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nesse ne fait que battre la campagne, sans trop savoir ni où elle va ni d'où elle vient, et dont elle ne peut tirer aucune instruction solide, ni aucun trait intéressant, soit pour l'esprit, soit pour le cœur. Le Plutarque de la Jeunesse ; le Buffon de la Jeunesse; la Petite Bibliothèque des Enfans; les Vies des Hommes célèbres de toutes les nations, faisant suite au Plutarque de la Jeunesse : tous ouvrages barbouillés plus ou moins de philosophisme, et farcis de choses que les enfans peuvent ignorer sans valoir moins, ou qu'ils peuvent apprendre sans valoir davantage; enfin, l'Encyclopédie de la jeunesse, nouvelle compilation digne en tout sens de toutes les autres, où sont rassemblés pêle-mêle les objets les plus disparates, depuis la création du monde, jusqu'au calcul décimal de l'an 12, et où, à force de trouver un peu de tout, on ne trouve absolument rien. C'est-là que Pierre Blanchard apprend sur-tout aux enfans à se méfier de la métaphysique, parce que, dit-il, ses raisonnemens ne portant que sur des choses hors de la portée des sens, telles que l'essence de Dieu ou de l'ame, elle fait peu pour la vérité et souvent beaucoup pour le mensonge. Maxime beaucoup plus dangereuse qu'elle ne le paroît d'abord, et à laquelle ne manqueront pas de souscrire les matérialistes qui ne voient de vérités que dans les faits physiques, et qui donnent un tel prix aux sens, qu'ils ne voient hors de là que chimère et mensonge. C'est là qu'il place indécemment le christianisme à côté de la mythologie, afin de les confondre dans la tête des enfans, comme ils sont rapprochés dans son livre; et qu'en parlant de J.-C., il ne parle, dit-il, ni de ses miracles, ni de ses paroles, ni de sa mort, ni de sa résurrection, parce que ces choses sont trop

connues.

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Encore une fois, pères et mères, instituteurs, méfiez-vous de Pierre Blanchard; fermez votre porte à Pierre Blanchard, à ce pillard infatigable, qui fait un livre avec d'autres livres, tous les quinze jours; et n'oubliez jamais que par-tout où vous trouverez Pierre Blanchard, vous êtes sûrs de rencontrer solécismes dans la grammaire, niaiseries dans la morale, et réticence anti-chrétienne dans la religion. X.

V I.

Fables de Phèdre, affranchi d'Auguste, en latin, avec les Fables de Lafontaine, qui y sont relatives, et le Dictionnaire des termes dont l'auteur a fait usage; par Ch.-C. LETELLIER.

JE ne dédaigne aucun ouvrage lorsqu'il peut donner lieu à quelques réflexions utiles; on met, il est vrai, les Fables de Phèdre entre les mains des enfans qui commencent à apprendre le latin; mais Phèdre n'a point écrit pour les petites écoles. Lafontaine en est-il moins un de nos plus grands poètes, parce qu'on fait apprendre et répéter ses fables aux petits garçons, et aux petites filles ? Phèdre est un des auteurs les plus admirables du siècle d'Auguste, si fécond en beaux génies; il occupe une place honorable à côté des Horace et des Virgile, comme notre Lafontaine brille sur le même rang que les Boileau, les Racine et les Molière; nous ignorons absolument quels hommages lui furent rendus par l'admiration de ses contemporains; mais les savans modernes n'ont pas cru

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pouvoir donner assez d'éloges à l'élégante pureté de son style. C'est par cette qualité qu'il se recommande sur-tout; il est plein de grâces, mais de ces grâces qui, semblables à celles de Ménandre et de Térence, ne sont bien senties que par le goût le plus délicat et le plus exercé ; si ses apologues servent à initier la jeunesse dans la connoissance de la langue latine, si son livre est le manuel des commençans, il n'appartient qu'aux plus habiles latinistes d'apprécier tout le mérite de sa diction; Phèdre est du nombre des auteurs attiques, c'est-à-dire de ceux qui ont plus particulièrement recherché la pureté du langage, la propriété de l'expression, la précision du trait, et une sorte de briéveté lumineuse, qui n'ajoute et n'ôte rien à la naïveté primitive de la pensée; il est simple, et Lafontaine ne l'est pas toujours, quoiqu'il soit toujours éminemment naturel. Le fabuliste français regrette quelque part cette simplicité, dont il sentoit tout le prix, et dont il a si heureusement remplacé les grâces par des ornemens d'un autre goût et d'un autre genre; il donne à entendre que notre langue n'en est pas susceptible, et je le crois. La simplicité de Phèdre ne seroit en français que sécheresse et nudité; Lafontaine est en totalité très-supérieur à Phèdre: il paroît avoir reçu de la nature un génie plus facile et plus riche; mais il ne faut pas croire que toutes ses fables soient supérieures à celles de l'auteur latin, qui sont composées sur les mêmes sujets. Phèdre obtient quelquefois la palme avec d'autant plus de gloire, que son rival combattoit, en quelque sorte, contre lui avec les armes qu'il fournissoit au fabuliste français. Je choisis la fable du Loup et de la Cigogne, traitée également par Lafontaine et par Phèdre. Ecoutons d'abord Lafontaine :

Les Loups mangent gloutonnement :
Un Loup donc étant de frairie,
Se pressa, dit-on, tellement,
Qu'il en pensa perdre la vie :
Un os lui demeura bien avant au gosier.

De bonheur pour ce Loup, qui ne pouvoit crier,
Près de là passe une Cicogne;
Il lui fait signe; elle accourt;
Voilà l'opératrice aussitôt en besogne:
Elle retira l'os; puis, pour un si bon tour
Elle demanda son salaire.
Votre salaire, dit le Loup,
Vous riez, ma bonne commère !
Quoi! ce n'est pas encore beaucoup

"

D'avoir de mon gosier retiré votre cou?
Allez, vous êtes une ingrate :

Ne tombez jamais sous ma pate.

Cette fable n'est sûrement pas une des moins parfaites de Lafontaine; cependant la composition du fabuliste moderne y paroît moins exacte et moins délicate que celle du fabuliste ancien. Phèdre débute ainsi :

Os devoratum fauce cum hæreret lupi.

Et j'oserois préférer ce vers, d'une énergie et d'une harmonie si convenables, au développement agréable et plaisant, il est vrai, mais un peu long que Lafontaine a cru devoir y donner : ce développement est absolument superflu; car il n'est point nécessaire de supposer une occasion extraordinaire pour motiver la voracité du plus glouton des animaux; le loup n'avoit pas besoin d'être de frairie pour avaler cet os qui lui reste au gosier; mais s'il imagine en cet endroit, assez inutilement, un motif, il faut convenir qu'il ne mo tive pas assez la conduite de la cigogne. Quoi! un signe de la part du loup suffit pour déterminer cette imprudente à venir mettre son bec dans cette terrible

:

gueule; et, non-seulement elle vient, mais elle accourt, et la voilà aussitôt en besogne. Ah! vraiment c'est faire, je crois, les cigognes trop bêtes! Phèdre ne s'y prend pas ainsi les grues n'ont pas, je pense, beaucoup plus d'esprit que les cigognes; cependant sa grue se fait un peu prier avant de procéder à une si périlleuse opération : d'abord, le loup promet une récompense; ensuite il s'engage, par serment, à tenir

sa promesse :

Magno dolore victus cœpit singulos

Inlicere pretio, ut illud extraherent malum;
Tandem persuasa est jurejurando gruis....

Il est vrai que de tous les animaux la grue fut la seule qui crut à cette promesse et à ce serment; mais combien Phèdre n'est-il pas supérieur à Lafontaine dans la description de l'opération? Les choses se passent bien lestement; et même, s'il faut le dire, un peu séchement dans le fabuliste français:

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L'auteur latin fait bien mieux sentir le péril et la sottise de la

: grue

Gulæque credens colli longitudinem
Periculosam fecit medicinam lupo.

Ces vers sont admirables, et dans toute la fable de Lafontaine il n'y a rien d'une telle force, sous le rapport de l'expression et du style : ce colli longitudinem est de la plus belle harmonie imitative et pittoresque. Enfin, dans Phèdre, la grue demande, à bon droit, la récompense que le loup avoit promise avec serment; mais, dans Lafontaine, le loup n'a rien promis, et la cigogne a un peu mauvaise grâce d'exiger un salaire, après une bonne action à laquelle elle s'est

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