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marronniers, d'en faire tomber les hannetons, et de les donner à manger aux poules »

Voilà certainement des détails bien peu dignes de la postérité. Si M. de Voltaire se fùt douté que plusieurs années après sa mort on auroit imprimé dẻ pareilles lettres, il est probable qu'il auroit moins pardonné cette indiscrétion, que quelques torts envers madame Denis. )); 1

Nous avons dit que M. Collini faisoit toujours l'apo logie de M. de Voltaire, et qu'il cherchoit à le justifier: sur tous les points. Il est curieux d'examiner comment il s'y prend, lorsqu'il parle de l'impiété du philosophe:

«Il parloit avec liberté, dit M. Collini, de la religion dont les ministres l'avoient persécuté; mais il pensoit que l'on doit du respect à toutes celles qui sont autorisées par les lois. Il n'aimoit point l'intolérance reli gieuse, politique et littéraire. Sa correspondance avec le cardinal de Bernis, l'abbé Moussinot, l'abbé Prevost, le P. Menou, prouve qu'il respectoit les ministres des autels lorsqu'ils n'étoient pas des instru mens de persécution. S'il passa quelquefois les bornes de la prudence, c'est qu'il y fut' forcé par de misérables querelles, dont il n'étoit jamais le provocateur; si on l'avoit laissé vivre tranquille, il n'auroit jamais écrit cet amas de pièces peu édifiantes ».

Sans nous arrêter à la contradiction qui exista sį constamment entre les écrits de M. de Voltaire, et les principes que lui suppose ici M. Collini, faisons quelques observations sur ces ministres des autels pour lesquels il avoit tant de respect: il n'eut avec le cardinal de Bernis que des liaisons de société, et dans sa vieillesse il rejeta les salutaires conseils de ce prélat. On peut voir par leurs lettres imprimées, que le philosophe respectoit l'homme en place, et non le

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prêtre. L'abbé Moussinot étoit chargé d'affaires de M. de Voltaire à Paris; et ce dernier, loin de le respecter, lui donnoit ses ordres très-lestement. L'abbé Prevost n'avoit d'un prêtre que le nom: il voulut pour de l'argent faire l'apologie de M. de Voltaire ; mais

; le philosophe , sans l'estimer beaucoup , refusa ses services intéressés. Le P. Menou n'eut de relations avec lui que pour éprouver ses sarcasmes et ses calomnies. Voilà donc ces ministres des autels pour lesquelsson nous disoit que M. de Voltaire avoit tant de respect ! Il faut, après cet examen , laisser M. Coļlini assurer qu'on suscita à son patron de misérables querelles , parce qu'on voulut réprimer sa licence et son impiété; il faut lui laisser dire que les ouvrages anti-religieux de l'auteur du Dictionnaire philosophique ne sont que peu édifians : on sait à quoi s'en tenir sur tout cela.

Ces Mémoires sont écrits avec une certaine naïvetés d'expression et de sentiment, qui les fait lire sans fatigue. Le style n'en est pas très-correct; mais on doit excuser un Italien qui a passé une grande partie de sa vie en Allemagve , s'il ne parle point la langue française avec pureté. Le titre de ce livre le ferą rechercher ; et il sera mis au rang de ces brochures qui amusent un moment, mais qu'on ne șit pas deux fois.

1.1167 sigur,...

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XXVIII.

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Vie de Victor Alfieri, écrite par lui-même, et traduite de l'italien; par M***

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Je ne suis

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s fait comme aucun de ceux que j'ai vus: j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent ». Tel est le témoignage que Rousseau se rend à lui-même au commencement de sa Confession; et quand on examine les écrits et la vie de cet homme si extraordinaire par ses idées et ses talens, si bizarre dans ses actions et sa conduite, ce témoignage paroît très-conforme à la vérité. Cependant M. de La Harpe, qui ne veut pas même accorder à Rousseau ce triste privilége d'une originalité qui se faisoit bien plus rémarquer par ses écarts et ses excès que par des qualités louables et des vertus réelles, s'élève contre çe jugement que le citoyen de Genève a porté de lui-même. S'il faut l'en croire, c'est une prétention outrée, et Rousseau n'avoit de particulier que le degré de talent, et l'excès de l'orgueil; mais si ce degré de talent lui fait faire des ouvrages très-originaux, si cet excès d'orgueil s'est manifesté par des idées, des paroles et des actions très-originales, très-bizarres même, ne seroitil pas injuste de contester à Rousseau qu'il fut luimême très-original et très-bizarre? Sans doute un assez grand nombre d'hommes ont eu de grands talens, presque tous les hommes ont beaucoup d'orgueil; mais ce sont les résultats singuliers des qualités accordées à plusieurs, et des défauts communs à tous, qui font l'homme singulier; et l'on ne peut nier qu'à ce titre

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Rousseau ne le fût beaucoup. M. de La Harpe veut qu'on ne puisse être réellement original que par ses vertus ; mais je ne vois pas pourquoi on ne le seroit pas aussi par les qualités de son esprit et de son génie, et par les travers les travers de son caractère et de sa conduite. Je crois que ceux qui auront lu les Mémoires d'Alfieri lui accorderont cette double originalité : voilà ce me semble un homme qui n'est fait comme aucun de ceux qu'on voit et qui existent. Il auroit pu prendre pour épigraphe de ses Mémoires ce jugement que Rousseau porte de lui-même, et se l'appliquer à trèsbon droit. 'Son génie se montra véritablement singulier et extraordinaire, non-seulement dans ses productions, mais encore dans son développement le plus inattendu qu'il soit possible d'imaginer, et dans les efforts inouis et le travail prodigieux que suppose ce développement tardif; enfin, son caractère fut cent fois plus extraordinaire encore que la trempe de son génie: on n'envit jamais de plus fantasque, de plus bizarre, de plus violent et de plus déraisonnable dans ses effets; dans la plupart des actions qu'il détermina, des sentimens, des haines et des préventions qu'il inspira. Alfieri avoue que c'est le motif qui dicte tous les Mémoires particuliers, l'amourpropre, qui a aussi dicté les siens. Il est certain que dire du mal de sòi, c'est toujours en parler, et c'est beaucoup pour l'homme que l'amour-propre domine; de plus, le mal qu'on dit de soi est une franchise rare dans la→ quelle la vanité se complaît, et on ne peut disconvenir qu'Alfieri n'ait porté cette franchise au dernier degré. Montaigne parle souvent aussi de lui avec toute la va nité d'un gascon, et il s'accuse de quelques défauts avec une franchise affectée; mais le P. Mallebranche remarque avec raison, que Montaigne ne se reproche que quelques défauts cavaliers; on n'en dira pas autant

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d'Alfieri : ce ne sont point des défauts aimables et de bon ton qu'il nous révèle; ce sont de bonnes et fortes brutalités, des emportemens furieux, et une suite presque non interrompue d'actions déraisonnables, de caprices et d'eŅfantillages ridicules,, de préventions injustes , de haines violentes, de sentimens outrés , qui nous le présentent sans cesse pourdes bagatelles ou pour de fausses idées dont il s'est préoccupé, frémissant, delirant , pleurant de rage, etc. Beaucoup de gens, s'ils reconnoissoient en eux de pareils défauts, mettroient leur amour-propre à en dérober la connoissance au public; et je crois que cet amour-propre ne seroit pas mal entendu.

Mais și celui d'Alfieri ne lui a pas interdit le récit de tant de puérilités, s'il n'a pu l'engager à voiler le tableau d'une conduite si fantastique et si bizarre, l'intérêt que tout écrivain veut inspirer à ses lecteurs, leur curiosité qu'il veut satisfaire, soit en les amusant, soit en les instruisant, ne devoient-ils pas lui conseiller la suppression de tous ces détails, qui paroissent au premier coup-d'oeil si peu faits pour instruire ou pour amuser ? Et tout ce premier volume , où Alfieri prenant les choses ab ovo, et remontant jusqu'à son berceau, retrace, et son insignifiante enfance, et son éducation non moins insignifiante, et sa jeunesse non moins digne d'oubli que son éducation et son enfance, n'auroit-il pas dû, sinon être entièrement passé sous silence , du moins resserré dans un petit nombre de pages ? Cependant, il faut l'avouer, Alfieri n'a pas mal connu les hommes en leur transmettant des faits qui semblent si indignes de leur attention. Le lecteur, qui à chaque page improuve le livre et le héros, poursuit néanmoins une lecture qui l'attache : il condamne toujours et ne s'ennuie jamais. C'est ainsi qu'en lisant

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