Billeder på siden
PDF
ePub

comme des ouvrages destinés à l'instruction de la jeunesse ; mais les maîtres ne sauroient se dispenser de les avoir dans leur bibliothèque, et les maîtres de toutes les classes, aussi bien que les professeurs de rhétorique ; car la rhétorique n'est pas la seule partie des belles-lettres dont il y soit question; l'institution de l'Orateur renferme une infinité de notions trèsutiles sur la grammaire latine, et sur le fond de la langue qu'ont parlée les anciens Romains.

L'abrégé de M. Rollin, dont un libraire, homme de lettres, nous a donné une nouvelle édition il y a deux ans, est tout ce qu'il faut, peut-être même plus qu'il ne faut pour les élèves. Je crois, en effet, qu'il seroit possible de le réduire encore à un moindre volume, en y faisant un certain nombre de suppressions qui ne porteroient que sur des endroits absolument superflus, et même sur des chapitres où l'abréviateur a conservé quelques-unes de ses aspérités dont il se plaint si éloquemment dans sa préface. On pourroit joindre à cet abrégé, ainsi réformé, une traduction qui ne seroit autre que celle de l'abbé Gédoyn, abrégée elle-même, et, si l'on vouloit, retouchée dans quelques points. Le goût particulier que je me suis toujours senti pour Quintilien, la connoissance assez approfondie que j'ai de cet auteur, et l'intérêt très-vif que l'instruction de la jeunesse n'a jamais cessé de m'inspirer, m'avoient engagé, il y a quelques années, à penser à ce travail, pour lequel j'avois déjà fait quelques notes, lorsque certaines circonstances m'en détournèrent. La traduction de l'abbé Gédoyn demanderoit, je crois, peu de corrections: malgré les reproches d'inexactitude qu'on a faits à cette version, et qu'on répète encore tous les jours sur la foi de je ne sais quelle tradition, elle me paroît généra

[ocr errors]

lement exacte et fidèle ; elle joint de plus à ce mérite
celui de la pureté et de l'élégance : je suis peut-être
plus qu'un autre à portée de parler pertinemment de
ce que vaut cette traduction ; car, lorsque je m'oc-
cupai du travail dont je viens de dire un mot, je
formai d'abord le projet de traduire moi-même les
morceaux de Quintilien, dont je voulois composer
l'abrégé tel que je le concevois ; mais je ne tardai pas
à m'apercevoir que l'amour-propre plutôt qu'un exa-
.
men réfléchi de la traduction de l'abbé Gédoyn,
m'avoit inspiré ce dessein : en comparant soigneuse-
ment mes essais les mieux travaillés avec cette tra-
duction, je les trouvois presque toujours au-dessous.
En effet, je crois qu'il seroit difficile, même à une
plume moins foible que la mienne, non-seulement
de la surpasser, mais de l'égaler : cet abbé Gédoyn
étoit un homme de beaucoup de goût et un très-bon
écrivain ; on n'est point surpris d'apprendre qu'il sor-
toit de l'excellente école des jésuites.

Ses opinions en littérature étoient justes et sévères : on vante avec raison la préface qu'il a mise en tête de sa traduction de Quintilien ; c'est un chef-d'oeuvre de clarté et d'analyse : on n'a jamais mieux expliqué les causes de la décadence du goût chez les Romains. Cette préface renferme quelques pages qui sont d'un littérateur du premier ordre. Ceux qui ont parlé de la corruption des lettres latines n'ont fait que répéter ce qu'en avoit dit l'abbé Gédoyn, et quelques-unes de ses pensées ont servi de texte à plusieurs discours d'apparat qui n'en étoient que des gloses diffuses et brillantes. Quelques littérateurs, en recherchant les causes de la dégénération de l'art d'écrire chez les Romains, ne sont point remontés plus haut que

Sém nèque ; il remonte avec raison, je crois, jusqu'à

[ocr errors]

Ovide, et même plus haut èncore; car il comple Mécènes lui-même parmi les corrupteurs du goût Mécènes, cet heureux favori d'Auguste, ce protecteur des lettres qu'il fit fleurir à l'ombre du trône, ce patron de Virgile et d'Horace, qui a transmis son nom à tous ceux qui s'honorent eux-mêmes en honorant la littérature d'une manière éclatante. En effet, celui qui protégea les muses de l'Homère et du Pindare latins, avoit pourtant un très-mauvais goût : l'enthousiasme pour les arts n'en suppose pas toujours le talent et le sentiment; le ministre qui fit goûter à son prince le style si naturel et si vrai de Virgile et d'Horace, n'avoit lui-même qu'un style précieux, maniéré, faux, alambiqué, affecté jusqu'à l'excès. Il nous est resté quelque monumens de ce goût, qui étoit si peu d'accord avec sa conduite. Il étoit impossible qu'à la longue la tournure de son esprit n'influât point sur celle des écrivains qui ambitionnoient son suffrage. Vint ensuite le règne de Tibère, où toutes les pensées furent voilées : l'ambiguité, le tour énigmatique, l'obscurité passèrent de la conversation dans les écrits; et cette finesse d'expression qui dit, et qui ne dit point, si contraire au vrai goût de l'éloquence, et si chère aux esprits gâtés par une vaine subtilité, fut regardée comme le premier de tous les mérites. Les professeurs de rhétorique, appelés déclamateurs achevèrent de tout perdre: Lucain, Martial et Sénèque, formés par le mauvais esprit de leur siècle, contribuèrent encore à l'augmenter. On peut s'étonner de voir Martial dans cette catégorie; mais voici ce qu'en dit l'abbé Gédoyn : « Tout faiseur d'épigrammes, je dis faiseur de profession, lors même qu'il plaît, ne sauroit manquer de déplaire, en même temps, par l'affectation, qui est inséparablement attachée à cette

>

sorte d'ouvrage ». Ce genre d'affectation et l'enflure du style sont les deux principaux symptômes de cette maladie épidémique des esprits que l'on appelle le mauvais goût. Il faut encore entendre ici l'abbé Gédoyn : « Un discours naturel et judicieux trouvoit peu d'approbateurs , dit-il ; on vouloit des jeux de mots, des pointes d'esprit, de ces obscurités mystérieuses qui laissent à l'auditeur tout le plaisir de la pénétration ; ou bien, on vouloit un discours qui fût brillant d'un bout à l'autre; on croyoit chercher le grand et le merveilleux, mais on ne songeoit pas que cette grandeur étoit plutôt bouffissure que santé, plutôt enflure qu'embonpoint ». Est-ce l'histoire des Romains, est-ce la nôtre qu'il fait ? Y.

X V.

Préceptes de Rhétorique, tirés des meilleurs auteurs

anciens et madernes; par M. l'abbé GIRARD, ancien professeur d'éloquence.

Si le premier de tous les talens est sans contredit

I celui de gouverner les hommes par les règles d'une ferme et sage politique, il semble néanmoins qu'il n'en est pas de plus généralement envié que celui de régner sur les esprits par la parole. Voyez ceux qui, doués des qualités les plus éminentes, brillent avec éclat

par

d'autres endroits aux yeux de leurs semblables, ils se montrent encore très- jaloux de posséder l'art de bien parler et de bien écrire. Le savant aime à revêtir ses systèmes de toutes les beautés du langage ; le grand capitaine veut être

pas

éloquent dans ses harangues et le récit d'une bataille, comme l'avocat dans ses plaidoyers. Je ne sache que Corneille ait ambitionné la gloire qui revenoit à Richelieu de son génie politique, et l'on accuse Richelieu d'avoir jeté un oeil d'envie sur le génie poétique de Corneille. Villars aimoit à rapprocher la première couronne littéraire qu'il avoit méritée au collége, de la première victoire qu'il avoit remportée sur les ennemis de sa patrie. Sans doute Buffon n'étoit pas moins occupé d'écrire des pages éloquentes sur la nature que d'en exposer les lois et les phénomènes avec toute l'exactitude d'un physicien. Telle est la haute idée que tous les âges ont conçue du talent de la parole, qu'on a vu les plus beaux génies des temps anciens et modernes donner des préceptes sur les diverses parties de l'art oratoire; il faut nommer ici Aristote, Cicéron, Saint-Augustin, Fénélon; n'oublions pas César qui avoit adressé à l'orateur romain un ouvrage sur la manière de bien écrire en latin.

D'où vient donc que la rhétorique n'occupe pas dans l'opinion le rang qui lui est dû, et que son nom semble rappeler l'emphase et le ridicule. C'est qu'on a été induit à s'en former des idées défavo-. rables; les déclamateurs et quelquefois aussi les rhéteurs l'ont décriée; ceux-ci en attachant une excessive importance à des puérilités, et ceux-là en abusant des ressources dont elle apprend à faire usage.

Je n'entends pas par éloquence ou rhétorique ce qu'on entend d'ordinaire, abusant d'un nom que les pédans et les déclamateurs ont décrié ; je n'entends pas ce qui fait faire ces harangues de cérémonie, et ces autres discours étudiés qui chatouillent l'oreille en passant, et ne font le plus souvent qu'ennuyer;

« ForrigeFortsæt »