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le bon écrivain, lorsqu'il fit paroître son Mémoire pour servir à l'histoire des Cacouacs, production vraiment piquante et originale, où respire la plus fine plaisanterie, et où les philosophes qui commençoient alors à faire secte, sont percés de part en part des traits réunis de la raison et du ridicule. C'est ce petit ouvrage qui donna l'idée de la comédie des Philosophes à M. Palissot, lequel jugeoit alors à propos de jouer les philosophes , dont il avoit quelque raison de n'être pas content, et qui encense ceux d'aujourd'hui, quoiqu'ils aient les mêmes principes ; apparemment parce qu'il n'a plus les mêmes raisons ; ce qui n'empêche nullement qu'il ne conseille de réimprimer les Cacouacs , dont l'édition est épuisée, oubliant aussi que s'il a fait dans le temps des petites lettres sur de grands philosophes, il a fait aujourd'hui , sur de bien petits philosophes, de grandes lettres. Et nous aussi nous conseillons la réimpression des Cacouacs, non-seulement parce que ce seroit une bien petite vengeance que de nous faire rire encore aux dépens de ceux dont les principes désastreux nous ont fait tant pleurer , mais aussi parce qu'on y verroit

y jusqu'à quel point l'auteur étoit doué du don de prophétie , combien il savoit de loin prévoir les orages, et combien le zèle qu'il montroit alors contre les novateurs venoit en lui, non de l'intérêt personnel, mais de l'intérêt public; non de l'esprit de parti, mais de l'amour de son pays. Cependant la plume de M. Moreau étoit faite

pour de plus grands objets , et il étoit digne de lui de s'élever plus haut, en donnant au chef de la nation française et à son héritier de grandes et utiles leçons. C'est dans cette vue qu'il composa son livre intitulé : Les Devoirs d'un Prince réduits à un seul principe, ou

XIe, année,

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Discours sur la justice, ouvrage que les princes ne sauroient trop méditer, qui fait autant d'honneur à son éloquence qu'à son courage, et qui eût paru hardi dans une république. Et certes, c'est une chose assez honorable pour lui que de voir ainsi un simple particulier opposer noblement la liberté de ses leçons aux flatteries des courtisans, et la sévérité de ses principes à ce torrent de corruption qui commençoit dès-lors à déborder de toutes parts, et devoit bientôt engloutir à-la-fois et les flatteurs et les flattés; mais cet ouvrage n'étoit que le prélude et comme l'esquisse d'un autre beaucoup plus important et plus étendu, qui doit lui donner un rang parmi nos plus célèbres publicistes. C'est celui qui a pour titre : Principes de Morale, de Politique et de Droit public, ou Discours sur l'Histoire de France, en 20 vol. in-8°. ; entreprise véri– tablement grande, magnifique dépôt de nos principaux monumens historiques, où l'auteur parcourant depuis Clovis jusqu'à Saint-Louis, la suite des siècles, et les comparant les uns aux autres, démontre par les faits, ce qu'il n'avoit prouvé que par théorie dans son discours sur la justice; et toujours le flambeau de T'expérience à la main, fait ressortir de toutes les pages de notre histoire cette vérité éternelle, que la morale est la loi fondamentale des états; qu'avec elle ils s'élèvent et prospèrent, comme sans elle ils périssent et s'affaissent sans retour, et que l'iniquité est le fléau de celui qui la commet, ainsi que la ruine

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du pouvoir qui la sert; politique sublime qui garantit tout à-la-fois et l'autorité de ceux qui gouvernent, et la sûreté de ceux qui sont gouvernés! car M. Moreau ne sépara jamais la cause des peuples d'avec celle des princes. En défendant d'une main le pouvoir unique, il repoussoit de l'autre toute idée d'oppression. Tout,

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disoit-il, doit être fait pour le peuple, et rien par le peuple, parce que son premier besoin est d'être gouverné, et que le plus heureux emploi qu'il puisse faire de sa force, c'est de s'en dessaisir principe lumineux et fécond en administration comme en morale et qui lui seul vaut plus que toutes les brillantes chimères et les billevesées romanesques du Contrat social!

Cependant les philosophes qui avoient sur le cœur les Cacouacs, ne le calomnièrent pas moins, et suívant leur style d'alors, ils dénoncèrent comme un fauteur du despotisme, le défenseur de l'autorité établie. En vain, leur disoit-il: Lisez mes livres, et vous y verrez à chaque page que les souverains ne peuvent régner que par les lois; que gouverner les hommes, ce n'est pas les asservir; que commander, de n'est pas jouir, mais faire jouir les autres; que les souverains sont donnés aux peuples, et non les peuples aux souverains, et que si l'autorité suprême est le plus grand de tous les pouvoirs, c'est la plus petite de toutes les propriétés ». Les philosophes lisoient; mais rebelles à leurs yeux comme à leur conscience, ils n'en crioient que plus fort à l'esclave et au fauteur du despotisme. Ils eurent même l'audace de se servir ouvertement de ce prétexte pour lui fermer les portes de l'académie, que ses titres littéraires leur commandoient de lui ouvrir. Ainsi l'on vit un écrivain des plus distingués et des plus utiles à sa patrie, un historiographe de France, honoré de la confiance des plus augustes personnages, ét à l'éducation desquels il avoit concouru par ses écrits, refusé par une compagnie dont le monarque étoit le protecteur, pour le punir de défendre la monarchie sous laquelle il étoit né. Ainsi, suivant

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ces pbilosophes, on étoit esclave et coupable de lèzehumanité, quand on défendoit le gouvernement de son pays. Ainsi les seuls bons citoyens, les seuls véritables français, dignes de porter ce nom, étaient ces ennemis de toutes nos institutions, qui ne trouvoient pas de plus beau gouvernement que celui de l'Angleterre, ni de plus belle morale que celle de la Chine; ces bas valets de tous les souverains de l'Europe, qu'ils flagornoient honteusement, aux dépens de l'honneur national, pour en avoir des pensions; ces éternels panégyristes de la constitution anglaise, auxquels nous devons ce démon de l'anglomanie qui nous a si long-temps possédé, et qui a tout perdu parmi nous. Ainsi les vrais amis de l'état. étoient ces conspirateurs sourds qui formoient dans l'ombre le complot de le renverser, et qui reconnoissoient de cette manière tous les bienfaits dont il ne cessoit de les combler. Mais que faut-il ici admirer le plus, ou de ces orgueilleux dominateurs qui, au nom de la tolérance, exerçoient, au sein de la république des lettres, un empire aussi tyrannique, ou de ce gouvernement imbécille qui engraissoit encore ces coupables ingrats, dont la perversité égaloit l'insolence?

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M. Moreau se consola de cette injustice, en poursuivant le cours de ses travaux, en continuant de servir sa patrie par des écrits propres à maintenir les principes conservateurs de l'ordre et de la tranquillité publique, et à la préserver de cet esprit d'inquiétude et d'innovation qui dès-lors la menaçoit de sa ruine entière. Attaché au contrôle général en qualité d'avocat des finances, il fut chargé, sous ce rapport, de former une collection complète de tous les édits, arrêts et déclarations qui avoient formé la législation française

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depuis l'origine de la monarchie jusqu'à nos jours. Plusieurs années après, son goût pour la recherche des monumens antiques le fit choisir pour former une seconde collection, celle des monumens historiques qui avoient échappés à la connoissance des plus savans compilateurs. Ces deux collections, réunies sous le nom de Dépôt des chartes et de législation; furent confiées à sa garde, sous la surveillance du ministre Bertin, et il en parut en 1789 un premier volume in-folio, enrichi de notes historiques et critiques, dont M. Moreau fut un des coopérateurs. La révolution arrêta ce travail, mais n'arrêta pas le zèle de l'infatigable écrivain, qui fit paroître, la même année, l'Expose historique des administrations pulaires, tristes avant-coureurs de nos désastres. Choisi par le gouvernement, lorsque le projet de convoquer les états généraux fut conçu, pour lui présenter le tableau de tous ceux qui avoient eu lieu dans les différentes époques de la monarchie, il s'occupa de ce soin, en remettant, chaque semaine, au garde des sceaux Lamoignon, le résultat de son travail, qui, préparé dans le principe pour le conseil d'état, devint bientôt un ouvrage volumineux qu'on jugea digné de livrer au public, en lui donnant une nouvelle forme; et il parut sous le titre d'Exposition et défense de notre constitution monarchique française. L'auteur y développe les moyens de rendre utiles ces assemblées, et d'éviter les maux qu'elles avoient trop souvent produits; et, suivant son usage, il y mêle des leçons non moins utiles à ceux qui commandent qu'à ceux qui obéissent. Il y nomme le despotisme « le pouvoir qui réunit la force et l'autorité, soit sur une seule tête, soit sur plusieurs. Autorité sans force, voilà le roi; force sans autorité, voilà le peuple, ». Enfin,

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