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émouvoir et corriger, ni les revers les plus affreux, ni les exemples les plus effrayans, et qui, semblables à ces faux dieux dont parle le Psalmiste, ont des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre!

N.

XXIV.

Euvres posthumes du duc de Nivernois, publiées à la suite de son Éloge; par M. FRANÇOIS (de Neufchâteau).

DEUX

EUX volumes d'Euvres posthumes de M. le duc de Nivernois, après huit volumes d'Œuvres publiées du vivant de l'auteur, c'est beaucoup; c'est peut-être même trop : le zèle des panégyristes, qui ne sont pas toujours des éditeurs, et celui des éditeurs, qui sont toujours des panégyristes, s'emporte quelquefois trop loin. Il me semble que M. François ( de Neufchâteau) n'avoit pas besoin d'appuyer son Eloge de M. de Nivernois de deux nouveaux volumes; ce n'est pas que ces deux volumes ne renferment des choses dignes de louanges, et très-capables d'ajouter à la réputation d'un homme, qui, dans le haut rang où sa naissance et ses dignités l'avoient placé, ne dédaigna point la gloire des lettres, et crut avec raison que la culture des arts de l'esprit, pouvoit rehausser l'éclat de son origine, de sa fortune, de ses emplois ; mais il eût mieux valu peut-être refondre l'édition que de l'augmenter, en élaguer beaucoup de morceaux que l'indulgence des contemporains a pu applaudir, et que le goût sévère de la postérité voudra rejeter, et

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par ces sages retranchemens se ménager le moyen de réduire au moins à huit volumes tout ce qui, dans les dix volumes qui composent aujourd'hui le recueil de M. de Nivernois, peut véritablement contribuer à la gloire littéraire de l'auteur. Ce n'est point par le nombre des tomes que l'on juge du mérite des écrivains les ouvrages de ceux qui se sont le plus illustrés par leur talent et leur génie, n'occupent qu'une très-petite place dans nos bibliothèques; Horace et Virgile, Boileau, Racine et Lafontaine, n'ont point ambitionné le faux honneur d'étaler aux yeux de la postérité une multitude de volumes; et l'on peut appliquer avec justesse aux livres un ancien axiome, qui se trouve également exact, dans plus d'un sens, et dans plus d'une circonstance : Il faut les peser, et non les compter.

Les huit premiers volumes de M. de Nivernois parurent à une époque où la critique, qui se taisoit depuis long-temps, ne put les apprécier. C'étoit un singulier moment pour publier les Œuvres d'un duc et pair de France, que celui où toutes les passions révolutionnaires étoient déchaînées, et où M. le duc de Nivernois n'étoit plus que le citoyen Mancini : en perdant ses titres de grand seigneur, il sembla vouloir réaliser ceux d'homme de lettres, et il laissa, pour ainsi dire, sur sa tombe, ces huit volumes de vers et de prose, qui ne pouvoient guère fixer l'attention dans un temps où la littérature étoit anéantie par des intérêts d'un ordre supérieur, et ne subsistoit plus que dans les prétentions, toujours très - actives, de cette foule de mauvais auteurs qui vouloient profiter du trouble et du chaos pour se faire des réputations, auxquelles le retour de l'ordre devoit être si fatal. Les Œuvres de M. de Nivernois se trouvèrent donc

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confondues dans cette multitude d'écrits de tout genre, parmi lesquels le public ne distinguoit rien, ou ne distinguoit que ceux qui flattoient plus ou moins les idées, les espérances et les affections du moment; mais elles méritoient de survivre à toutes ces productions auxquelles une fermentation passagère avoit donné l'existence, et qui ont disparu avec elle : elles ne craignent point l'oeil de la critique qui, sans doute y remarquera des parties foibles ou médiocres, ou même absolument indignes de la réputation de l'auteur, mais qui saura rendre justice en même temps aux excellens morceaux qu'elles contiennent, et trouvera plus à louer, dans ce Recueil, qu'à blâmer. C'est déjà faire un grand éloge d'une Collection si volumineuse, sur laquelle je me propose de revenir, dans un autre article, après avoir examiné les deux tomes posthumes dont on vient de la grossir encore,

Ces deux tomes renferment des poésies, des discours et mémoires académiques , des lettres familières, et un théâtre de société : le tout mêlé de beaucoup de remarques de M. François (de Neufchâteau), et précédé de l'Eloge un peu long que l'éditeur a prononcé à l'Institut, et d'une épître dédicatoire en vers, adressée à madame de Mancini-Brissac, fille de M. de Nivernois. Si l'on peut reprocher à l'éditeur de n'avoir pas assez ménagé les moyens oratoires dans un Eloge qui ne devoit être qu'historique, et d'y avoir trop prodigué les ornemens pompeux du haut style, on peut aussi observer qu'il semble avoir voulu balancer ce qu'il y a de trop sublime dans son discours, par l'extrême familiarité du style de son épître : cette simplicité va peut-être même plus loin que le genre ne le permet ; car lorsqu'on écrit une épître en vers , il n'est permis d'être prosaïque que jusqu'à un certain

} 174 LE SPECTATEUR WRA-NCA 16 point , et la strophe suivante me paroît passer les, bornes :

Il chérissoit l'Académie ;
Durant un demi-siècle il en fut l'ornement:
L'Académie aussi veut à cette ombre amie

S'attacher éternellement..

Ainsi, M. François (de Neufchâteau) auroit bien fait de transporter dans son épître quelque chose du style de son discours, et dans son discours un peu de la simplicité de son épitre.

Ce seroit faire injure au talent poétique de M. de Nivernois, que d'en juger par les vers recueillis dans ces deux volumes; vers extrêmement foibles, génétalement dénués de coloris, d'élégance et de grâce, et même le plus souvent dépourvus d'esprit. Il est aisé de s'apercevoir que l'auteur les composa dans un âge où il n'a été donné qu'à quelques hommes privilégiés de conserver le talent de la poésie : on ne peut pas d'ailleurs l'accuser d'avoir voulu produire en public ces débiles enfans de sa vieillesse. Il n'eut point le tort de quelques auteurs actuels, qui', après avoir brillé dans le premier âge, veulent encore attirer les regards par les foibles et mourantes lueurs d'un talent qui expire, et qui vaincus du temps, comme disoit Malherbe, ne cèdent point de bonne grâce à ses outrages, et s'efforcent de lutter contre cette puissance à qui rien ne peut résister : sa Muse judicieuse et modeste ne partagea point la folie et le ridicule de ces Muses surannées et décrépites, qui viennent offrir aux dédains des lecteurs et aux railleries de la critique leurs appas flétris et décolorés. Il comprit qu'il est un moment où les poètes qui n'ont point perdu l'habitude de faire des vers, doivent

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perdre la prétention de les publier : aussi désapprouveroit-il sûrement son éditeur , s'il pouvoit voir ces deux volumes , où l'on .a rassemblé tant de pièces, fruit d'une vervę défaillante, qui devoient rester ensevelies dans le porte-feuille de l'auteur.

Lorsque M. de Nivernois donna le Recueil de ses ouvrages , il regretta de ne pouvoir y faire entrer ses

y discours à l'Académie française, qu'il avoit présidée très-souvent; et nous comprenons à peine aujourd'hui qu'il ait existé une époque si voisine, où l'on n'auroit pu , sans danger, publier des discours prononcés à l'Académie française : la France croyoit pourtant alors avoir un gouvernement ; mais le sort de cette constitution et de cette administration éphémères, a suffisamment prouvé qu'elles n'étoient qu'un vain nom. M. de Nivernois fut donc obligé de laisser dans son porte-feuille des discours qui, malgré l'innocence essentielle du genre, auroient pu attirer la foudre sur l'édition, le libraire et l'auteur, et qui, toutefois, forment un de ses titres littéraires les plus brillans. Je suis de l'avis de l'éditeur : je pense, comme lui , qu'en général la prose de M. de Nivernois est supérieure à ses vers ; et je ne doute pas qu'en particulier ses discours ne doivent être regardés comme des morceaux très-distingués de style académ mique ; la diction en est pure, noble, harmonieuse; les convenances y sont observées avec une exquise délicatesse ; et, quelquefois, lorsque le sujet ou la circonstance le demandent , l'orateur s'élève jusqu'au ton de la grande éloquence, et s'y soutient avec beaucoup de succès. C'est là ce qui montre qu'il étoit vé ritablement un homme de lettres, et non pas seulement un amateur , comme son rang, son état, même de poésie dans lequel il s'est le plus exercé,

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et le genre

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