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pu leur donner l'esprit, le talent et l'éloquence; moyens séduisans, mais toujours foibles, lorsque la raison et l'expérience ne leur servent pas d'appui. Les professeurs de l'Université, ces hommes dont l'élection étoit soumise aux plus sévères épreuves, n'étoient, suivant eux, que des pédans qui ne savoient que le latin et le catéchisme on leur reprochoit surtout de ne savoir pas écrire en français. Rollin, cependant, avoit fait d'avance une belle réponse à ce reproche : il avoit écrit, dans notre langue, avec plus d'art, de variété, de grâce et de talent, que la plupart de ces censeurs orgueilleux, auxquels un ton fier et une causticité cynique tenoient lieu de tout génie ; et les ouvrages les plus essentiels pour l'instruction, sortirent de cette même Université, si violemment et si ridiculement décriée : car on doit considérer l'Histoire Ancienne et l'Histoire Romaine de M. Rollin, l'Histoire des Empereurs de Crevier, l'Histoire du Bas-Empire de Le Beau, comme les premiers élémens de toutes les connoissances historiques que les gens du monde peuvent acquérir.

Rollin, protégé par le suffrage de l'écrivain le plus renommé du siècle, n'eut à soutenir que des attaques indirectes: Le Beau, dont l'emphase avoit du rapport avec le style à la mode, trouva grâce devant les juges suprêmes de la littérature; mais Crevier fut exposé à toute leur rigueur. Il étoit coupable de deux crimes impardonnables; il avoit composé une Histoire de l'Université, où les services rendus à l'Etat par cette société savante, étoient exposés avec toute la candeur et toute la simplicité que le genre exige: on y voit cette compagnie, dont l'origine remonte aux premiers âges de la monarchie, jeter, dans les Gaules soumises à des Conquérans barbares, les premiers fondemens des

sciences qui adoucissent l'esprit, épurent les mœurs, civilisent les peuples, et concourent à l'illustration, à la gloire et au bonheur des nations; on y prend une idée du rôle important que jouoit, dans les affaires de l'Etat, ce corps de docteurs et de professeurs, avant que tout eût plié sous l'autorité royale ; on aime à y voir briller le nom des grands hommes qu'il a produits mais tout cela n'étoit point du goût de nos penseurs, qui ne vouloient pas qu'on retraçât la gloire de l'Université dont ils méditoient la ruine. Crevier, d'ailleurs, avoit manqué de respect aux doctrines accréditées, en attaquant Montesquieu : une brochure, où il relevoit avec autant de modération que d'exactitude et de jugement les erreurs et les sophismes de ce grand écrivain, fut traitée de libelle. L'étude approfondie qu'il avoit faite des historiens de l'antiquité,lui donnoit le droit de censurer les fautes d'un homme de génie, qui fut souvent égaré par son génie même.Voltaire a fait sur les ouvrages de Montesquieu, des critiques cent fois plus amères et plus sanglantes que celles de Crevier; mais ce qu'on passoit au chef de la littérature, ne pouvoit apparemment se pardonner à un simple professeur : le censeur imprudent fut baptisé de tous les noms que des fanatiques peuvent pro-, diguer à des infidèles ; il fut appelé bête de somme, âne, cheval, cuistre, laquais de Rollin, par le parti. tout entier, surtout par l'écrivain qui avoit encore plus de torts que lui envers Montesquieu, si l'on peut nommer ainsi des critiques solides et justes; et comme les bons mots, et même les injures font toujours beau coup d'impression sur la multitude, la réputation de M. Crevier en est restée flétrie.

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Cependant les connoisseurs conviennent que nous avons peu d'historiens plus exacts et plus judicieux

il l'emporte à cet égard sur Rollin, dont il est fort éloigné d'avoir le talent, le style et les grâces. La nature qui avoit refusé ces dons heureux à l'historien des Empereurs, lui avoit accordé un sens très-droit et un esprit éminemment juste ; c'est ce qu'on observe aisément en lisant son ouvrage avec quelqu'attention : on est même quelquefois étonné de la profondeur de ses jugemens, et de la sagacité avec laquelle il analyse et redresse les erreurs des auteurs anciens. L'autorité même de Tacite ne lui en impose pas; il ne connoît d'autre autorité que celle de la raison: il substitue quelquefois ses pensées à celles de ce grand auteur ; et ses corrections sont presque toujours dictées par le bon sens. M. Crevier n'est sûrement pas un Tacite ; mais son jugement a souvent raison contre le génie de l'historien latin. Son style est quelquefois incorrect, quelquefois d'une familiarité un peu grossière; mais il est, en général, clair et précis : il y a beaucoup à profiter dans la lecture des ouvrages de ce professeur, que d'injustes préjugés nous représentent comme un lourd et ennuyeux pédant.Ma

Je voudrois que des sarcasmés et des injures, inspirés par les plus ridicules préventions, ne fussent pas capables d'étouffer la reconnoissance due à ces écrivains laborieux, qui ont défriché pour nous les champs de l'antiquité. Les services rendus à la littérature par Rollin, Crevier et Le Beau, sont inappréciables ceux qui jouissent du fruit de leurs travaux ne se doutent pas ordinairement de ce qu'il a coûté; ils seroient peut-être moins ingrats, s'ils savoient combien il a fallu lire et dépouiller d'auteurs pour composer ces utiles compilations, qui ont rendu l'instruction vulgaire. Crevier n'est pas toujours soutenu et guidé par Tacite que d'historiens obscurs, insipides et rebu→→

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tans illa eu à dévorer dans le cours de son travail ! Les noms même de ces écrivains ne sont connus que des savans, et leurs ouvrages, ensevelis dans la poussière des bibliothèques, n'en sont tirés que par les mains les plus laborieuses: Dion Cassius n'est pas familier aux gens du monde ; mais qui est-ce qui a entendu parler de Spartien, de Lampride, dé Capito→ lin, de Vulcace et de Vopisque ? Et qui est-ce qui seroit allé puiser dans de tels auteurs les lumières que l'on trouve dans l'ouvrage de Crevier, sur une des parties les plus importantes, les plus intéressantes et les plus curieuses de l'histoire?

Y.

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XXXV.

Sur Du BELLOI.

1) P

DU BELLOI sortit de la vie, indigné de l'injustice et

de l'ingratitude du siècle. Quelques réflexions sur la destinée de cet auteur pourront être utiles à la morale comme à la littérature.

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ཨཎྜ ནྟི ན ལྟ

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Emporté par son goût pour la poésie et pour le Théâtre, goût funeste, qui , qui sur cent jeunes gens en perd au moins quatre-vingt dix-huit; du Belloi se brouilla avec sa famille, s'enfuit de la maison d'un oncle qui lui tenoit lieu de père, parce que cet honnête homme vouloit le forcer à prendre un état dans la société tous sont ridicules aux yeux d'un métromane; le jeune fanatique ne voyoit rien de plus beau et de plus honorable dans le monde que d'aller de ville en ville amuser le peuple et se faire siffler pour de l'argent.

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Après avoir exercé ce métier sublime dans plusieurs cours du Nord, il se rendit à Pétersbourg. Cette capitale de toutes les Russies commençoit à devenir la patrie de nos artistes sans condition et de nos auteurs sur le pavé: c'est là qu'il passa le temps de sa jeunesse, sous le nom supposé de Dormond du Belloi, qu'il avoit substitué à son véritable nom de Buyrette, trop simple et trop peu sonore pour un héros tragique.

Heureusement les parens de du Belloi avoient cultivé son heureux naturel par une sage éducation et de bonnes études. Il fut, dans son enfance, un des élèves les plus distingués du collége Mazarin : cet acquis le soutint dans une terre étrangère contre les dangers de sa profession. Il se montra toujours plus honnête que son état de transfuge et de comédien : trèscapable d'illusions, il étoit incapable de bassesses; son ame resta noble et fière jusque dans l'avilissement où il s'étoit plongé, et il essaya de relever par la gloire d'auteur ce qu'il y avoit d'humiliant dans son métier d'histrion. (*)

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Toujours attaché à sa patrie, toujours bon français chez les Russes, du Belloi revola vers son pays natal dès qu'il crut pouvoir s'y montrer avec quelque gloire: il vint à Paris avec une tragédie dont le succès devoit le rendre à son pays, à sa famille, à lui-même. Qu'on est à plaindre quand on attache son sort à celui d'une tragédie! Cette pièce, imitée de Métastase, est intitulée Titus ; cette pièce, dont du Belloi attendoit tout son bonheur, fut cruellement sifflée; l'auteur ne voulut pas même risquer une seconde représentation,

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(*) Ce que je dis des comédiens ne peut s'appliquer qu'aux sajets médiocres; il y a exception pour les grands acteurs ; ils sont absous par les talens: or du Belloi étoit mauvais comédien.

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