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tans il a eu à dévorer dans le cours de son travail ! Les noms même de ces écrivains pe sont connus que des savans, et leurs ouvrages, ensevelis dans la poussière des bibliothèques, n'en sont tirés que par les mains les plus laborieuses : Dion Cassius n'est pas familier aux gens du monde ; mais qui est-ce qui a ens tendų parler de Spartien, de Lampride, de Capitolin, de Vulcace et de Vopisque ? Et qui est-ce qui seroit allé puiser dans de tels auteurs les lumières que l'on trouve dans l'ouvrage de Crevier, sur une des parties les plus importantes, les plus intéressantes et les plus curieuses de l'histoire ?

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Sur Du BELLO I.

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U Bellor sortit de la vie, indigné de l'injustice et de l'ingratitude du siècle. Quelques réflexions sur la destinée de cet auteur pourront être utiles à la morale comme à la littérature:

Emporté par son goût pour la poésie et pour Théâtre , goût funeste, qui sur cent jeunes gens en perd au moins quatre-vingt dix-huit; du Belloi se brouilla avec sa famille, s'enfuit de la maison d'un onclé qui lui tenoit lieu de père, parce que cet honnête homme vouloit le forcer à prendre un état dans la société : tous sont ridicules aux yeux d'un métro mane; le jeune fanatique ne voyoit rien de plus beau et de plus honorable dans le monde que d'aller de ville en ville amuser le peuple et se faire siffler pour de l'argent,

Après avoir exercé ce métier sublime dans plusieurs cours du Nord, il se rendit à Pétersbourg. Cette capitale de toutes les Russies commençoit à devenir la patrie de nos artistes sans condition et de nos auteurs sur le pavé: c'est là qu'il passa le temps de sa jeunesse, sous le nom supposé de Dormond du Belloi, qu'il avoit substitué à son véritable nom de Buyrette, trop simple et trop peu sonore pour un héros tragique.

Heureusement les parens de du Belloi avoient cultivé son heureux naturel par une sage éducation et de bonnes études. Il fut, dans son enfance, un des élèves les plus distingués du collége Mazarin : cet acquis le soutint dans une terre étrangère contre les dangers de sa profession. Il se montra toujours plus honnête que son état de transfuge et de comédien : trèscapable d'illusions, il étoit incapable de bassesses; son ame resta noble et fière jusque dans l'avilissement où il s'étoit plongé, et il essaya de relever par la gloire d'auteur ce qu'il y avoit d'humiliant dans son métier d'histrion. (*) ·

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Toujours attaché à sa patrie, toujours bon français chez les Russes, du Belloi revola vers son pays natal dès qu'il crut pouvoir s'y montrer avec quelque gloire: il vint à Paris avec une tragédie dont le succès devoit le rendre à son pays, à sa famille, à lui-même. Qu'on est à plaindre quand on attache son sort à celui d'une tragédie! Cette pièce, imitée de Métastase, est intitulée Titus ; cette pièce, dont du Belloi attendoit tout son bonheur, fut cruellement sifflée; l'auteur ne voulut pas même risquer une seconde représentation,

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(*) Ce que je dis des comédiens ne peut s'appliquer qu'aux sujets médiocres; il y a exception pour les grands acteurs; ils sont absous par les talens: or du Belloi étoit mauvais comédiens

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quoique rien ne soit aujourd'hui plus commun que le succès des pièces sifflées : la plupart de nos nouveautés ont commencé par là. Du Belloi aima mieux composer une seconde pièce que de faire siffler une seconde fois la première.

Zelmire fut aussi fortunée que Titus avoit été malheureux. Du Belloi , irrité contre les anciens principes dramatiques auxquels il attribuoit sa chute, avoit flatté dans Zelmire toute la corruption du goût moderne; il y avoit entassé les coups de théâtre , les aventures les situations incroyables; en un mot, tous les prestiges, tous les piéges du charlatanisme théâtral ; il avoit fait de Zelmire le roman le plus absurde; le public n'y pouvoit pas tenir : ce fut un succès forcé.

Jusque-là, imitateur de Métastase, du Belloi osa se confier enfin à son talent, et devint original. Il aura un nom dans les fastes du théâtre, pour avoir le premier fait réussir sur la scène un sujet national:

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Après tant de héros grecs et romains , il introduisit des héros français et même des bourgeois qui valoient des héros. Il n'y a point d'exemple d'un enthousiasme pareil à celui qu'excita le Siege de Calais dans toute la France. Voltaire n'avoit jamais reçu tant d'honneur: le vieillard de Ferney , qui avoit épousé la Renommée , fut consterné d'une pareille infidélité, quoique les vieux maris soient assez sujets à cette disgrâce : tout le parti philosophique en sut horriblement scandalisé. D'ailleurs, cet amour cette idolâtrie de la nation française pour les souverains, déplaisoit à des républicains, et déconcertoit leur politique ; ils affectoient de rougir de ce dévouement, qu'ils appeloient

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un fanatisme servile d'esclaves pour leur maître: c'étoit donc en vain que Voltaire avoit combattu le despotisme, si du Belloi le consacroit en faisant une vertu de la servitude.

Le triomphe de du Belloi ne dura qu'un moment, et empoisonna le reste de sa vie. La secte alors, occupée à corrompre l'Europe, ne pardonna jamais à l'auteur du Siége de Calais, ni sa gloire, ni ses opinions. Le moindre mérite de du Belloi étoit de faire des tragédies; il étoit honnête homme, point intrigant, point cons→ pirateur; il avoit le coeur français, il n'avoit puisé dans l'école de Voltaire que ses principes littéraires et dramatiques; mais sa morale, sa politique étoient celles de ses pères c'étoit un homme à noyer. Les philo sophesy travaillèrent avec un zèle vraiment patriotique. Cette corporation, plus puissante que ne l'avoit jamaïs été celle des Jésuites, fournissoît alors des directeurs à toutes les bonnes maisons: ces directeurs firent agir leurs dévotes, et bientôt l'admiration pour le Siége de Calais devint un ridicule; il fut clair pour tout Paris que le Siége de Calais étoit une mauvaise pièce, écrite en vers barbares, et qui n'avoit pu être applaudie que par des sots. La vérité est que le Siége de Calais est un ouvrage où il y a plus d'invention, de nerf et de verve, plus d'art et de profondeur que dans la plupart des prétendus chefs-d'œuvre de Voltaire, qui n'ont que l'avantage d'une décoration plus élégante et d'un vernis plus brillant.

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La Harpe, créature de Voltaire, nous apprend lui-même, dans son Cours de Litterature, que 'la prodigieuse fortune du Siége de Calais étoit un des reproches qui venoit le plus souvent à la bouche de Voltaire, et l'un des souvenirs qui lui donnoient le plus d'humeur. Tous les Voltairien's partageoient

l'indignation de leur maître: une estampe qui parut en 1767, représentant l'apothéose de M. du Belloi, acheva de les mettre en fureur; Diderot surtout écumoit de rage, et rien n'est plus comique que la grandę colère de cet énergumène. «< Quant à l'apothéose de M. du Belloi, dit-il, tant que Voltaire n'aura pas vingt statues en bronze et autant en marbre, il faut que j'ignoré cette impertinence. C'est un médaillon présenté au genie de la poésie, pour être attaché à lạ pyramide de l'immortalité. Attache, attache tant que tú voudras, pauvre génie si vilement employé ! je te réponds que le clou manquera, et que le médaillon tombera dans la boue. Une apothéose! Et pourquoi? pour une mauvaise tragédie d'un style boursoufflé et barbare, morte à n'en jamais revenir : cela fait hausser les épaules. Pour le portrait de du Belloi, mauvais de tout point j'en suis bien aise ».

Quel style de charlatan! que d'hyperboles fanatiques! quel ton grivois et brutal ! quelle joie féroce! parce que le portrait de M. du Belloi est mauvais de tout point. C'est donc là de la philosophie! Quand on songe que ce jongleur Diderot passoit alors pour un inspiré et pour un prophète dans le beau monde, n'est-on pas tenté de s'écrier : Quelle époque de folie et de sottise, qu'on voudroit nous donner pour le siècle des lumières!

Miné par de sourdes persécutions, du Belloi se trouva tellement tombé dans l'opinion, que les comédiens refusoient ses pièces : il fut obligé de faire imprimer son Gaston et Bayard. Ce ne fut que d'après la lecture, que messieurs du Théâtre Français se déterminèrent à jouer cette tragédie. Le moment de la justice est arrivé, la littérature et la scène ne sont plus soumises à l'influence philosophique. On vient

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