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à force de traîner dans tous les Recueils; c'est un placet roi :

Il ne m'appartient pas d'entrer dans vos affaires ;
Ce seroit un peu trop de curiosité.
Cependant l'autre jour, songeant à mes misères ,
Je calculois les biens de votre majesté.
Tout bien compté, j'en ai la mémoire récente ,

Et le calcul en est facile et court,
Il vous doit revenir cent millions de rente ,
Ce qui fait à peu près cent mille écus par jour ;
Cent mille écus par jour en font quatre par heure.

Pour réparer les maux pressans
Que le tonnerre a fait dans ma maison des champs ,
Ne pourrois-je obtenir , Sire, avant que je meure,

Un quart-d'heure de votre temps.

Telles sont les fleurs que l'auteur du Mémorial répand sur l'instruction. Nul venin, nul serpent n'est caché sous ces fleurs : la plume de M. Cordier est la plus innocente des plumes; elle en est même la plus prudente : elle n'écrit rien d'elle-même; elle transcrit; elle copie. Combien de plumes fécondes devroient se réduire à cette sage stérilité. Ce n'est pas que M. Edmond Cordier soit dépourvu d'invention. L'invention brille dans les titres qu'il donne à ses ouvrages : celui de l'Abeille française est d'un rare bonheur. On sent que l'auteur a dû s'en applaudir beaucoup ; mais it me semble qu'il s'est surpassé lui-même dans l'invention du titre de son nouvel ouvrage... Le Mémorial de Théodore.

Y.

V.

Le Fabuliste des Enfans, ou Fables nouvelles pour

servir à l'instruction et à l'amusement du premier age , avec des notes pour en faciliter l'intelligence ; par M. l'abbé REYRE.

Nous avons beaucoup de fabulistes, mais nous n'en avons point pour

les enfans ; et c'est une chose assez singulière qu'un genre d'ouvrage dont la naïveté, le naturel et la simplicité forment le caractère, et dont le fond consiste à montrer la vérité sous le voile de la fiction , et à faire parler les bêtes pour instruire les êtres raisonnables, ce qui est une sorte d'enfantillage, ait été cependant si peu dirigé vers l'enfance. Presque tous ceux qui ont fait des fables ont donné trop d'esprit à leurs moutons, à leurs loups et à leurs lapins ; et toutes les moralités qui en résultent ne peuvent convenir qu'à des hommes faits, ou être saisies que par des esprits éclairés et solides. Lafontaine même, le bon et simple Lafontaine, cet enfant sublime, n'a pas songé aux enfans; et ses fables, quoique mises de préférence entre leurs mains, ne sont guères faites pour eux. Les maximes qu'il y enseigne, presque toujours étrangères à leur âge, n'ont rien qui puisse véritablement intérosser leur esprit et leur coeur ,, tant par la délicatesse du style et tous les agrémens de la diction qu'il y déploie, que par la nature des leçons et le fond de la morale; ce qui a fait dire à un homme de beaucoup d'esprit, qu'il nous manquoit un livre d'éducation, et que ce livre seroit les Fables de La

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fontaine, mises à la portée des enfans. Mais qui auroit la présomption d'entreprendre un pareil ouvrage ? Qui oseroit toucher à ces chef-d'oeuvres, consacrés en quelque sorte par l'admiration universelle, sans craindre de se rendre coupable d'une espèce de profanation?

Le nouveau Fabuliste s'est donc bien gardé d'y toucher; mais il y a suppléé, en mettant, non les fables de Lafontaine, mais les siennes propres, à la portée des enfans, et nous donnant ainsi un petit code de morale, accommodé tout à-la-fois et à leur intelligence et à leur situation, et non moins assorti à leurs dispositions qu'à leurs besoins. Ce n'est pas une chose si facile que de faire des fables pour les enfans; et il faut plus d'art qu'on ne pense pour devenir simple comme eux : il en coûte peut-être moins de donner un libre essor à sa pensée que de la contenir, et d'augmenter sa clarté de toute l'étendue qu'on lui ôte. C'est le mérite de ces fables nquvelles. Le ton que l'auteur y a pris est parfaitement analogue à l'objet qu'il a en vue, celui d'instruire les enfans pour les amuser et de les amuser pour les instruire, et de combiner tellement leurs forces et leurs dispositions, qu'ils n'y trouvent aucun sujet qui ne soit fait pour exciter leur attention et leur curiosité.

Cette nouvelle édition est augmentée de trente fables. L'auteur, déjà connu par le Mentor des Enfans et l'Ecole des jeunes Demoiselles, est un ancien membre de cette compagnie célèbre qui se consacroit avec tant de succès à l'éducation de la jeunesse, et ses derniers efforts se portent encore vers un si noble but.

En même temps que nous recommandons ces nou velles fables aux pères de famille et aux instituteurs, nous dénonçons à leur tendresse et à leur vigilance, le Nouveau Fablier français, à l'usage des écoles,

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Malheur aux écoles qui feroient usage d'un livre qui n'outrage pas moins le langage que la morale, et qui ne manque pas moins de goût que de décence! C'est la première fois peut-être que l'on a fait des fables pour corrompre les enfans, et c'est un scandale de plus qui manquoit à ce siècle, et qui met le comble à tous les autres. Il n'y a pas jusqu'au titre de l'ouvrage qui ne soit une faute contre la grammaire. Madame de la Sablière a bien pu dire de Lafontaine, que c'étoit un fablier, pour dire qu'il portoit des fables tout aussi naturellement qu'un poirier porte des poires : c'est un bon mot qui peint au juste le caractère de son génie ; tandis que fablier, pris pour recueil de fables, est un solécisme.

Nous profitons encore de la même occasion pour dénoncer au public un nouvel ouvrage intitulé : le Trésor des Enfans , par Pierre Blanchard. Ce Pierre Blanchard, est un compilateur sans goût comme sans moyens, qui travaille pour les enfans ; et il faut plaindre les enfans qui n'auront que lui Il nous annonce qu'il a puisé une grande partie de son ouvrage dans la Civilité puérile ; et en effet rien n'est plus puéril que sa morale qui, réduite à quelques vagues maximes de bienfaisance et d'humanité, n'est au fond qu'une pure civilité. On est surpris de ne pas trouver dans tout ce prétendu Trésor, un seul article sur la religion , qui est le vrai trésor des enfans, puisque c'est pour eux le moyen le plus sûr et le plus sensible de leur inculquer la morale. Il est vrai qu'il en dit un mot à la fin de l'ouvrage; mais c'est uniquement pour montrer qu'il a bien fait de n'en

pas parler , puisque les enfans ne doivent pas en parler davantage. « Mes enfans, leur dit-il, vous venez dans » un temps et daņs un pays où la liberté, en matière

pour trésor.

» de religion, est illimitée. Que votre esprit soit donc >> comme la loi, qui permet à chacun d'adorer Dieu » suivant sa manière.... Celui qui a une bonne inten» tion, et qui ne fait de mal à personne, a toujours » une bonne religion ». Avis perfides pour des enfans, et qui, fussent-ils bons en eux-mêmes, ce qui n'est pas, seroient encore hors de saison, et intempestifs pour leur âge. Ne voilà-t-il pas un tresor bien précieux de religion et de morale ! Et combien les enfans seront riches en ce genre, quand ils sauront que leur esprit doit être comme la loi , et la liberté illimitée en matière de religion, et la permission d'adorer Dieu suivant sa manière, et la religion qui est toujours bonne quand on ne fait mal à personne! Ce qui veut dire, en d'autres termes, que la religion est indifférente , qu'elle n'est autre chose qu'une manière arbitraire d'adorer Dieu, et que par conséquent ils pourront, quand ils le jugeront à propos , se moquer de la religion de leurs pères, et adorer Dieu suivant qu'ils l'auront décidé dans leur haute sagesse.

Tels sont cependant les nouveaux catéchismes qu'on cherche à distribuer dans les pensionnats et les colléges, et qu'achètent même des pères de famille honnêtes et religieux, qui, sur la simple étiquette, croient faire l'acquisition d'un trésor, et n'achètent que du poison. M. Blanchard a fạit encore d'autres trésors qui n'annoncent pas moins la pauvreté de son esprit que celle de sa morale , contre lesquels il importe de prémunir les instituteurs : La Mythologie de la Jeunesse , dans laquelle il est dit entr’autres choses, que les prêtres ne sont nulle part la dupe de ce qu'ils enseignent; d'où les jeunes gens pourroient bien conclure qu'ils ne doivent pas être dupes davantage de ce que leur enseignent leurs cùrés. Le Voyageur de la Jeunesse, où la jeu

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