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Veluti succinctus cursitat hospes, est dans le latin un trait admirable par la grâce et la précision; on croit voir trotter le rat de ville d'un air empressé, et faire les honneurs avec uue grande affectation de cérémonie; le français n'a ni la même brièveté, ni la même élégance.

<< Comme un maître d'hôtel, va, vient, sert, se tourmente, »

N'est pas un coup de pinceau si agréable et si léger et poliment empressé, est d'un style peu naturel.

<< Bénit à tout moment son sort et son ami,».

Est trop fort d'expression, et ne peint pas la naïve gaîté du campagnard qui profite d'une si bonne

aubaine.

Bonisque

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Rebus agit lætum convivam ».

Encor, est une cheville et même un pléonasme à côté de nouveau; on pourroit trouver quelqu'incorrection grammaticale dans cet hémistiche, sans avoir nul regret nul, demande une autre négation qui précède, je n'ai nul regret, vous n'avez nul soin; à moins qu'on ne dise que la préposition sans, ne tienne lieu de négation.

1;

On ne pouvoit raisonnablement exiger que M. Daru égalât Horace : il a fait preuve d'un talent distingué ; il a satisfait au devoir d'un traducteur, si, lorsqu'il ⚫ fait passer dans notre langue les pensées du philosophe latin, il a pu s'approprier quelques-unes de ses beautés : sa traduction a souvent de la précision et de l'élégance, quelquefois de la simplicité et du naturel; ce qui lui manque, c'est l'urbanité, la grâce, cette familiarité piquante, cette fleur de plaisanterie

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légère, ce bon ton qui caractérise l'ami de Mécène, et qu'on ne peut imiter sans avoir le même talent G. que lui.

XII.

Les Euvres d'Horace, traduites en français; par RENÉ BINET.

HORACE

ORACE est le poète de la bonne compagnie : c'est le seul, parmi les auteurs latins, que les gens du monde se piquent d'entendre; c'est le seul qu'il soit du bon ton de connoître et de citer: Horace est, en un mot, le poète philosophe par excellence : il a mieux réuni qu'aucun autre les élans d'une imagination hardie aux réflexions d'un esprit juste et délicat : il a su réconcilier l'enthousiasme avec la raison, et les ornemens poétiques ne sont employés dans ses vers, que pour embellir le bon sens. Aussi tous les gens de lettres s'efforcent-ils à l'envi de le traduire, soit en prose, soit en vers: il n'est pas de jeune rimeur qui ne veuille essayer sur Horace sa Muse novice. Parmi les traducteurs en prose, les plus distingués et les plus connus sont, Dacier, Sanadon, le Bateux : B Dacier, excellent commentateur, est un écrivain froid et plat. Voltaire, lorsqu'il vouloit jeter du ridicule sur les anciens, ne connoissoit pas de moyen plus sûr que de citer quelques phrases des traductions de Dacier cet érudit a singulièrement éclairci le texte d'Horace par des recherches savantes et des notes très-instructives; mais on pourroit intituler sa version française: Horace travesti. Sanador

ne manque point de chaleur, d'élégance et d'har¬ monie; mais il est diffus, il donne dans le phébus et le galimathias, et paraphrase plutôt qu'il ne traduit. Le Bateux est l'Antipode de Sanadon : le Jésuite étouffe Horace sous ses longues phrases poétiques; l'académicien l'étrangle par une précision sèche et dure; son style est aride et décharné; son exactitude est servile; il glace tout ce qu'il touche, et semble n'avoir pas de sang dans les veines. M. Binet a pris un juste milieu, entre Sanadon et le Bateux; en évitant l'enflure et la prolixité du premier, il a su se tenir en garde contre la sécheresse et la maigreur du second.

C'est un usage solennel chez tous les traducteurs, de placer à la tête de leurs traductions un grand discours préliminaire, où ils ont soin de vanter l'utilité et même la nécessité de leur travail, et surtout où ils exposent leurs principes et leurs systèmes sur l'art de traduire. Presque tous se flattent d'avoir réuni la fidélité à l'élégance, et tracé un portrait vivant et animé de leurs modèles; ce qui est la pierre philoso phale des traducteurs :

Mais cet heureux phoenix est encore à trouver.

La plupart de ces préfaces, où les traducteurs ne s'épargnent pas les éloges, sont cependant les satires les plus amères de leurs traductions; car on remarque toujours, en les lisant, que le traducteur n'a pu mettre en pratique aucun de ses préceptes, que son style est dans une contradiction perpétuelle avec sa doctrine, et qu'il fait tout le contraire de ce qu'il dit.

M. Binet ne s'est pas dissimulé la nécessité qu'il s'est imposée à lui-même, de surpasser ses devanciers ; et il convient ingénument que c'est un foible mérite

pour

le nouveau traducteur, de faire mieux que ceux qui n'ont pas bien fait. Il relève avec raison la difficulté qu'il y a de faire passer les beautés d'un poète dans un idiome étranger, surtout lorsque cet idiome est inférieur en tout à celui du poète que l'on traduit. Mais il ne sauroit croire que ce qui est beau dans une langue, ne puisse l'être également dans une autre, s'il est bien imité; ni que cette imitation parfaite, quoique difficile, soit absolument impossible. En cela, je ne suis point de son avis; l'expérience a prouvé qu'il est impossible de transporter dans une langue aussi timide, aussi peu harmonieuse que la nôtre, les grandes beautés des poètes grecs et latins. L'abbé Delille lui-même, doué du talent le plus heureux pour la versification, en se donnant toutes les libertés qui sont interdites à un traducteur en prose, n'a pu cependant atteindre aux grands traits répandus dans les Géorgiques: admirable dans les détails didactiques, dans toutes les descriptions techniques, qui ne demandent que la correction et l'élégance d'un vers heureusement tourné, il est foible et languissant dans tous les morceaux de poésie qui demandent de l'imagination et de la verve. Pour s'approprier dans sa langue les beautés d'Homère, de Virgile et d'Horace, il faudroit avoir reçu de la nature un génie à peu près égal à celui de ces grands poètes ; il faudroit être un Boileau, un Racine; et la nature est si avare de tels hommes, qu'on peut regarder comme impossible l'imitation parfaite des anciens chefs-d'oeuvre de la poésie, surtout dans une traduction en prose; travail obscur et ingrat, auquel un homme de génie ne s'astreindra jamais.

JIL

« Je ne conviendrai pas, dit M. Binet, que ces » belles Odes que nous admirons dans Horace, ne

› méritent plus d'être lues dans une traduction, sous » prétexte qu'elles y seront dépouillées de l'enchante» ment du vers latin; comme si le vers latin étoit » la seule chose qui nous enchante dans ces Odes; » comme si la poésie même que nous y voyons briller » avec tant d'éclat, ne consistoit que dans une certaine » mesure de mots et de syllabes.

>

>>

» J'avoue qu'on se dégoûte aisément de lire, non » seulement les Odes d'Horace mais encore les poëmes immortels d'Homère et de Virgile, dans de » mauvaises traductions. Ce sont en effet les versions »ridiculement ampoulées ou plattement fidèles ; ce » sont les froides paraphrases ou les esquisses maigres » et grossières, qui, depuis long-temps, ont décrié » les chefs-d'œuvre de l'antiquité dans l'esprit de bien des gens, et qui, par contre-coup, ont fait négliger l'étude des langues anciennes. Mais, pourquoi ne liroit-on pas avec plaisir une traduction dans laquelle on retrouveroit l'esprit, l'enjoue» ment et la noble délicatesse du plus aimable des poètes? >>

»

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Ce n'est pas seulement la mesure et le rithme du vers latin, qu'on regrette dans une traduction des Odes d'Horace en prose française, c'est la poésie c'est le mouvement, ce sont les images et les tours, c'est, en un mot, le coloris dont tout l'éclat se ternit et s'efface lorsque M. Binet nous parle d'une traduction dans laquelle on retrouveroit l'esprit, l'enjouement et la noble délicatesse du plus aimable des poètes, il bâtit un château en Espagne; mais peutêtre faut-il laisser aux malheureux traducteurs cette agréable illusion; elle seule est capable de faire supporter à ces forçats de la littérature, les travaux pénibles auxquels ils se sontcondaninés; qu'ils conservent

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