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Par-tout ailleurs il est le maître
De nous égarer à son gré :

Je le sais; mais enfin, peut-être, ai-je attiré,
Aux charmes d'un calcul, toujours sûr, infaillible,
Ce jeune et fier chasseur à la gloire sensible,
Et qui souvent, hélas, trompé dans son espoir,
Ne peut, malgré l'ardeur de l'illustre Cyane (*),
Compter autant d'exploits que l'amant de Diane.
Peut-être aussi mon zèle, et j'ai dû le prévoir,

A-t-il tout bas lassé sa patience;

Un long discours expose à ce danger;
Mais l'orateur s'avise d'y songer

Un peu trop tard; et c'est une imprudence.
Fût-il d'un air de complaisance,
Ecouté jusqu'à la fin,

Moderne Cicéron, qu'il n'en soit pas trop vain,
L'air le plus attentif peut ne prouver enfin,

Que politesse et déférence :
Le plaisir n'est pas si certain,
Et je me hâte en conséquence,
De résumer cet entretien.
Comptons, mon Fils, et comptons bien.
N'oublions pas l'étourderie

Du jeune possesseur d'un riche capital,

Qui, pour avoir calculé mal,

Fut conduit en cérémonie
De son hôtel à Sainte-Pélagie,
Bientôt après à l'hôpital.
Et pour en venir au moral,

Heureux, en calculant les chances de la vie,
Celui qui sut toujours se préserver d'erreur.
Dignité, puissance, noblesse,
Plaisir, amour santé, richesse,

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Tout sembloit à Damon promettre le bonheur ;
Excès, satiété, dégoût, langueur, détresse,

(*) Chienne de chasse.

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La Corbeille de Fleurs et le Panier de Fruits, ou la Récolte de chaque mois offerte aux jeunes demoiselles; par JAUFFRET, auteur du Courrier des Enfans et des Adolescens, etc.

:

SUR un UR un joli papier rose on voit une corbeille de fleurs autour de laquelle voltigent des papillons, et que renferme un cadre tissu de feuillages. On ouvre le cahier, et les yeux se fixent sur une gravure agréablement coloriée, qui représente la Prime - vère des jardins en parcourant le recueil on trouve encore une autre fleur, c'est la Violette également bien représentée. Ces deux fleurs sont accompagnées de descriptions, où l'auteur n'a point ménagé le style poétique. Suivent deux petits contes, une romance notée, et pour couronner l'œuvre une énigme : voilà ce que M. Jauffret offre aux demoiselles dans cette première livraison d'un ouvrage qui leur est destiné, et qui paroîtra deux fois par mois, et alternativement sous les deux titres de la Corbeille de Fleurs et du Panier de Fruits. L'idée de cet ouvrage est d'une imagination douce; et c'est une de ces innocentes conceptions qui

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désarment le critique, parce que si elles ne sont pas d'une utilité évidente, elles ne peuvent pas du moins avoir de mauvais effets. Le luxe règne aujourd'hui dans l'éducation

comme

dans tout le reste : le goût des superfluités brillantes y domine ; il s'est introduit même dans les maisons les plus sévères. A forre de vouloir rendre l'éducation douce et facile, on s'est jeté dans beaucoup d'inutilités : le nécessaire offre moins d'attraits et plus de difficultés; on a cherché dans des illusions 'agréables le supplément des objets solides qu’on abandonnoit; on a cru que pour atteindre le but de l'éducation il suffisoit d'apprendre quelque chose, sans s'embarrasser de ce qu'il falloit apprendre: pourvu qu'on sache danser, il n'importe guère, en effet , de savoir l'orthographe; pourvu qu'on connoisse quelques notes de musique , il n'importe guère de savoir sa langue ; pourvu qu'on ait retenu quelques termes de grammaire générale, est - il nécessaire d'avoir étudié la grammaire particulière ? Parmi ces nombreuses inutilités, il y en a de dangereuses ; ce sont celles qui tendent à fausser les esprits, à leur donner une mauvaise direction, ou celles qui ne semblent avoir pour but que d'inspirer les goûts les plus frivoles ; il en est d'autres qu'on doit regarder

; comme indifférentes, et dont la jeunesse peut, sans péril, goûter les agrémens. Il y a sans doute quelque danger à ce qu'une demoiselle devienne une danseuse trop brillante ou une trop parfaite musicienne; mais

; il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'elle apprenne de M. Jauffret à connoître les fleurs des différentes saisons d'après des gravures élégantes et des descriptions bien faites : ces fruits ne sont pas empoisonnés, et le serpent

pas caché sous ces fleurs. M. Jauffret est un des auteurs qui ont le plus

n'est

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travaillé pour l'enfance; il s'est emparé de la succession de Berquin ; et soit qu'on approuve ce genre d'instruction consacré au premier âge, soit qu'on le rejette, on doit reconnoître que les ouvrages de M. Jauffret ne renferment que les meilleurs principes , et ne res. pirent que la morale la plus pure. Quelques-unes de ses entreprises ont pu n'être pas à l'abri de la critique sous d'autres rapports , mais on n'a jamais eu rien à lui reprocher à cet égard; et on lui rend cette justice d'autant plus volontiers, qu'il est un des écrivains qui , chacun selon la nature de son talent, ont le plus suivi l'impulsion de leur siècle. Ainsi lorsque la tendresse des mères pour leurs enfans fut poussée jusqu'à l'aveuglement , lorsqu'elle devint une espèce de folie, au moment où la mollesse de la maison paternelle sembloit préparer ou suivre la ruine de l'instruction publique, où les enfans traitoient leurs pères comme des camarades, et leurs mères comme des servantes, M. Jauffret publia les Charmes de l'Enfance et les Délices de l'Amour maternel, ouvrage dans lequel les mères sont représentées comme des espèces de folles toujours en admiration ou en adoration devant leurs enfans, et les enfans comme de petites divinités auxquelles on ne sauroit prodiguer trop d'encens et d'hommages. L'auteur n'écoutoit alors que son imagination, sans réfléchir que le sentiment même le plus louable devient vicieux lorsqu'il tombe dans l'excès ; mais du moins c'étoit un sentiment louable qu'il flattoit, et ses peintures comme ses principes n'étoient en eux-mêmes rien que d'innocent. Lorsqu'il établit par souscription des promenades autour de Paris; lorsqu'il conduisit dans un file de voitures et au bruit des fanfares, ses auditeurs à Saint-Cloud, à Meudon, etc. , pour leur faire, avant et après le dîner ,

des discours sur la nature, il mérita d'obtenir une place dans l'histoire parmi les hommes qui, par leur conduite, ont le mieux marqué l'esprit de leur siècle; mais, après tout, ces promenades se bornoient à un diner dans un lieu agréable, et à deux sermons dont les auditeurs profitoient plus ou moins : cela pouvoit paroître un peu ridicule; mais des promenades ne

sauroient, je crois, avoir un but plus moral.

La même pureté de-vues et de principes se retrouve dans le dessein de l'ouvrage qu'il publie aujourd'hui : en annonçant que les jeunes abonnées recevront fort souvent des romances ou des couplets sur les airs les plus connus et les plus récens, M. Jauffret ajoute qu'un père et une mère, que des ariettes souvent inconvenantes effarouchent avec raison, pourront par ce moyen adapter de nouvelles paroles à une musique harmonieuse, et les entendront avec plaisir, chanter à leur fille. C'est pousser la sévérité de la morale aussi loin qu'elle peut aller, et plus loin sans doute que beaucoup de parens ne semblent le désirer; car ils conduisent leurs filles aux spectacles où elles apprennent ces mêmes airs que M. Jauffret veut purifier par de nouvelles paroles; et en les apprenant, elles retiennent les paroles sur lesquelles ils ont été faits, et dont il est bien mal-aisé qu'elles les séparent dans la suite.

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Les deux contes dont l'auteur a enrichi ce premier cahier, intitulés : l'un, les Deux petits Miroirs, l'autre, le Bonheur de l'Innocence, sont du genre le plus enfantin; le dernier est imité de l'allemand: c'est une description détaillée avec toutes les minuties du pinceau germanique, des petits jeux et des petites actions d'un enfant du premier âge; cet enfant est le plus beau des enfans ; c'est une peinture idéale, telles

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