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de Saladin, de Jésus, de Mahomet, etc., cela ne fait rien du tout au mérite d'une tragédie: le second acte, où ces noms sont le plus répétés, est le plus ennuyeux; on a même pris la liberté d'y rire, malgré l'importance des noms. Il en est de même de la Seine et du Jourdain, de Paris et de Jérusalem; on peut en parler dans la plus mauvaise tragédie. Cette saillie burlesque, on aimera, on baptisera, on tuera n'est pas juste; l'auteur a sacrifié la vérité à la bouffonnerie; car on ne baptise point dans Zaïre; on parle beaucoup de baptême, il est souvent question de l'eau sainte, de l'eau salutaire; mais, dans le fait, il n'y a personne de baptisé : cela seroit même très difficile, puisque le sage et judicieux Nérestan, grand ami du cérémonial, imagine qu'il n'y a pas moyen de baptiser Zaïre comme il faut, à moins que le patriarche de Jérusalem, avec la croix et la bannière, environné de tout son clergé, ne se rende processionnellement au serail du soudan, pendant la nuit, pour répandre l'eau sainte sur la tête de la sultane favorite. Depuis qu'on écrit, il y a peu d'exemples d'une pareille démence; et cependant sans cette tentative nocturne pour baptiser pontificalement Zaïre, dans un sérail de musulmans, le dénouement devient impossible assurément le baptême de Zaïre ne presse pas, où s'il est pressé, Fatime peut fort bien la baptiser dans sa chambre j'oserois donc, pour remédier à ce faux exposé, on baptisera, proposer une autre manière de lire le passage: On aimera, on extravaguera, on tuera. Les adorateurs de Voltaire me sauront gré du soin que je prends pour corriger les distractions qui lui sont échappées.

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G.

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Les plus brillans prestiges de l'opéra s'évanouissent

' dès qu'on regarde derrière le théâtre : les tours de gibecière ne sont plus des miracles quand on sait comment ils s'opèrent. Les tragédies de Voltaire perdent tout leur charme quand on est instruit de la manière dont il les composoit : sa correspondance est la derrière du théâtre ; ses lettres désenchantent ses pièces, l'homme fait tort à l'auteur.

C'est dans les épanchemens d'un commerce intime qu'il se moque lui-même de son pathétique forcé et de ses parades larmoyantes ; il rit des piéges qu'il tend à la simplicité du vulgaire, et paroît trèsétranger à tous les sentimens qu'il veut inspirer. Dans la combinaison de ses plans, dans l'arrangement de ses situations, il laisse voir la dextérité et l'artifice du jongleur plutôt que l'art du poète ; il met lui – même ses ruses à découvert : c'est Comus qui révèle le secret de ses prodiges , et qui fait rougir les spectateurs de leur admiration pour des puérilités.

Femmes sensibles, que Zaire attendrit jusqu'aux larmes, ne cherchez point à découvrir comment on vous trompe', puisque votre bonheur est d'être trompées; craignez de regarder Voltaire dans son cabinet, préparant, avec un sourire málin , les filets où il veilt vous prendre; rassemblant autour de lui toutes ses machines dramatiques : ici les turs, là les chrétiens; la croix et les plumes d'un côté, les turbans et le

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croissant de l'autre ; tantôt Jésus, tantôt Mahomet; Paris et la Seine à droite, Jérusalem et le Jourdain à gauche; mettant tous les sentimens, toutes les passions en salmis; la religion, l'amour, la galanterie, la nature, la jalousie, la rage pêle-mêle : espèce de chaos tragique où l'on fait l'amour et le catéchisme, où l'on baptise et l'on tue. Il y en a pour tout le monde ; il y a de quoi satisfaire tous les goûts peu de sens et de raison; beaucoup de tendresse, de fureurs, de déclamations; beaucoup de combats et d'orages du cœur. En voyant dans les lettres de Voltaire tout l'échafaudage de cette pièce turco-chrétienne, on est vraiment honteux d'être dupe de ce charlatanisme théâtral.

Ce qui m'étonne, surtout, c'est la foiblesse de l'auteur; c'est la facilité avec laquelle il se trompoit lui-même. Il croyoit bonnement avoir peint les mœurs turques, tandis que dans sa pièce il les contredit toutes; il s'imaginoit pieusement avoir tracé le caractère d'un scythe, et c'est celui d'un français, qui outre toutes les maximes de la galanterie parisienne. Ecoutez Voltaire, rien n'est plus franc, plus généreux qu'Orosmane; voyez la pièce, Orosmane est un amant trèsdissimulé, très-fourbe, qui tend à sa maîtresse un piége digne d'un vieux tuteur. Mais ce qui fait surtout éclater l'aveuglement déplorable de l'auteur, c'est la manière dont il justifie l'explication du quatrième acte entre Zaïre et Orosmane, dans laquelle, contre la nature de l'amour et la marche du cœur, l'amant, quoiqu'il ait entre les mains de quoi confondre sa maîtresse, se contente de faire des exclamations :

Ah! la parjure!

Quand de sa trahison j'ai la preuve en ma main !

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Voltaire avoit senti cette faute énorme : ses amis lui en avoient fait le reproche; comment croyez-vous qu'il élude une pareille objection ? par une niaiserie dont à peine un enfant seroit capable; il répond sérieusement : Imaginez-vous qu'Orosmane n'a plus le billet entre les mains, et l'a déjà fait donner à un esclave, quand il se trouve avec Zaïre, à qui il a toujours envie de tout montrer. Ces paroles de Voltaire sont bien faites pour humilier l'orgueil de l'esprit humain. Quel fonds peut-on faire sur sa raison , quand un si grand philosophe déraisonne à ce point sur les choses même de son métier ? Si Orosmane a réellement envie de tout montrer à Zaïre, qui est-ce qui l'empêche de satisfaire cette envie ? Il n'a plus le billet entre les mains, dites-vous, il l'a déjà fait donner à un esclave; mais ne peut-il pas avoir ce billet en un clin d'oeil, au moindre signe, au premier ordre? Orosmane lui-même n'en est-il pas persuadé, lorsqu'il dit :

Quand de sa trahison j'ai la preuve en ma main. C'est bien l'avoir en effet dans sa main, que d'avoir la faculté de se la faire apporter à l'instant même qu'on le voudra : il est trop évident, que si Orosmane montroit la lettre à Zaïre , comme il peut et doit le faire, comme Roxane la montre à Bajazet, comme Othelto la montre à Edelmone, comme tout jaloux, dans la même position , la montrera toujours à l'infidèle qu'il voudra confondre, à moins que ce jaloux ne soit un vieux renard, un espion, plutôt qu’un amant; il n'y auroit plus ni dénouement ni cinquième acte.

Voilà pourquoi, du moment où la lettre fatale est arrivée, tout l'intérêt de Zaïre s'évanouit pour moi;

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Orosmane ne fait plus rien de ce qu'il est naturel qu'un amant fasse dans la circonstance : sa con'duite artificieuse et lâche dément son caractère ; sur 'une lettre anonyme il outrage Zaïre par des soupçons odieux, au lieu de les éclaircir sur-le-champ, comme il peut et doit le faire; enfin, il se contredit sans cesse, et n'a pas la logique de sa passion. Il dit à Corasmin :'

Ecoute, garde-toi de soupçonner Zaïre,

et personne ne la soupçonne plus que lui: il agit du moins comme le plus rusé, le plus défiant des argus d'une jeune pupille, et ses actions sont la preuve de ses sentimens. Je ne vois donc plus, dans tout le galimatias inutile d'Orosmane, dans tout ce fracas ́en pure perte, que l'embarras du poète, qui a besoin d'un meurtre, et ne sait comment l'amener. Cet embarras ne m'intéresse point du tout.

1 Zaïre ne peut réussir qu'autant qu'elle est parfaitement jouée; une forte illusion est nécessaire pour couvrir les vices du plan et des caractères ; et le premier jour, cette fameuse Zaïre fut assez mal accueillie, parce qu'elle fut très mal représentée.

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Je suis bien fâché, écrit l'auteur, que vous n'avez vu que la première représentation de Zaïre les acteurs jouoient mal; le parterre étoit tumultueux.... J'ai bien peur de devoir aux grands yeux noirs de Mlle. Gaussin, au jeu des acteurs, à ce mélange nouveau des plumés et des turbans, ce qu'un autre croiroit devoir à son mérite ». Et dans une autre lettre : « Jamais pièce, dit-il, ne fut si bien jouée que Zaire à la quatrième représentation. Je parus dans une loge, et tout le parterre me battit des mains: je rougissois, je me cachois ». G.

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