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tout, qui se moque, chaque fois que l'occasion ser présente, des préjugés , du fanatisme, de la superstition, etc. ; qui appelle le temps de la Régence un temps charmant, où « régnoit, à la vérité, le libertinage 'le plus effrené; où les hommes n'étoient occupés qu'à augmenter authentiquement la liste de leurs maîtresses ; les femmes qu'à s'enlever leurs

; amans avec publicité ; où les maris étoient forcés de tout souffrir, sous peine de se couvrir du plus grand ridicule ; mais pendant lequel la société gagnoit en gaité ce qu'elle perdoit du côté des mæurs, ce qui, selon lui , étoit bien préférable. Ce même M. de Besenval, par une contradiction qui semble d'abord inexplicable, fait des meurs et du caractère de madame de Luxembourg le tableau le plus affreux, le plus révoltant; entre même dans des détails qu'une plume décente se refuse à transcrire, et semble alors oublier que ce qu'il blâme en elle est justement ce qui lui paroissoit si gai, si séduisant lorsqu'il exam minoit les moeurs en général. Pour rendre cette inconséquence encore plus frappante, il raconte , quelques pages plus bas , avec complaisance, avec approbation , une anecdote plus scandaleuse, plus révolante mille fois que toutes les turpitudes dont il accuse madame de Luxembourg. Il s'agit d'un infâme traité conclu entre une jeune personne et ses deux amans, pour qui elle éprouvoit le même penchant , et qu'il étoit cependant impossible qu'elle épousât tous les deux: il fut convenu , pour en finir, que les deux prétendans tireroient au sort , et que celui qu'il auroit favorisé, devenu l'époux, s'engageroit à supporter l'autre auprès de sa femme en qualité d'amant. « Le traité fut exécuté, dit M. de Besenyal, avec une fidélité et un bonheur pour tous

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trois , que rien ne put troubler. Quelques années après , le mari étant mort , celui qui étoit resté amant épousa la veuve; ils vécurent fort long-temps ensemble, et n'éprouvèrent d'amertume que celle de la perte d'un ami dont ils ne se consolèrent jamais » Il ajoute ensuite : « Ce qui me feroit douter de la vérité de cette histoire, c'est qu'il est difficile de croire que le hasard ait rassemblé trois personnes d'un sens aussi droit, aussi profondes dans la connoissance de la juste valeur des choses, et si fort dégagées des préjugés ».

Sans doutę il est permis de s'étonner qu'un homme qui affiche de semblables principes, et qui applaudit de telles infamies , ose trouver la conduite de madame de Luxembourg répréhensible; mais, en y réfléchissant, il n'est pas très difficile de se rendre compte de cette apparente contrariété. Ce n'étoient pas ses meurs qui lui sembloient mauvaises, mais le trop grand éclat qu'elle leur donnoit. Tel étoit l'esprit de ce siècle dépravé, parvenu à un tel degré d'abrutissement moral, que toutes les actions y étoient indifférentes , et que le blâme ne tomboit que sur le plus ou le moins de publicité des déréglemens.

Par une autre inconséquence moins facile à justifier, M. de Besenval attaque les philosophes. Le passage est curieux, et nous le citerons en entier :

« Il y a, je le sais, des choses encore à réformer ; mais la pire est la licence des philosophes, espèce d'hommes qui, joignant des études heureuses à des bouffées d'indépendance et de rebellion , apportent dans la société l'abus des connoissances. L'orgueil fait la base de leur caractère , et l'égoïsme est leur maxime fondamentale. Voltaire est leur patriarche et les dédaigne : ils ont adopté le mépris qu'il affiche

de tous les principes; mais ils n'ont pas sa grâce pour colorer leur doctrine; ils ne sont que des pédans fort dangereux; ils attaquent la religion, parce qu'elle est un frein, et l'autorité des rois par la même raison. Ils prêchent l'égalité des conditions, pour niveler tout ce qui s'élève au-dessus d'eux; enfin ils opèrent par leurs écrits ce qu'on faisoit dans les jours d'ignorance, par les conjurations, par le poison et le fer. Les rois s'endorment là-dessus. L'Eglise lance des foudres perdues, le parlement brûle un livre pour le multiplier; l'avenir est menacé des terribles effets de cette insouciance, elle sera le germe de grands malheurs ».

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Assurément tout cela est bien pensé, parfaitement peint; il y a même quelque chose de prophétique dans les dernières lignes, et cependant rien ne paroît plus déraisonnable que d'entendre de semblables vérités sortant de la bouche d'un homme qui n'avoit ni principe ni religion, et qui écrivoit en même temps des mémoires destinés à l'impression, dans lesquels le trône est autant avili et la religion autant insultée que dans aucun des ouvrages de cette extravagante philosophie.

M. de Besenval se montre faux et superficiel en matière de politique et d'administration, de même qu'il s'est fait voir en morale sans principes et sans frein et cela devoit être, car la saine politique a sa source dans la morale, et la corruption de ceux qui gouvernent commence toujours la décadence des empires. Aux anecdotes scandaleuses succède le récit de quelques intrigues de cour que M. de Besenval présente comme des affaires fort importantes, parce qu'il y a joué un rôle, et dont le résulat est presque toujours la nomination d'un homme médiocre à la

place d'un autre à-peu-près de la même valeur. Sa manie principale étoit de créer des ministres , et l'on voit qu'il se donnoit beaucoup de mouvement pour faire mettre en place ses amis ; mais quelque importance qu'il veuille s'attribuer dans toutes ces petites menées, en examinant bien la chose, on voit que cela se réduit à quelques mots dits à l'oreille, à des bavardages de salon qui ne lui réussissent

presque jamais.

Il a une manière très-singulière de louer les personnes qu'il estime. Après avoir présenté le garde des sceaux Lamoignon comme un homme d'une probité vraiment antique et dévoré de zèle pour le bien public, il dit naïvement qu'il comptoit d'autant plus sur ses dispositions à adopter un plan de réforme qu'il lui avoit présenté, que ce plan offroit à ce ministre la possibilité de jouer le principal rôle, objet dominant, ajoute-t-il, et qu'il faut toujours présenter. Il est certain que d'après les principes établis dans tout l'ouvrage , il doit sembler impossible à M. de Besenval que l'on fasse une action louable par un autre motif que celui de l'intérêt personnel, et cette fois-ci il s'est montré conséquent, excepté cependant dans ses éloges; car, d'après les mêmes principes, une action ne peut être en ellemême ni bonne, ni mauvaise, il n'y a ni honnêtes gens, ni fripons ; l'intérêt personnel légitime tout : il s'agit seulement d'éviter de se faire pendre, et tout va bien.

Le style est loin de dédommager de la nullité et de l'indécence du fond : on peut pardonner à un homme du monde d'écrire sans correction ; mais on s'attend à trouver en lui de la grâce, de l'élégance, de la finesse; et les mémoires de M. de Besenyal no

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rachètent par aucune de ces qualités leur extrême incorrection. Elle est telle, qu'elle passe même celle qui est tolérée dans la conversation; et si l'on n'étoit convaincu que M. de Ségur, éditeur de ces mémoires, étoit un homme rempli d'honneur et de probité, et qui, dans leur publication, n'a fait, d'après son propre témoignage, qu'exécuter les dernières volontés de l'auteur, on seroit fondé à ne considérer cet amas indigeste d'anecdotes ou scandaleuses, ou insipides, ou triviales, que comme un simple recueil de notes, qu'un homme sensé n'eût jamais destiné à l'impression. Cependant, bien qu'on ne puisse douter des intentions de M. de Besenval, au sujet d'un ouvrage qui répandra sur sa mémoire une tachę ineffaçable, M. de Ségur ne nous en semble pas moins coupable pour avoir accompli la volonté du testateur. Qu'il se soit trouvé, dans ce siècle d'erreurs et de corruption, un homme qui ait pensé tout ce que contient un pareil livre, qu'il ait conçu en même temps le projet de publier tout ce qu'il a écrit, c'est une chose qui n'étonne point ceux qui ont réfléchi sur l'inconcevable aveuglement de ce temps déplorable; mais qu'après quinze ans de malheurs inouis, résultat de tant d'immoralité, de fausses opinions, d'indifférence politique et religieuse, il s'en rencontre un autre assez insensible à d'aussi terribles leçons pour accomplir l'extravagante volonté du premier, pour ne pas faire cette réflexion si simple, si naturelle, que si l'auteur eût survécu aux orages révolutionnaires, il est plus que probable que, mieux conseillé par une aussi cruelle expérience, il eût, lui-même, effacé jusqu'aux moindres traces de son odieux ouvrage; voilà ce que nous pouvons à peine concevoir. Il est donc des hommes que rien ne peut

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