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Je rougis pour un aussi habile littérateur, d'une aussi misérable excuse; car Orosmane, qui a des gardes à sa porte, n'a besoin que d'un mot pour se faire rapporter la lettre : Ce superbe Orosmane,

Trop grand, trop généreux pour s'abaisser à feindre, qui a dit :

L'art le plus innocent tient de la perfidie,
Je n'en connus jamais.

descend à une ruse indigne de son caractère, et qui ne convient qu'à un vieux tuteur.

Quodcumque ostendis mihi sic incredulus odi.

Ficta voluptatis causâ sint proximâ veris.

'C'est cette alliance du génie avec le bon sens, de l'art avec l'imagination, qui met une si grande distance entre Racine et Voltaire aux yeux des gens de lettres et des connoisseurs délicats, qui veulent que la raison ́entre pour moitié dans les plaisirs de l'esprit ; le plan 'd'une tragédie ne se jette pas comme une tirade ; il n'y a point de perfection dans un premier jet, et le premier jet étoit la perfection de Voltaire. G.

1

X L.

ZAIRE. Suite du même sujet.

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LA fable de Zaïre n'est fondée que sur des invrai

semblances qui toutes sont nécessaires au maintien de la pièce essayez d'en retrancher une seule, l'édifice croule de toutes parts; l'action ne vit que

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d'absurdités. Il faut supposer que Zaïre n'a point été baptisée, ou, si l'on veut, ondoyée au moment de sa naissance, quoique ce fut un usage constant dans toutes les cours des princes chrétiens ; il faut supposer que les Sarrasins, avides de pillage, n'ont point aperçu cette croix de diamans qui brille au bras de Zaire, quoique le vieux Lusignan, presqu'aveugle, l'aperçoive fort bien; il faut supposer que cet ornement étranger dans un sérail, cette croix abhorrée des Musulmans a été laissée à Zaïre, lors même qu'on l'élevoit dans la loi musulmane; il faut supposer que le père et le frère de Zaïre sont des fanatiques insensés et même dénaturés; il faut supposer, dans un caractère aussi fougueux, aussi franc, aussi généreux que celui d'Orosmane, un prodige de patience et de dissimulation; il faut supposer qu'un amant emporté et jaloux, quand il intercepte une lettre galante écrite à sa maîtresse, ne se fait pas ame ner, et n'interroge pas le porteur de la lettre, lequel est en son pouvoir, etc., etc., etc.; pour goûter l'intérêt de la pièce, il faut avaler cette foule d'inconséquences.

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La reconnoissance du second acte est impossible d'après les plus simples lumières du sens commun. Comment Nérestan, congédié par Orosmane, peut-il rester au sérail? Comment les chrétiens, dont on lui accorde la liberté, se trouvent-ils au sortir de prison dans le palais du soudan, dans le lieu même où ce prince vient d'entretenir sa maîtresse? La prison est-elle dans ce palais? Et quand même on voudroit bien admettre cette supposition, les gardes, en délivrant les captifs, n'ont-ils pas dû les faire sortir du sérail? A-t-on jamais vu les prisonniers de la Conciergerie, au moment où ils étoient élargis, venir

s'établir et converser dans le cabinet du premier président? Les chrétiens ne devoient avoir rien de plus pressé que de s'éloigner d'un séjour profane et dangereux, et d'aller respirer dans Jérusalem un air un peu plus libre.

Mais accordons encore qu'on les souffre dans le sérail, dans l'appartement du soudan, et qu'ils s'y amusent à causer; n'est-il pas contraire à toutes les convenances, à tous les usages, que Zaïre vienne seule au milieu de ces prisonniers? Je n'invoque point ici les mœurs de l'Orient, il me suffit d'attester celles de l'Europe et même celles de la France, les plus favorables à la liberté des femmes qu'il y ait dans tout l'univers ; je ne dis point dans quel serail, mais dans quel palais, dans quelle maison une fille bien élevée, et prête à se marier, va-t-elle, sans être accompagnée, se mêler à des étrangers, à des ennemis, à des esclaves, et passer des heures entières avec eux dans une conversation intime? Quelque galanterie, quelqu'imbécillité même qu'on suppose à l'amoureux soudan, peut-il souffrir qu'une jeune beauté qu'il va épouser dans une heure, paroisse dans cette étrange société, sans lui donner pour l'escorter, aucune femme, aucun officier du sérail, non pour la surveiller, mais pour lui faire honneur; non par défiance, mais par respect pour elle et pour lui.

Lorsque Corasmin vient avertir Zaïre de se séparer 'de ces vils chrétiens, l'imprudence de Lusignan, qui dit à sa fille, en présence de ce confident d'Orosmane :

O vous que je n'ose nommer,

Jurez-moi de garder un secret si funeste!

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les cours par

des sermens

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Ce n'est pas la peine de recommander le secret à Zaïre, puisqu'il le divulgue lui-même à Corasmin. Il est vrai que le poète qui ôte le bon sens à Lusignan, rend sourd Corasmin par le même privilége. Au reste, Lusignan et Nérestan tiennent un peu de ces anarchistes insensés , qui prétendoient lier les esprits et

au moment même où ils détruisoient la religion. La pauvre Zaïre est terriblement assermentée, car on lui fait prêter trois sermens dans le cours de la pièce, tous aussi téméraires, aussi extravagans l'un que l'autre ; et telle est sa complaisance, qu'elle en fait tant qu'on veut. Mais voici le comble de la déraison ; Zaïre, en sortant d'avec ces prisonniers, auxquels assurément elle a eu tout le temps de dire adieu, demande encore au soudan un entretien avec ce Nérestan qu'elle vient de quitter, et même un entretien secret, ce qu'on appelle un tête à tête. Le galant Orosmane l'accorde, et cette bonhomie est plus digne du Cassandre d'une parade, , que d'un amant délicat et généreux : car Orosmane doit penser qu'on peut fort bien prendre congé d'un ami, sans avoir avec lui un entretien secret. Ce n'est pas avec de pareils moyens qu'on peut toucher des spectateurs raisonnables.

Quodcumque ostendis mihi sic incredulus odi.

Voilà quelques observations que je n'avois point encore faites sur Zaïre; c'est une mine inépuisable de critiques, et je suis loin de l'avoir exploitée. G.

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XLI.

ZATRE.

C

- Neud de cette pièce, compare à celui

de BAJAZET.

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Dans Bajazet et dans Zaïre c'est une lettre surprise qui forme le noeud. L'auteur du Cours de littérature en a pris occasion de comparer ensemble les scènes où le soudan et la sultane reçoivent le billet fatal. II y a beaucoup de différence dans le caractère des personnages; il y en a peu dans la situation, car Orosmane a déjà des

soupçons, :
Si c'étoit ce français.... quel soupçon, quelle horreur,

Quelle lumière affreuse a passé dans mon cour! Il est vrai qu'il les rejette, parce qu'il est plus tendre et plus délicat que Roxane. La fière sultane dit , quand on lui présente le billet :

Donne : pourquoi frémir, et quel trouble soudain
Me glace à cet objet et fait trembler ma main ?
Il peut l'avoir écrit sans m'avoir offensée;

Il peut même.... Lisons et voyons sa pensée. Voltaire n'a fait que déchiqueter et morceler ces vers, couper la phrase par des points, pour donner à son héros un plus haut degré d'agitation : Donne ; qui la portoit ?.... donne .

Hélas ! que vais-je lire ?

!
Je frémis.
Ah ! lisons; ma main tremble, et mon ame étonnéo

Prévoit que ce billet contient ma destinée.
Il faut remarquer que cette question qui la portoit?

.

.

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