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cette différence de sentimens sur un petit nombre de passages, plutôt l'obscurité de Tacite que l'infidélité de son interprète.

L'historien passe assez rapidement sur les premières années de la vie d’Agricola : chaque circonstance n'est point pour lui le texte d'une dissertation ; mais il relève des détails qui en eux-mêmes n'ont rien de fort intéressant, par des pensées jetées dans le récit avec une discrétion et une mesure qu'il n'a pas

toujours eues dans ses autrès ouvrages :

« Il avoit cou» tume de raconter ( Agricola) que, dans sa première

) » jeunesse, il auroit embrassé l'étude de la philosophie avec plus d'ardeur qu'il ne convenoit à un » Romain et à un sénateur, si la prudence de sa » mère n'avoit modéré cet excès de zèle.... En effet, » ce noble caractère se portoit, avec plus d'impétuo» sité que de réflexion, vers tout ce qui présentoit

l'image d'une gloire éclatante et digne de lui. La ; » raison et l'âge calmèrent cet enthousiasme ; et » par le plus difficile de tous les efforts , il sut éviter » l'excès dans le bien ». Quel éclat cette dernière pensée ne répand-elle pas sur tout ce morceau ? Le traducteur est ici au niveau de l'original : c'est la même douceur dans le style, la même harmonie dans la phrase; je regrette pourtant qu'il ait mis tout simplement, il avoit coutume de raconter, etc. Tacite dit : memoria teneo solitum ipsum narrare, « je me souviens lui avoir souvent entendu dire ». Il me semble que ce tour a quelque chose de plus doux et de plus intéressant.

La partie la plus considérable de ce petit ouvrage, la plus étendue, la plus développée, c'est celle où Tacite expose les faits d'armes et les exploits d'Agriepla dans la Bretagne (l'Angleterre ). L'auteur entre

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dans les plus grands détails : il fait une description de cette ile; remonte à l'origine de ses plus anciens habitans; parle des coutumes, des usages, des forces et des ressources des différens peuples qu'elle renferme ; peint le climat obscurci alors comme aujourd'hui par des pluies et des brouillards , cælum crebris imbribus ac nebulis fædum; suit les différens progrès des Romains , qui soumirent par degrés cette contrée dont Agricola consomma la conquête. Tous ces détails sont parfaitement à leur place, puisqu'il s'agit du trait le plus important de la vie d’Agricola ; mais rien n'est plus vif, plus animé, plus rapide que la description des mouvemen's des différentes peuplades qui se révoltent contre les Romains, et des combats livrés par Agricola pour les remettre sous le joug. Enfin, l'historien s'élève en quelque sorte audessus de lui-même, lorsqu'il nous peint la dernière bataille qui décide de la conquête de la Bretagne : il va toujours en croissant, et l'intérêt de son style est gradué comme celui de son sujet. Il est bien difficile de lutter contre un tel écrivain ; j'ose même dire qu'il est impossible qu'une traduction de ce mor-. ceau ne soit pas très-inférieure à l'original. Le nouveau traducteur, qui se soutient parfaitement dans tous les endroits de cet ouvrage où il ne faut que de l'élégance, de l'harmonie, des teintes faciles et douces, succombe ici sous le poids de son auteur; mais il peut se consoler en songeant qu'aucun écrivain, jusqu'à présent, n'a mieux réussi que lui à copier ce grand et énergique tableau.

A cette peinture si pleine d'intérêt et qu'on croiroit avoir épuisé le pinceau de l'historien, en succède una autre d'un genre très-différent, mais qui n'est pas moins vive, et qui est encore plus attachante; c'est

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l'éclat que

celle de la cour de Domitien, où Tacite ramène Agricola , après une conquête qui le couvre de gloire, et qui enflamme la jalousie d'un prince envieux de tout mérite : « Jamais Agricola , dans ses lettres, » n'avoit exalté par des mots pompeux, la gloire » de ces événemens ; cependant Domitien les apprit, » selon sa coutume, la joie sur le front, l'inquiétude » dans le coeur.... Ce qu'il craignoit surtout , étoit » de voir le nom d'un citoyen éclipser le nom du

prince.... Agricola, cependant, avoit remis à son

successeur la province tranquille et soumise. Crai» gnant

donneroit à son arrivée l'affluence » et le rang de ceux qui viendroient à sa rencontre , » il évita même les témoignages de l'amitié, entra » la nuit dans Rome, vint la nuit au palais, selon » l'ordre qu'il avoit reçu ; puis accueilli par un » morne silence , après un froid embrassement , » il se confondit dans la foule des esclaves ». Exceptusque brevi osculo et nullo sermone turbce servientium immia:tus est.

Enfin, Tacite termine son ouvrage par une péroraison qui doit donner la plus haute idée de lui, comme orateur : Cicéron , dans ses morceaux les plus pathétiques, n'a pas poussé plus loin l'expression de la sensibilité; Tacite étoit gendre d'Agricola , et cet épanchement est aussi convenable qu'il est éloquent. Le nouveau traducteur me paroît avoir trèsbien rendu cette péroraison. Voilà comment les grands écrivains de l'antiquité composoient un ouvrage, et c'est à ce genre de mérite, qui consiste dans l'ordonnance et la marche de la composition, que Boileau me paroît avoir fait allusion , lorsqu'il a dit :

Français manquent de goût ; il n'y a que le goût » ancien qui puisse former parmi nous des auteurs XI. année.

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» et des connoisseurs, et de bonnes traductions don» neroient ce goût précieux à ceux qui ne seroient » pas en état de lire les originaux ». Celle dont je viens de rendre compte a tout ce qu'il faut pour remplir avantageusement les vues du législateur de notre parnasse.

Y.

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XIV.

Quintilien, de l'Institution de l'Orateur, traduit par

M. l'abbé GÉDOYN.

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Dans la belle préface latine dont il a orné son
abrégé de l'Institution de l'Orateur, M. Rollin consi-
dère Quintilien comme celui de tous les rhéteurs de
l'antiquité dont les écrits peuvent être le plus utiles
à la jeunesse : il avoue qu'aucune rhétorique n'est
plus parfaite que celle d'Aristote; mais il pense que
la manière abstraite et tout-à-fait philosophique dont
cet auteur a traité son sujet, met son livre au-dessus
de la portée des jeunes gens, et demande des lecteurs
d'un esprit mûr et d'un jugement consommé. Les
dialogues de Cicéron sur l'art oratoire lui paroissent
plus appropriés à la foiblesse du premier âge; mais
il lui semble que la forme même de ces dialogues
répand quelque obscurité sur le fond, et qu'au milieu
des opinions différentes des différens interlocuteurs,
il est difficile de distinguer quel est l'avis de l'auteur;
il observe d'ailleurs que les préceptes de l'art, ré-
pandus çà et là dans ces charmans dialogues , ne for-
ment point un corps de doctrine, et manquent de cet
ensemble particulièrement nécessaire dans les traités

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destinés à l'instruction de la jeunesse; il trouve que

; l'ouvrage de Quintilien, sans avoir les inconvéniens qu'il reproche à ceux d'Aristote et de Cicéron, réunit les avantages qui recommandent les écrits de ces deux illustres rhéteurs : Aristotelicam subtilitatem ( dit-il) sic Tulliance elegantiæ flosculis distinguit Fabius , ut et juventutem detinere suaviter, et exercere altissimam quoque eruditionem ac scientiam possit. « Quin

. tilien mêle avec tant d'art les grâces et les fleurs de Cicéron à la profondeur d'Aristote, que ses écrits ont à-la-fois de quoi captiver agréablement la jeunesse , et de quoi contenter le savoir le plus consommé ».

Cependant, M. Rollin crut devoir dépouiller de beaucoup d'épines ces mêmes fleurs qu'il admire dans Quintilien ; car les anciens qui, pour une foule de raisons, attachoient infiniment plus d'importance que nous à la rhétorique, l'embarrassoient d'une multitude de questions plus subtiles et plus abstraites les unes que les autres; et d'ailleurs, leurs traités renferment nécessairement un grand nombre de choses relatives au temps où ils vivoient, à la langue qu'ils parloient, et qui sont absolument étrangères à notre temps et à notre langue : Occurrunt in ejus scriptis (dit M. Rollin, en parlant de Quintilien), vel ab initio tot salebrce et asperitates , ad quas statim , velut ad scopulum, lectoris animus offendit, ut mirum non sit plerosque ab illorum lectione deterreri. «Son ouvrage offre, dès l'entrée, tant de difficultés, tant d'aspérités, qui sont comme autant d'écueils contre lesquels vient heurter, d'abord , l'esprit des lecteurs, qu'il ne faut point s'étonner si la plupart n'ont pas la force de poursuivre ». La rhétorique de Quintilien dans sa totalité, une traduction complète de cette rhétorique, ne peuvent donc pas être considérées

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