaux à la lecture qu'au théâtre ; ceux de Voltaire perdent beaucoup à être lus : ils ont besoin du prestige de la scène. Cela se prouve papiers sur table :

Polyphonte, l’æil fixe et d'un front inhumain,
Présentoit à Mérope une odieuse main.

و

Presenter une, inain d'un front inhumaiņ. Il est clair que Polyphonte n'a le front inhumain que pour la rime; car le poète, qui n'en a fait qu'un tartufe , eût bien pu prolonger son hypocrisie jusqu'au jour de ses noces, s'il n'avoit pas été forcé de lui donner, dans cette cérémonie , un front inhumain pour rimer avec main,

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Dans l'enceinte sacrée, en ce moment s'avance
Un jeune homme, un héros.

C'est dommage que s'avance soit précédé , deux vers plus haut, de s'avançant : s'avance est là un mot très-impropre, également'amené par la rime. Après avoir présenté la reine

Savançant tristement , tremblante entre mes bras,

il falloit un autre terme pour exprimer la démarche d'Égisthe , qui n'étoit ni triste, ni tremblante.

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Il court : c'étoit Égisthe; il s'élance aux autels,
Il monte , il saisit, etc.

Observez toujours cette stérile abondance , ce verbiage intarissable, cette prodigalité de mots ; il s'avance : il court, il s'élance, il monte , il saisit.

Je l'ai vu de mes yeux,
Je l'ai vu qui frappoit';

De leur sang confondu j'ai vu couler les flots. Ce tour est imité du récit de Théramène, qui s'interrompt pour dire :

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J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils.

Mais après avoir employé cette figure, Racine n'y revient pas, comme Voltaire, quelques vers après ; car une pareille 'répétition décelle la pauvreté du style.

Le tyran se relève; il blesse le héros.

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Comment ce tyran, qu'Erox a vu nager

dans

son sang, et que tout le monde croit mort, se relève-t-il avec assez de force pour blesser le héros ; et comment la blessure faite au héros par un homme mourant, est-elle assez grave pour qu'il en coule des flots de

sang?

De lour sang confondu j'ai vu couler des flots.

Par où l'on voit que la confidente Isménie a vu beaucoup de choses, mais qu'elle n'a pas beaucoup de

manières pour dire qu'elle les a vues. Cependant elle fait un effort, quelques lignes plus bas, pour varier son style : au lieu de dire j'ai vu, elle dit :

:

Vous eussiez yu soudain les autels renversés.

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:

Ce fait étonnant, miraculeux , et même très-important dans ses résultats, n'est cependant au fond, de la manière dont il est présenté, que ce que nous appelons une bagarre. La confidente ressemble un peu à une commère qui vient de voir dans la rue une batterie , et qui dit en son style bourgeois :

Déjà la garde accourt avec des cris de rage. La garde est extrêmement trivial : c'est de la poésie de corps-de-garde : déjà est fort plaisant. Quand il y a mort d'homme, quand le tyran est assassiné et le héros blessé jusqu'à répandre des flots de sang, certes il est bien temps que la garde accoure avec des cris de rage: si la garde avoit été si enragée, elle n'eût pas laissé répandre tant de sang avant d'arriver.

Quel transport animoit ses efforts et ses pas ! Un transport qui anime des efforts et des pas ! C'est du phébus de confidente, et du galimatias d’écolier dont la tête est aussi animée, par le transport, que les pas de Mérope.

C'est mon fils; arrêtez, oessez, troupe inhumaine! Cessez n'est pas poétique ; il est plus foible qu'arrêtez , qui précède. Je ne sais si l'on dit bien cesser, dans un sens absolu ; l'usage veut, je crois , qu'on donne à ce verbe un régime : cessez votre travail, cessez d'écrire, cessez de faire de mauvais vers. Au passé, on peut dire, l'orage a cessé, la fièvre a cessé ; mais je doute

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