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pour convenir qu'il s'est trompé ; mais ce qu'on ne peut lui pardonner , c'est de se répandre en injures et en invectives contre ceux qui ne partagent pas ses opinions : son crime est d'étaler un zèle fanatique et calomniateur, tout en parlant de tolérance et de bienveillance universelle ; contradiction grossière dont les philosophes ne se corrigent jamais , parce que ce sont des sectaires , et non des philosophes.

M. Malouet est bien forcé de convenir que la religion est utile et nécessaire : l'aveu est pénible pour un esprit fort, mais indispensable aujourd'hui : il ajoute ensuite très-étourdiinent, et sans nécessité, qu'outrager le culte public, quand il est établi depuis des siècles, le proscrire, insulter à la croyance du peuple, renverser ses autels...... c'est ce qu'on peut appeler la ferocité de la dépravation : ce délire sacrilege est le plus grand crime de la révolution : voilà une terrible confession : M. Malouet a besoin de respirer et de se soulager après un si cruel effort; et quelle plus douce consolation pouvoit-il trouver que les éternelles déclamations des philosophes contre le fanatisme et l'intolérance ? Il veut qu'on joigne la philosophie à la religion ; mais la religion bien étendue, est la seule et véritable philosophie c'est la raison perfectionnée : cette alliance de la philosophie de M. Malouet, avec la religion, loin d'être nécessaire, comme il le prétend , n'est propre qu'à étouffer la religion.

« Je n'aime point, ajoute-t-il, les zélateurs hypocrites qui, sous le prétexte d'attaquer toutes les innovations qui nous ont bouleversés, déclarent aujourd'hui la guerre aux plus grands talens dont le dernier siècle s'honore: on voit dans ces nouveaux missionnaires une arrière-pensée qui me les rend odieux... Ainsi des hommes qui ne croient pas en Dieu prêchent l'Evangile,

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et en feroient, s'ils le pouvoient, un instrument de terreur et d'oppression. La cause de Dieu, qui est celle du genre humain, n'a nul besoin de tels défenseurs ; et les plus grands ennemis de la saine morale sont ceux qui voudroient étouffer jusqu'au germe de la liberté ».

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On a peine à croire qu'un homme qui passoit pour sage dans le temps que la folie étoit à la mode, pousse 'aujourd'hui le délire philosophique à cet excès d'aigreur et d'animosité: il ne sent pas même le ridicale et l'indécence du personnage qu'il joue, lorsqu'au milieu de ses idées philantropiques et de ses parades d'humanité, il s'interrompt pour accuser ses adversaires d'être des hypocrites qui ne croient pas en Dieu, des ennemis de la morale, des ennemis de la liberte: Robespierre ne traitoit pas autrement ceux qu'il destinoit à la guillotine. Pauvres philosophes, soyez donc enfin d'accord avec vous-mêmes; soyez de bonne foi, et 'quand vous parlez le langage des fanatiques, quand vous copiez le père 'Garasse, ne prétendez pas êtfle philosophes!

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Le bon M. Malouet est si échauffé, qu'il ne faut pás être surpris qu'il ait perdu la tête et que sa logique soit en défaut il accuse d'hypocrisie ceux qui déclarent la guerre à Voltaire, oubliant que luimême vient d'accuser Voltaire de la ferocité de la dépravation, et d'un crime plus grand que tous ceux qu'on a commis dans la révolution. Ni M. Malouet, ni aucun philosophe ne niera sans doute que Voltaire, pendant toute sa vie, n'a cessé d'outrager le culte public et d'insulter à la croyance du peuple. Je pense que de jolis vers ne peuvent pas excuser ce crime le bouleversement total des mœurs et de la religion ne me paroît pas expié par quelques bonnes

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actions ; ce qui ne m'empêche pas de croire en Dieu et d'être aussi ami de la liberté qu'aucun philosophe.

Ce M. Malouet, avec ses injures, a rembruni mes idées ; je me hâte de passer à un coopérateur plus aimable et plus -gai : le voyage à Ferney , par madame S*. , est ce qu'il y a de plus amusant dans ces Mélanges : Voltaire et son amante forment la plus jolie comédie du monde :: madame S*. arrive au sanctuaire de Ferney : à l'aspect de Voltaire, elle croit voir un dieu ; elle éprouve les extases de Sainte-Thérèse. Cette vieille figure de singe lui paroît ravissante : il n'y a pas une ride qui ne forme une grâce, son sourire est enchanteur. Il y avoit dans le salon une douzaine de personnes aussi curieuses , mais non pas aussi amoureuses que la nouvelle Sainte-Thérèse : dès quelle voit une place vacante auprès du dieu, elle s'en empare prestement, et commence à lui parler d'une passion qu'elle renfermoit dans son cæur depuis quinze ans : après avoir épuisé le sentiment, elle parle de M, Turgot et de M. Necker ; ce qui termineroit ce premier acte un peu froidement, si madame S*., en 'se retiratt, n'eût baisé les mains de son idole. Il semble qu'il y a un peu d'indiscrétion à vous apprendre que le dieu affectoit d'être fort souffrant, pour faire pitié au parlement dont il avoit grand pèur : c'est là qu'on aperçoit l'homme.

Il ne faut pas demander si, 'après cette entrevue, l'héroïne a éprouvé une insomnie ; le lendemain, elle se présente chez Voltaire qui avoit une indigestion de fraises : Eh bien! vous n'en mangerez plus, n'est-ce pas ? dit-elle en lui baisant la main : cette caresse est répétée fréquemment et jusqu'à la satiété dans tous

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les actes. Madame S*. ne fait que baiser, rebaiser, dé vorer cette main sèche, et le papa s'écrie: Voyez donc comme je me laisse faire, c'est que cela est si doux! Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce second acte, c'est que madame S*. demande à Voltaire sa bénédiction, qu'elle estime autant, dit-elle, que celle du pape; et Voltaire, au lieu de la bénir, l'embrasse. Au troisième acte, nouvelles adorations, nouveaux baisemens de main Voltaire veut faire le galant, et baiser le pied de la dévote qui s'y oppose en l'embrassant elle obtient cette fois la faveur de coucher dans le temple: le lendemain, elle a le bonheur tant désiré de voir Voltaire après son café à la crême, le moment, dit-on, où il étoit le plus aimable; pour comble de faveur, elle est admise auprès de son lit; elle entend le bon-homme s'égayer sur Jésus-Christ et ses miracles, et prend la liberté de défendre JésusChrist, qui est, dit-elle, un philosophe selon son cœur. Vous autres femmes, répond Voltaire, vous devez prendre sa défense, il vous a si bien traitées!

Le quatrième acte n'offre rien de nouveau qu'une promenade en carrosse, où madame S*: est assise à côté de Voltaire : ce jour-là, il s'étoit fait beau; il avoit mis sa perruque et sa belle robe-de-chambre; il caressoit madame S*. de sa jolie main; c'étoit un petit maître, un adonis.

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Nous voici aux adieux et au dénonement : à la tristesse d'un pareil moment se joint encore une confidence très-lugubre de Voltaire, qui dit à madame S*.: Madame, M. Séguier est venu me voir il y a quelque temps, et à la place où vous voilà, il m'a menacé de me dénoncer à son corps, qui me feroit brûler s'il me tenoit ». Madame S*. s'est écriée : « Tous les honnêtes gens formeroient une croisade pour vous

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défendre. Ah! madame, on viendroit me voir brûler, et on diroit le soir : C'est bien dommage. Excellente réponse d'un sage qui connoît les hommes!

Que madame S*. ait été amoureuse de Voltaire, c'est un exemple curieux de ce que peut l'imagination dans les femmes. Mais M. Suard, homme d'esprit et de sens, auroit dû supprimer ces petites folies, qui ne peuvent être aujourd'hui qu'un objet de dérision pour les profanes : Non erat his locus.

Il y a un autre voyage à Ferney, d'un poète italien qui n'est pas si enthousiaste de Voltaire, et qui le juge beaucoup mieux. Les morceaux de M. Suard sont en général ceux où il y a le plus de finesse, de jugement et d'instruction : j'ai remarqué dans ses Lettres du solitaire des Pyrénées, un passage trèssingulier de Saint Augustin, sur cette espèce de libéralité, qui consiste à faire de riches présens aux comédiens et comédiennes : donare res suas, histrionibus vitium est immane, non virtus; donner son bien aux histrions, c'est un vice énorme, et non une vertu. Quel barbare que ce Saint Augustin! Que ses idées sont peut libérales! Qui jamais auroit pensé que M. Suard sût si bien son Saint Augustin, et le citât si à propos? G.

XXXI.

Esprit de madame Necker, extrait des cinq volumes de Mélanges, tirés de ses manuscrits, et publiés en 1798 et 1801; par M. B. D. V.

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N bon ouvrage suppose un bon esprit, et voilà pourquoi les bons ouvrages sont si rares; un bon XIe, année. 15

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