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Tonne, grand Dieu! punis ces époux inconstans,
Vivans pour nos laïs, et morts pour leurs enfans.

L'homme, dans son printemps, trahi par ce qu'il aime,
Rêve un autre bonheur et s'en fait un système.
Affranchi, malgré toi, des liens de l'amour,

C'est trop servir, dis-tu, commandons à mon tour;
Et de l'ambition tu poursuis la chimère.
Que d'obstacles, ami, borneront ta carrière !
Iras-tu, sans pudeur, flatter un ennemi,
Caresser un valet, immoler un ami,
Déprimer les vertus pour exhalter les vices,
Et te rendre important par de lâches services?
Sais-tu vendre ton ame à ces vils courtisans,
Esclaves orgueilleux et flatteurs malfaisans?
Non, ta noble franchise abhorre l'imposture;'
Le dégoût des faux biens te rend à la nature.
L'étude offre à tes vœux un plus noble avenir;
D'un succès sans remords tes jours vont s'embellir:
Ton âme s'aggrandit, un nouveau jour t'éclaire,
Et le dieu des beaux arts t'ouvrant son sanctuaire,
Pour payer tes travaux te promet ses bienfaits.

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Oui, sans doute, les arts sont enfans de la paix,
Mais l'envie et l'orgueil, d'une main criminelle,
Allument dans leur sein une guerre éternelle.

L'aigle, me diras-tu, regarde avec dédain
Des insectes jaloux le bourdonnant essaim,
Qu'ils rampent, l'aigle plane au-dessus des nuages;
Et sous un ciel d'azur voit lutter les orages.
Ainsi, malgré les cris des Zoïles du temps,
La gloire, d'un coup-d'œil, rassure ses enfans,
Et lorsqu'ils ont atteint les hauteurs du génie,
Les dérobe sans peine aux regards de l'envie ».
Jeune homme, tu me plais par ces nobles transports;
Je veux croire avec toi, qu'à tes savans efforts,
La palme des talens ne puisse être ravie ;
N'espère pas du moins cueillir durant ta vio

Ce laurier périlleux que déroba Pradon
Au peintre de Joad, de Phèdre et de Néron.
Sur sa tombe aujourd'hui, qu'importe qu'il fleurisse,
Qu'à Racine, en pleurant, l'univers applaudisse ?
Sa mort a commencé son immortalité;
Vivant, il la paya de sa félicité.
Ah! c'est trop acheter une vaine fumée!
Va, cesse d'encenser l'ingrate Renommée,
Qui dispense au hasard des honneurs dangereux,
Qui te rendra plus grand, mais sans te rendre heureux,

« Eh bien! à vos leçons, désormais plus docile,
Je n'ai d'ambition que celle d'être utile;
Sans peine je renonce à la célébrité,
Trop heureux si je puis trouver la vérité... a.
La vérité ! Grand Dieu .... garde-toi de la dire,
Elle est du genre humain l'éternelle satire;
Si ton bonheur t'est cher, cache-là dans ton cour :
Oui, tout homme la fuit et se voue à l'erreur;
Hélas ! il ne pardonne à celui qui l'éclaire,
Ni le bien qu'il a fait, ni le bien qu'il veut faire.

Jeune homme, entends ma voix, fuis loin de tous les yeux;
Il en est temps encore; fuis l'air contagieux
De ce mouvant théâtre , pù la foule importune.
Rampe, et se prostitue aux pieds de la fortune
Viens jouir de toi-même au fonds de mes déserts,
Puissé-je l'épargner les maux que j'ai soufferts !
Mais un monde trompeur, caressant ta foiblesse ,
T'entraîne loin de moi, t'arrache à la sagesse,
Et brise le miroir que je t'ai présenté.
Tel est notre destin; vers le mal emporté,
On voit l'abîme ouvert, et pourtant on y tombe.
Ami, s'il faut enfin que ta vertu succombe,
Et si l'âge passé ne peut, en l'instruisant
Des torts de l'avenir, sauver l'âge présent,
Ah! du moins souviens-toi que ma main secourable |
A voulu t'arracher au gouffre inévitable.
Tu pourras l'oublier..... je ne m'en plaindrai pas,
Les hommes que j'aimai furent tous des ingrats. H. G.

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XVII.

,

Discours d'une Mère à son Fils sur les avantages du Calcul.

CROIRE en secret qu'un éloge flatteur,

Sera le prix d'une noble entreprise,
C'est un penchant qu'en vain l'on se deguise;
Mais trop compter sur ce frivole honneur,
Ne fut jamais (je le dis sans humeur)
Le vrai moyen de compter sans méprise;
Il n'en est qu'un qui soit exempt d'erreur,
Je le saisis, et l'on s'en formalise!
écoutez-moi,

Jeune Villiam, venez,

Car c'est à vous que ce discours s'adresse:
De l'abréger, je vous fais la promesse,
D'en profiter, faites-vous une loi.

Tandis que satisfaite, et peut-être un peu fière,
Je veux, de mes progrès, dans une étude austère,
Vous prouver la rapidité,

Pourquoi ne jetez-vous qu'un regard irrité

Sur les sages mortels qui, dans cette carrière,
Me conduisent en sûreté :

Etrangère long-temps à leur société,

Je l'avouerai, de leur abord sévère,
Pour mon Villiam je m'alarmai;
Mais un moment, ils parurent lui plaire,
Dès ce moment je les aimai,

Et l'inconstant bientôt leur fit un crime,
(Le croiroit-on ?) de ma fidelité.

Hélas! depuis vingt ans, je sais qu'enfant gâté,
D'enfant unique est parfait synonime;
Mais j'ignorois, (et j'en aurois frémi),
Qu'un fils osoit, n'eût-il ni sœur ni frère,
Se déclarer, des amis de sa mère,
Le plus implacable ennemi.

O Villiam! souviens-toi, dans ton humeur altière,
D'un romain que jadis la vengeance égara;
Rien n'avoit pu fléchir sa superbe colère ;
Il entendit sa mère, et sa haine expira;
Je connois dès long-temps tes plaintes insensées,
L'ennuyeux Ozanam, et le triste Besout
Absorbent, dis-tu, mes pensées,
Les muses que j'ai délaissées,

Me rappellent en vain dans le temple du goût,
Y songe-tu, mon fils? Il est un temps pour tout.
Jadis la rose enchanteresse,

Captivoit mon hommage au jour de mon printems,
Et dans l'automne de mes ans,
Un arbre utile m'intéresse.

Hélas! si je les fuis, ces rives du Permesse,
Où j'aperçois des fleurs que je n'ose cueillir
Tu dois, en me louant de ce trait de sagesse,
Me permettre enfin d'accueillir

Les vrais consolateurs de ma triste vieillesse.
Ah! ce mot est affreux, il t'afflige, mon fils;
Mais, ingrat, tu m'osois accuser d'inconstance!
Et j'ai dû me venger, il n'importe à quel prix.
Oui, j'aimois à rimer, et j'ai bien souvenance
Qu'au temps de ma première enfance,

Dans ma tête, un beau jour, ce talent se trouva,
A cinquante ans il s'en alla:

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Entre un poète et moi, telle est la différence;
Soumise à mon destin que je n'ai pu fléchir,
J'ai brisé sans effort un luth foible et timide:
Que n'ai-je, en le perdant, l'espoir de me saisir
Du compas ferme et sûr de l'immortel Euclide;
Mais un travail plus simple occupe mon loisir ;
Je veux compter: si ce plaisir
N'est pas brillant, il est solide;
Cher Villiam, j'ai dû le choisir,
Et voudrois le donner pour guide
A l'homme né pour réfléchir.

Le temps que je consacre à méditer les nombres, XIe. année.

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Souvent à mes pensées lui-même vient offrir
De sa rapidité l'utile souvenir :

Hélas! c'est un éclair qui se perd dans les ombres.
Vois-tú ces jeunes voyageurs,

Foibles et chancelans sous des yeux protecteurs,
Former les premiers pas de leur pélerinage?
Ils commencent ensemblé un pénible voyage,
Ensemble au but fatal ils n'arriveront point,
Et chacun à son tour va s'arrêter au point
Où le glaive inhumain l'attend à son passage:
Tous en seront frappés; vieillard, jeune homme, enfant.
Eh bien! celui d'entr'eux qui doit en expirant
Compter des jours mortels le plus long assemblage,
De dix printemps à peine aura vu le feuillage,
Qu'il pourra dire en soupirant:

to

On ne voit pas dix fois le quarré de son âge.
Heureux, encore heureux, en quittant ce rivage,
Si la vertu sévère a veillé sur ses pas;

Mais l'homme parfait, le vrai sage,
Parut-il jamais ici-bas?

Je ne sais, mais le ciel qui pour nous fut avare
D'un mortel trop semblable aux dieux,
Ne le réserve pas sans doute à nos neveux :
Ce qu'on nomme parfait en tout point est si rare,
Que le monde, tout vieux qu'il est,
N'a
pu voir depuis sa naissance,
Que trois fois un nombre parfait (*);
Et tu sais qu'alors il était

Dans les beaux jours de son enfance;

C

Le quatrième nombre est loin d'avoir paru
Dans les annales de la terre;

Et si jamais il vient se placer dans son ère,

(*) 6, 28, 496 sont les trois premiers nombres parfaits;

1

le quatrième est 8128. Ils sont si rares que l'on n'en trouve qu'un seul, de un à dix, de dix à cent, de cent à mille, de mille à dix mille, de dix mille à cent mille.

Voyez Ozanam, tome Ier, des Récréations mathématiques.

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