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dans une boîte ouverte, chez le marchand qui débite le poivre, l'encens, les parfums et tout ce qu'on enveloppe avec de mauvais papiers

».

Horace est le seul qui nous ait révélé que ce grand Alexandre, ce fameux disciple du philosophe Aristote, n'avoit point de goût pour la poésie et les lettres, malgré son enthousiasme pour Homère; et cependant le plus beau siècle de la Grèce est appelé, de son nom, le siècle d'Alexandre.

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Quelques taches légères, répandues dans cette traduction, n'empêchent point qu'elle ne soit nonseulement la meilleure qui existe, mais même exacte et bien écrite mais il ne faut pas y chercher l'agrément de l'original : égaler Horace en français, c'est la chose impossible: en approcher plus ou moins voilà l'unique espoir des traducteurs ; la carrière est toujours ouverte.

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M. Binet, dans cette seconde édition, a profité des critiques que la première avoit essuyées : il y a cependant quelques erreurs où il est resté endurci, par exemple, il persiste à croire que incolumi Jove signifie pendant que Jupiter existoit encore, comme s'il étoit possible que Jupiter n'existât plus : M. Binet connoît trop bien la force des expressions latines, pour ignorer qu'incolumis ne s'applique qu'aux objets susceptibles d'être détruits.

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» Ce discernement, si délicat lorsqu'il s'agissoit des arts faits pour les yeux, le mettiez-vous à l'épreuve sur des ouvrages d'esprit,vous eussiez juré qu'Alexandre étoit né dans l'air épais de Béotie.

» Pous vous, César, Virgile et Varius dont vous aimez les vers, ne déshonorent point votre estime; et les bienfaits dont vous les avez comblés, tournent à la gloire du bienfaiteur. Non, les traits du visage ne sont pas mieux représentés par les chefs-d'œuvre de métal, que l'ame et les vertus des grands hommes par les ouvrages des poètes. Moi-même, au lieu ¡de ramper terre à terre dans ces discours sans prétention, j'aimerois mieux chanter des exploits héroïques; peindre les lieux et les fleuves témoins des combats célèbres; les forteresses élevées sur des rochers, les rois barbares domptés, les guerres étouffées, la paix donnée par vous à l'univers, le temple de Janus fermé, et Rome devenue, sous votre empire, la terreur des Parthes sans doute, je l'aimerois bien mieux, si je pouvois tout ce que je désire. Mais la grandeur de votre nom ne souffre pas de médiocres chants ; ma Muse timide n'oseroit tenter une entreprise au-dessus de ses forces.

» Le zèle indiscret devient fortement importun par trop d'amour, surtout quand il cherche à se faire valoir par les vers et les talens. On apprend plus vite, et l'on se rappelle plus volontiers ce qu'on trouve ridicule que ce qu'on admire. Je ne suis point flatté d'une amitié qui m'assomme; et, comme je serois humilié de me voir en cire sur une boutique ridiculement figuré, je n'ambitionne pas non plus l'honneur d'être célébré dans de mauvais vers, de peur d'avoir à rougir du monument de ma gloire, et d'aller avec mon panégyriste, étendu de mon long›

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dans une boîte ouverte, chez le marchand qui débite le poivre, l'encens, les parfums et tout ce qu'on enveloppe avec de mauvais papiers ».

Horace est le seul qui nous ait révélé que ce grand Alexandre, ce fameux disciple du philosophe Aristote, n'avoit point de goût pour la poésie et les lettres, malgré son enthousiasme pour Homère ; et cependant le plus beau siècle de la Grèce est appelé, de son nom, le siècle d'Alexandre.

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Quelques taches légères, répandues dans cette traduction, n'empêchent point qu'elle ne soit nonseulement la meilleure qui existe, mais même exacte et bien écrite mais il ne faut pas y chercher l'agrément de l'original: égaler Horace en français, c'est la chose impossible: en approcher plus ou moins, voilà l'unique espoir des traducteurs ; la carrière est toujours ouverte.

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M. Binet, dans cette seconde édition, a profité des critiques que la première avoit essuyées : il y a cependant quelques erreurs où il est resté endurci, par exemple, il persiste à croire que incolumi Jove signifie pendant que Jupiter existoit encore, comme s'il étoit possible que Jupiter n'existât plus : M. Binet connoît trop bien la force des expressions latines, pour ignorer qu'incolumis ne s'applique qu'aux objets susceptibles d'être détruits.

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XIII.

Vie de Julius Agricola , traduction nouvelle.

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UELQUES-UNS des plus grands admirateurs de Tacite n'ont pu dissimuler les défauts de cet écrivain : J.J. Rousseau, dans sa lettre sur les spectacles, lui reproche de l'obscurité; M. d'Alembert, dans la préface qui est en tête des morceaux qu'il a traduits de Tacite, s'exprime ainsi : « Quelquefois j'ai pris la » liberté d'altérer un peu le sens , quand il m'a paru

présenter une image ou une idée puérile; car ma

juste admiration pour. Tacite ne m'aveugle pas » jusqu'au point de fermer les yeux sur les endroits » où il me paroît au-dessous de lui-même. Tel est > par exemple, à mon avis, ce passage de la vie

d'Agricola, ou Tacite oppose la rougeur du visage » de Domitien à la pâleur des malheureux qu'il fai» soit exécuter en sa présence, et où il remarque » que cette rougeur étant naturelle, préservoit le » visage du tyran de l'impression de la honte , cir w couştance petite et frivole etc. ». On peut

» joindre à ces jugemens , qui ne sont pas suspects, celui de M. Rollin, qui, en admirant le style de Tacite, ne cache point qu'il le trouve dur et obscur. Mais Tacite ne pèche point seulement par le style : à force de vouloir expliquer le coeur humain , il consulte plus souvent son imagination que la réalité ; il écrivoit à une époque qui fut chez les Romains assez semblable au dix-huitième siècle parmi nous : les auteurs étoient alors beaucoup moins attachés aux

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intérêts du bon sens et de la vérité, qu'à ceux de leur amour-propre et de leur réputation: avant tout, ils cherchoient à briller; ils s'appliquoient d'abord à montrer de l'esprit, de l'éloquence, de la sensibilité, de la profondeur; la solidité, la justesse des pensées, le fonds des choses n'étoient pour eux qu'un accessoire dont ils s'occupoient médiocrement; peu leur importoit d'instruire et d'éclairer le lecteur; ils vouloient seulement qu'il eût à se récrier sur leurs vastes connoissances et sur leur étonnante sagacité; ils ne songeoient pas à bien faire, mais à produire de l'effet. Les auteurs des âges précédens mettoient leur premier soin à penser avec exactitude et justesse, à présenter leurs idées dans un ordre naturel et lumineux, à leur donner, en les exprimant, ce degré de couleur et de relief qui fait le mérite du style, sans montrer les prétentions de l'écrivain; car ils s'étudioient surtout à cacher l'art, qui n'est jamais plus parfait que lorsqu'il est insensible: leur premier, leur principal but étoit de composer de bons ouvrages; et, comme le dit Bossuet, pour une autre occasion, ils laissoient venir la gloire après le mérite; c'est, ajoute l'orateur, la maxime qui fait les grands hommes, et l'on peut dire aussi que c'est elle qui fait les grands écrivains. Leurs successeurs, au contraire, ne considéroient que leur amour-propre; et c'est là, dans tous les temps, une des sources du mauvais goût. La bizarrerie l'affectation dans les pensées et dans le style, sont une des suites naturelles de cette disposition: on ne veut plus alors penser et s'exprimer avec simplicité; on dédaigne la nature, on méprise les règles; le style manque de vérité, parce que la bonne foi est bannie du cœur de l'écrivain; un enthousiasme faux prend La place de cette chaleur véritable qui anime et

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