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et la proportion qui existent entre la cause et l'effet On voit que toute justice et toute instruction morale dérivent de l'observance de cette règle; mais l'art d'en faire l'application constante, demande une grande droiture d'esprit, et tout le zèle de la vertu.

*

IV. Soustraire son ouvrage à toute influence étrangère qui pourroit contrarier le plan de l'éducation et inspirer à l'enfant des doutes sur sa bonté; premier germe de l'esprit de révolte.

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Ces considérations et mille autres sont pour un père attentif un fonds inépuisable de méditation et d'expérience. Mais que vous soyez père ou que vous ne le soyez point, avez-vous jamais réfléchi au devoir qui vous prescrit une certaine conduite envers les enfans? Le succès de l'éducation ne dépend pas seulement de la vigilance des chefs de famille ou de l'habileté des instituteurs : la prudence des étrangers y entre pour beaucoup. C'est un point sur lequel les plus honnêtes gens devroient s'observer avec une scrupuleuse inquiétude. Tel enfant naturellement plein de lui-même n'attendoit peut-être que vos louanges indiscrettes pour combler la mesure de la présomption et se rendre insupportable à ses parens. Tel père travaille avec douleur, le lendemain d'une fête, à déraciner les mauvaises impressions que des amis trop légers ont produites la veille. Que concluez-vous de là ? Qu'il faut, comme le dit Rousseau, se séquestrer de toute société? Prenez-y garde : le pire de tous les dangers seroit de hérisser de trop de difficultés l'accomplissement d'un devoir dont il faut, au contraire, applanir la voie.

J'ai bien souvent ouvert l'Emile, et j'y ai trouvé quelquefois l'occasion de m'instruire. Mais, le dirai-je à ces hommes qui trouvent mauvais qu'on juge ce

qu'ils admirent? Cette affectation continuelle de singularité, cet air faux et bizarre qu'il donne aux idées les plus vraies, cette censure amère et si souvent injuste des usages reçus; enfin, ce ton désespérant d'un conseiller hautain qui, à chaque oracle qu'il prononce, décide que tout est perdu, si on ne suit pas son avis jusqu'au dernier mot: tout cela n'atteste pas un maître bien sensé. Fénélon nous a laissé quelques vues où respire une doctrine bien différente. Et quel malheur n'est-ce pas qu'un si excellent esprit ne se soit pas proposé un plan plus étendu! Quel guide plus sûr pouvions-nous embrasser?

Je ne me fais point une joie de trouver chez les étrangers une gloire qui n'est pas dans ma patrie; et je dis volontiers avec Cicéron: Esset egregium, non quærere externa, domesticis esse contentos (Orat.) Mais cependant il faut confesser, quoique romain, que Démosthènes est le plus grand orateur du monde. La raison, dans quelque langue qu'elle s'exprime, a droit à nos hommages. Je reconnois donc que l'ou vrage de madame Edgeworth, intitulé: The Practical Education, l'Education-Pratique, est infiniment supérieur à tout ce que j'ai jamais lu sur cette matière; on n'y trouve pas, comme dans Emile, cet appareil. d'imagination et de philosophie, cette profondeur pénible, qui est dans les termes plus que dans les idées, ni ces morceaux si recherchés d'un style plein d'effort. et de travail; mais aucun livre n'excite une plus grande ardeur d'instruction, et n'en remplit mieux le besoin. Il y règne une surprenante abondance d'idées claires, simples dans leur expression, profondes dans leurs conséquences. Le style brille, si je puis parler ainsi, de tout l'éclat de l'intelligence.

J'ai le regret de ne connoître cet excellent traité que

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par les extraits qui ont été publiés dans la Bibliothèque britannique. Mais ce choix des habiles éditeurs suffit pour en donner la plus haute opinion. Il y a un chapitre sur les jouets de l'enfance, où l'auteur développe un grand nombre de vues pleines de sens sur le parti qu'on peut tirer des amusemens de ce premier âge. Quelques mots donneront l'idée de l'esprit qui y règne.

<< Tant que l'enfance a le bon sens et le courage de » gâter ses joujoux, cela va à merveille : mais ordi» nairement on lui apprend à leur attacher une valeur » tout-à-fait indépendante des idées d'utilité et dé » son sentiment propre. On le conjure d'en avoir soin, » parce qu'ils ont coûté fort cher, ou bien on les lui >> donne à admirer comme la représentation des choses » qu'on fait gloire de posséder..... Faudra-t-il » s'étonner s'il se conduit sur les mêmes principes » dans le choix des jouets de l'âge mûr?.... Les amu» semens servent à juger des facultés d'un enfant, et > peuvent être employés à les développer ou corriger » à propos. Ainsi, dans le jeu qui consiste à remettre » ensemble les pièces découpées et éparses d'une carte » de géographie, on distingue aisément l'enfant qui >> aura de l'esprit, de celui qui annonce du juge

>>ment »>.

Dans le chapitre sur les Tâches, Madame Edgewort, après avoir rectifié la méthode dont on se sert pour apprendre à lire, ajoute: « C'est aujourd'hui une > affaire de mode que de tout enseigner en jouant 5 » mais au-delà d'une certaine borne, ce système four» mille d'inconvéniens. L'habitude de s'amuser en » augmente le besoin et diminue la faculté de l'atten» tion. Comme qu'on s'y prenne, on ne réussit point » à instruire sans l'application. C'est l'indispensable

» condition sans laquelle rien d'excellent ne peut

» s'obtenir. Un travail moins long, mais plus attentif,

fatigue moins l'esprit, et développe plus l'intelli

»gence qu'une application molle et long-temps pro» longée.... C'est l'attention qui caractérise l'instruction; toutes les fois qu'elle est excitée, l'enfant travaille, ́ ́» fût-il au jeu ». Je prie les observateurs d'examiner combien cette idée toute simple a de véritable profondeur.

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« C'est un travail délicat que de proportionner le » Vocabulaire d'un enfant à ses dispositions.... Pour un » connoisseur, l'enfant qui a des idées, sans savoir les >> rendre, a tout une autre expression de physionomie » que celui qui se tait sans penser à rien. L'enfant qui réfléchit n'a besoin que d'acquérir des mots..... » La capacité d'un homme dépend beaucoup, peut» être de la méthode qu'on a suivie, pour lui donner » le sens des mots, en même temps qu'on les lui » faisoit apprendre ».

*

On ne peut guère analyser une suite d'idées aussi importantes que celles-là : encore moins pourrionsnous les rapporter toutes. Une dernière citation donnera quelqu'idée de l'agrément que madame Edgeworth sait répandre sur les choses très-sérieuses.

»

<< Peu de lois, et des lois toujours claires et pré»cises. C'est un grand moyen d'ôter des tentations à l'intérêt, et des prétextes à la tyrannie. Il y a, à la » Chine, une loi qui condamne à mort celui qui ne » montre pas un respect suffisant au souverain. Il y >> eut un jour dans la Gazette de la Cour, une anecdote

»

qui n'étoit pas racontée avec une parfaite exactitude: » on mit le rédacteur en prison; l'on décida que mentir >> dans la Gazette de la Cour, c'étoit n'avoir pas un

respect suffisant pour le souverain, et le rédacteur

» fut mis à mort. Un prince du sang fit une marque » sur un mémoire signé par l'empereur Bogdocham : » on persuada à celui-ci que le prince n'avoit pas eu » pour lui un respect suffisant, et il s'ensuivit une » horrible persécution contre le prince et sa famille. » Il y a souvent des hommes qui, comme Bogdocham, » se persuadent trop aisément qu'on n'a pas eu pour » eux un respect suffisant. »

Z.

II.

Principes de l'Education, tirés des ouvrages de Fénelon, Rollin, Fleury, etc.

INSTRUISEZ votre enfant, et il vous consolera, et il fera les délices de votre ame. Il y a trois mille ans que le roi Salomon enseignoit ainsi à son peuple l'importance de l'éducation, et il n'y a pas de père tendre qui n'entende retentir au fond de son cœur de si tou chantes paroles. Sainte éloquence qui respire la vertu, et qu'on devroit retrouver sur les lèvres de tous les pasteurs des nations!

Il n'a pas été donné à la philosophie d'instruire les hommes de cette manière; elle n'a pas ce langage qui sait aller au cœur : c'est bien vainement qu'elle affecte le style sentimental. C'est un art bien stérile que celui de ces auteurs de romans sur l'éducation, qui semblen ne respirer que tendresse pour les enfans, lorsqu'on ne peut oublier la manière dont ils ont traité les leurs, et le sort qu'ils ont préparé aux nôtres. Qu'on me montre, dans les livres de ces précepteurs si tendres,

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