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à quelque mauvais procédé, ont la précaution de ne jamais déclamer contre le fanatisme religieux, que dans des temps d'impiété, et contre la tyrannie , que sous un roi foible et bon. On n'entend

pas

le moindre petit philosophe , sous Charles IX et sous Henri IV, pérorer contre nos discordes civiles; pas un seul ami de l'humanité ne réclame, sous Louis XIV, en faveur des protestans ; mais sous la régence d'un prince voluptueux et sans principes , sous le règne d'un monarque égoïste, dégradé par de honteuses amours, lorsque les moeurs sont corrompues, la religion méprisée, les prêtres et les moines dévoués au ridicule c'est alors qu'il s'élève un essaim de petits aboyeurs, de déclamateurs enragés qui s'égosillent à force de hurler contre un fanatisme qui n'existe plus, pour se donner un air d'esprit fort, et couvrir leurs amplifications scolastiques d'un vernis de philosophie. Les philosophes ressemblent à ces tristes patrouilles qui n'arrivent qu'après le désordre commis , et lorsque les voleurs ont disparu.

C'étoit vraiment une dérision , une momerie grossière , et une véritable singerie, que toutes ces invece tives de Voltaire contre les papes et les prêtres ; que toutes ces Homélies sur l'humanité et la tolérance, dans un temps où l'on croyoit à peine en Dieu , où chacun pensoit et vivoit à sa fantaisie. Le vieux Fleury, qui gouvernoit alors la France, la gouvernoit, de l'aveu même de Voltaire, avec douceur et politesse; il usoit quelquefois d'une sévérité nécessaire envers certains jansenistes entêtés , presqu'aussi friands de persécutions que J.-J. Rousseau. Voilà tout le mal que fit à la France ce cardinal si détesté par les philosophes : après Sully , c'est le plus grand homme d'état que la nation ait eue, parce qu'il est le seul

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qui ait vu que, pour être la plus florissante nation. de l'univers, il ne lui falloit que deux choses, l'économie et la paix : c'est un ministre qui me paroît bien supérieur aux Richelieu et aux Mazarin, si le mérite d'un ministre se mesure sur le bonheur du peuple, qu'il est chargé de gouverner.

Socrate est le seul philosophe qui ait eu le courage de s'élever contre la tyrannie, sous les tyrans. Dans ces jours d'esclavage et de mort, dont la mémoire est encore si récente, aucun des prédicateurs ordinaires d'humanité et de tolérance n'a fait entendre sa voix : un jeune insensé, de la troupe des persécuteurs, mais qui n'avoit pas l'ame assez forte pour supporter les conséquences de ses principes, osa se plaindre des cruautés qu'il avoit d'abord provoquées lui-même en style de cannibale ; il osa invoquer la clémenee: l'échafaud fut le prix de sa philosophie hors de saison. Mais ce qui est le comble de la lâcheté, de la bassesse et du ridicule, c'est que sur les cadavres même des prêtres égorgés, sur les ruines des églises, une foule d'énergumènes déclamoit encore contre le fanatisme religieux.

:

La fable de Mahomet est d'une horreur froide et dégoûtante: ce prophète, qui, dans l'histoire, a une apparence de grandeur, n'est sur la scène' qu'un vil imposteur, qu'un caffard abominable. Voltaire a eu la maladresse de le calomnier il lui fait commettre des crimes inutiles; il le fait parler en Matamore, et agir comme le dernier des scélérats. Que nous apprend ce spectacle d'un père égorgé par ses enfans, à l'instigation d'un monstre qui commande ce meurtre au nom du ciel? Que la religion mal entendue, mal interprêtée, a servi quelquefois de prétexte aux crimes qu'elle condamne; qu'on a quelquefois immolé des

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victimes innocentes avec un fer sacré. L'histoire suffisoit

pour nous en instruire ; mais que faut-il en conclure ? Pour détruire l'abus , faut-il détruire la chose dont on peut abuser ? Qu'y gagneroit-on ? N'a-t-on pas vu sortir encore de la fange de l'impiété, des monstres plus horribles encore que ceux qu'une fausse dévotion a produits ? Ce tableau des horreurs du fanatisme ne peut donc avoir aucun but utile ; son unique effet est d'avilir la religion aux yeux du peuple.

Cette tragédie, nulle et même vicieuse pour le fond, n'est donc qu'un amas de déclamations et de tirades, parmi lesquelles il y en a de. fières et de brillantes. Le caractère de Zopire est noble et touchant; c'est dommage qu'il soit idolâtre ; non que son culte ne puisse très-bien s'accorder avec les vertus sociales, mais parce qu'une superstition si grossière lui donne quelque désavantage vis-à-vis de Mahomet, adorateur d'un seul Dieu. Voltaire lui-même convenoit

que

la pièce n'étoit pas susceptible d'un intérêt touchant

3 qu'elle s'adressoit à l'esprit plus qu'au cour. Un de ses plus grands.défauts est de présenter, au dénouement, le triomphe du crime ; car aucun spectateur sensé ne peut croire aux remords que le poète prête à Mahomet. La tragédie, dit Voltaire , finit par 'une pantalonade ; mais le Kain dit si bien : IL EST DONC DES REMORDS ! On ne trouve pas toujours des acteurs comme le Kain , dont le talent puisse servir de couverture aux sottises de l'auteur.

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X Te, annde.

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MÉROPE.

VOLTAIRE avoit du coloris, mais il étoit foible dans

:

le dessin et dans l'ordonnance: peut-être Mérope est-elle un de ses meilleurs ouvrages, par la raison qu'il y a mis peu du sien. Tous les frais d'invention étoient faits il avoit sous les yeux la Mérope du marquis de Maffei ; il ne lui falloit que du goût pour élaguer ce qui, dans la pièce italienne, choquoit nos mœurs et nos convenances théâtrales; et cette espèce de goût qui saisit la mode du jour, ce tact de ce qui sied, étoit une des principales qualités de Voltaire.

Avant lui, Gilbert, la Chapelle, la Grange, avoient

déjà traité le même sujet, et même l'Amasis de la

Grange avoit obtenu un grand succès. La principale situation, indiquée dans l'Art Poétique d'Aristote, étoit déjà fort connue sur notre scène; par conséquent, Voltaire n'avoit rien à créer, rien à imaginer. Il ne s'agissoit pour réussir que de bien écrire : c'est beaucoup à la vérité; mais quand on n'a que cela à faire, il faudroit du moins s'en acquitter avec une supériorité marquée. Voltaire a mieux écrit que Gilbert, que la Chapelle, que la Grange; mais comparé à celui des grands maîtres, son style, même dans Mérope, est lâche, gonflé d'épithètes, et d'une facilité verbeuse.

Quel dommage que, nous ayons perdu le Cresphonte d'Euripide! Nous verrions si c'est à juste titre qu'on loue Voltaire d'avoir composé sa pièce dans le goût

antique. Personne n'a moins .connu que Voltaire le goût des anciens : ce poète est éminemment moderne et français. La morgue sentencieuse , la manie philosophique, cette emphase , ce ton tranchant, cette ambition d'un auteur qui parle lui-même par la bouche de tous ses personnages, se trouvent dans sa Mérope comme dans ses autres pièces; c'est la manière qui lui est propre, et cette manière est très-nouvelle : ce charlatanisme du dernier siècle est fort éloigné de l'antique. Le seul éloge que mérite Voltaire à cet égard, c'est de n'avoir pas défiguré son sujet par une intrigue d'amour : c'est en cela seul qu'il s'est rapproché des Grecs : il est à la mode française dans tout le reste.

Nous ignorons quel caractère Euripide avoit donné à sa Merope; celle de Voltaire n'en a point : tantót elle est douce, généreuse, humaine, sensible. Elle dit à l'aspect d'un jeune inconnu :

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Tendons à sa jeunesse une nain secourable;

Il suffit qu'il soit homme et qu'il soit malheureux. Tantôt c'est une cannibale, une antropophage, un monstre de barbarie : sur les plus foibles indices, sur les plus vagues soupçons, elle veut plonger ses mains dans le sang de ce même jeune homme si intéressant à ses yeux; c'est une bête féroce, une lionne à qui l'on a ravi ses petits. Il répugne à nos mours qu'une femme fasse l'office de bourreau; c'est calomnier le plus doux sentiment de la nature que de le confondre avec les passions les plus brutales': la douleur d'une mère ne ressemble point à la rage : une mère peut réclamer, ordonner le supplice du meurtrier de son fils ; mais elle n'est point avide du plaisir de l'assassiner , de le poignarder elle-même. Quand je vois une

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