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portoient naturellement à le croire : il avoit en effet cultivé ses dispositions naturelles par un travail constant et des études sérieuses , et il n'étoit pas moins bien placé à l'Académie des Inscriptions , dont il étoit membre, qu'à l'Académie française. Un Mémoire qui fait partie de ce nouveau Recueil, et qui a pour objet la politique de Clovis , honoreroit les écrivains même le plus versés dans les antiquités de notre histoire; et plusieurs morceaux qui se trouvent dans les huit volumes publiés précédemment, font voir qu'il n'étoit étranger à aucune des parties de l'érudition historique. Peu de grands seigneurs ont eu les mêmes titres pour jouir des honneurs académiques, et se couronner des palmes littéraires.

Dans le reste du Recueil , il n'est plus question de l'homme de lettres : on n'y voit que l'ambassadeur. Cette partie de l'ouvrage fournira la matière d'un article particulier.

Y.

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X X V.

Suite du même sujet.

C'est le défaut général de tous les éditeurs de chercher à multiplier le nombre des volumes, en recueillant toutes les rognures et tous les chiffons d'un auteur. M. François ( de Neufchâteau) ne s'est pas tenu assez en garde contre ce penchant. On peut aussi présumer qu'il s'est plu à étendre encore , par l'adjonction de pièces inédites et posthumes, un éloge déjà trop long. Le titre même du Recueil semble justifier cette idée, puisque ces (Euvres posthumes sont publides à la suite

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de l'Eloge , et comme devant en conséquence servir de commentaire au panegyrique; mais l'éditeur paroît craindre encore de n'avoir

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fourni assez de pièces à l'appui des louanges qu'il donne à M. de Nivernois , et l'on voit qu'il regrette de n'avoir pu donner au moins sept ou huit volumes au lieu de deux simples in-octavo. C'est avec une sorte d'emphase qu'il parle des papiers que M. de Nivernois jeta au feu, lorsqu'il craignit d'être arrêté : « D'immenses porte - feuilles contenoient, dit-il, les travaux de ses ambassades, et ses essais nombreux dans toutes les parties de la littérature..... Plusieurs de ses ouvrages avoient été compris dans ce sacrifice cruel à Vulcain et à la Prudence, » ajoute poétiquement l'éditeur , qui auroit tout aussi bien fait de consommer le sacrifice, et de livrer à Vulcain , puisqu'il met Vulcain dans cette affaire, les deux tomes qu'il vient de publier.

J'ai cru devoir distinguer du fatras qu'ils présentent les discours académiques , et une jolie pièce de vers : le surplus peut être regardé comme non-avenu. La correspondance dont il me reste à parler , est trèspropre sans doute à confirmer l'idée avantageuse que l'on avoit déjà du caractère , des moeurs et des vertus de M. le duc de Nivernois ; mais elle n'offre', d'ailleurs, que fort peu d'intérêt : elle est écrite d'un style naturel, mais foible, sans éclat, sans vivacité, sans aucune des grâces qui appartiennent au genre; et quoiqu'elle se rattache à des époques et à des circonstances importantes, elle n'y répand presqu'aucune lumière , et il ne résulte de tant de lettres, qu'une instruction très-médiocre sur le fond des choses; mais en revanche, on s'instruit parfaitement, en les lisant, de l'état de la santé de M. le duc de Nivernois, et de tout ce qui peut concerner

ou la cuisine ou XIe année,

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I 2

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l'ameublement, ou les carrosses , l'argenterie et les porcelaines d'un ambassadeur. De Rome, de Berlin de Londres, M. de Nivernois informoit très-scrupuleusement ses correspondans de toutes ses migraines, d'un mal qui lui survenoit à un oeil, ou à un bras, ou à un doigt; de toutes les médecines qu'il prenoit, et de leur effet. Ce soin étoit sans doute agréable aux amis de l'ambassadeur : il n'est point un tort dans M. de Nivernois ; mais il le devient dans l'édition de ses Cuvres ; car la postérité ne doit pas être fort curieuse d'apprendre que tel jour, en l'année 1756, ou en l'année 1762, M. le duc de Nivernois eut mal, à la tête ou prit médecine : elle pourroit tout au plus conclure de tous ces bulletins , en comparant la santé de M. de Nivernois avec les affaires qu'il avoit à traiter, soit auprès du roi de Prusse , soit auprès du ministère anglais, que jamais ambassadeur plus malingre ne fut chargé de plus tristes affaires ; mais la conclusion est en elle-même assez peu instructive.

Les lettres qu'il écrivit pendant son ambassade de Rome, sont celles qui contiennent le moins de détails de santé, parce que M. de Nivernois étoit alors plus jeune et plus vigoureux; mais elles contiennent aussi moins de détails de politique, parce que des trois missions dont il fut chargé, celle de Rome est la moins importante. On trouve dans cette partie de la correspondance quelques lettres de Montesquieu, relatives à la censure, dont l'Esprit des Lois étoit menacé par la congrégation de l'Index : ces lettres ressemblent à toutes celles de Montesquieu, qui ont été recueillies; c'est-à-dire, qu'on y cherche en vain cet esprit vif et piquant, ce tour saillant et original , cette précision animée , énergique, étincelante, qui caractérise ses écrits. On peut observer què Mon

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tesquieu ne veut absolument passer aux yeux de la cour de Rome, que pour un jurisconsulte français. M. de Nivernois étoit alors également en correspondance avec le marquis de Mirabeau, dont le style épistolaire n'est pas moins burlesque que celui de ses ouvrages. Pour peindre la vivacité de son caractère, il écrit à M. de Nivernois : « Je fais toutes les besognes avec tant d'action, que je ne saurois jamais répondre de inâcher une aile de poulet du côté droit ou du côté gauche de la mâchoire ». A l'exception de quelques traits touchant les principaux personnages de la cour de Rome, le reste de la correspondance ne roule guère que sur des objets relatifs à l'ameublement et au train de l'ambassadeur.

La mission de Berlin fut très-courte, mais trèsembarrassante ; et quelques témoignages d’estime et presque de tendresse que le roi de Prusse ait prodigués à M. de Nivernois, ce dernier ne joua auprès de Frédéric que le plus triste rôle : il sembloit n'avoir été envoyé que pour être de plus près témoin de la défection de ce prince, qu'il étoit chargé de confirmer dans notre alliance, et qui signa son traité avec l’Angleterre le jour même de l'arrivée de l'ambassadeur : aussi les lettres de M. de Nivernois peignentelles sa consusion et l'espèce de mystification qu'il éprouvoit. Il écrit au ministre près la cour de Saxe « Votre patriotisme auroit été pour le moins aussi ahuri que le mien, si vous étiez arrivé ici le 12 janvier, tandis que ladite convention se signoit à Londres le 6 ». Ailleurs, il cherche à se soutenir par une de ces maximes auxquelles on n'a recours que dans les besoins pressans : « C'est par réflexion , dit-il, et non pas par sentiment qu'il faut se conduire dans les affaires : en politique, il ne faut pas se piquer toutes les fois que

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l'occasion y invite, mais seulement lorsque l'intérêt le requiert ». En somme, et quoi qu'en dise l'éditeur, qui veut opposer ces Lettres aux Mémoires de Frédéric et à ceux de Voltaire, ce n'est pas là une belle ambassade : cette ambassade n'a produit qu'une triste correspondance; et quoique pendant le cours d'une mission si rapidement terminée, M. de Nivernois n'ait pas eu le temps de se plaindre de sa santé, comme il falloit apparemment qu'elle fût toujours pour quelque chose dans ses relations diplomatiques, elle servit de prétexte à son rappel. On conçoit à peine comment l'éditeur, qui paroît si jaloux de la gloire de M. de Nivernois, a pu se résoudre à réveiller des. souvenirs qui sans doute ne ternissent point la mémoire de son auteur, mais qui sont désagréables.

Comment surtout n'a-t-il point senti qu'il ne falloit pas, dans ces circonstances, exhumer les monumens de ce funeste traité de 1763, dont M. de Nivernois ne fut que l'instrument passif et innocent, il est vrai, mais où la gloire de la nation étoit si terriblement compromise, et qui inspira quinze ans après, à Gilbert, ces vers admirables, dictés par l'indignation la plus noble comme la plus juste:

Vengez-nous : il est temps que ce voisin parjure
Expie et son orgueil et ses longs attentats;
D'une servile paix prescrite à nos États,

C'est trop laisser vieillir l'injure.
Dunkerque vous implore: entendez-vous sa voix
Redemander les tours qui gardoient son rivage,

Et de son port dans l'esclavage,

Les débris indignés d'obéir à deux rois?

On ne reconnoît pas ici M. François (de Neufchâteau); un zèle aveugle pour la mémoire de M. de Nivernois semble lui avoir fait oublier les sentimens.

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