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autres sont des hommes à systèmes, qui croient avoir fait des découvertes sur la marche de l'esprit humain, qui traitent l'expérience de routine, qui s'imaginent que le monde les attendoit pour penser juste sur une des matières les plus. importantes; enfin, les derniers ne sont que des compilateurs qui vont prenant de tous côtés des lambeaux qu'ils assemblent tant bien que mal, et dont ils forment des Recueils qui du moins ne sont point dangereux, s'ils peuvent paroître assez inutiles. C'est dans ce rang qu'il faut mettre M. Edmond Cordier: éloigné par son caractère connu, de toute espèce de supercherie, de toute fraude, de tout coupable calcul, et je puis dire même de toute vue intéressée, il ne s'écarte guère moins par la nature et par la tournure de son esprit, de toute prétention aux nouveautés et aux découvertes, de toute méditation hardie, de tout raisonnement hasardé, de toute théorie extraordinaire; enfin, de toute subtilité. M. Cordier ne pense ni ne dit rien de lui-même ; tant mieux : vous ne trouverez en lui ni un sophiste ingénieux, ni un docteur raffiné, ni un grammairien transcendant; mais vous reconnoîtrez dans ses ouvrages un homme zélé, un homme vraiment ami de l'enfance, qui veut le bien, qui le cherche, peut-être avec plus d'ardeur que de lumières, avec plus d'empressement que de sagacité; mais du moins sans s'égarer dans des routes trompeuses, sans se perdre dans de vains projets, sans se laisser éblouir par les fausses lueurs de l'ambition.

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Avant que M. Cordier fit des lettres pour le premier âge, il prenoit déjà une part très-active à l'éducation; il étoit fort connu de beaucoup d'instituteurs et de beaucoup de gens du monde, qui le voyoient avec plaisir se joindre, par pur zèle, aux institu

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feurs, pour exciter, animer l'émulation de la jeunesse. S'agissoit-il de donner un certain éclat à un' examen, d'y attirer la foule? M. Cordier se mettoit en course faisoit un appel à toutes ses connoissances, qui sont fort nombreuses, employoit auprès de chacun les moyens qu'il savoit les plus propres à le toucher; pressoit, prioit, conjuroit, et venoit toujours à bout de remplir la salle, qui souvent même se trouvoit trop petite, et ne pouvoit contenir la multitude des auditeurs qui affluoient de toutes parts, attestoit ainsi l'utile et louable activité de ce zélé négociateur. S'agissoit-il de préparer une distribution de prix ? C'étoit là que triomphoit M. Edmond Cordier. Son goût dirigeoit les décorations; il prési→ doit à tout avec une présence d'esprit imperturbable et un sérieux très-imposant : il donnoit les consignes ; il plaçoit les spectateurs ; il avoit l'oeil sur l'or chestre; il commandoit les applaudissemens et les fanfares; et, dans l'exercice de ces graves fonctions, on voyoit percer le tendre intérêt qu'il prenoit aux succès des enfans et à la joie des mères. C'est un caractère ; mais je ne m'amuse pas à tracer ici un caractère idéal je parle de choses qui sont connues de tout Paris; car nul homme n'est plus répandu. Qui n'a pas vu l'abbé Cordier, ou qui du moins n'en a pas entendu parler? M. Cordier crut sentir enfin qu'il pouvoit être plus directement utile à l'enfance, en composant des ouvrages; et il s'est mis à composer des ouvrages peut-être auroit-il mieux fait de renfermer toujours son zèle dans le cercle des fonctions volontaires qu'il remplissoit si bien; mais, qui n'a pas ses illusions? On vit donc d'abord sortir de ses mains l'Abeille française, dont tout le miel étoit destiné aux maisons d'éducation. La pureté des inten

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tions de l'auteur fut récompensée par des éloges d'un grand poids d'un côté, M. l'abbé Sicard rendit compte de cet ouvrage à l'Institut, et le compara à une sorte de lycée, où de grands moralistes entretiennent leurs auditeurs sur tous les objets qui interessent le plus la société humaine; de l'autre, l'un des rédacteurs du Journal de l'Empire voulut bien reconnoître que l'auteur avoit extrait véritablement le suc des fleurs les plus odoriférantes et les plus salutaires, pour en composer un tissu d'instructions aussi utiles qu'agréables. A parler sans figure, on peut dire que ce Recueil est du nombre de ces compilations estimables, que le zèle et quelquefois l'intérêt ont multiplié pour l'instruction de la jeunesse, et qu'on est d'autant plus disposé à louer, quand elles ne sont pas dangereuses, que toutes les critiques, si l'on vouloit les critiquer, se borneroient à faire remarquer leur inutilité.

Il n'y a que trop de livres pour l'enfance : quand cessera-t-on de nous accabler de Recueils, de Grammaires, d'Elémens de tout genre? L'éducation est depuis cinquante ans l'objet de toutes les réflexions des têtes les plus pensantes, et le sujet de discussions et de disputes, où l'on ne s'entend guère. De là cette multitude de livres, qui tous ont pour but de rendre l'instruction plus agréable et l'étude moins épineuse. C'est dans cette vue que M. Cordier a composé le Mémorial de Théodore, qui contient les premières et les plus simples notions de la géographie, de l'astronomie, de l'arithmétique, de l'histoire naturelle, de l'histoire proprement dite, de la grammaire, et même de la logique. Il existe beaucoup d'ouvrages de ce genre: l'auteur de celui-ci a-t-il mieux atteint le but que ses prédécesseurs? Voilà la question: ce

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qui n'en sauroit faire une, c'est qu'il est bon de cultiver la mémoire, et d'orner l'esprit des enfans dès le premier âge. Les parens ne doivent pas trop se hâter de les envoyer dans les maisons d'éducation; mais il ne faut pas que ces tendres années qui se passent à l'ombre du toit paternel, soient perdues pour l'instruction. Quintilien veut que l'enfant apprenne toujours tout ce qu'il est en état d'apprendre; lorsque son intelligence commence à s'ouvrir, elle peut recevoir les premiers germes de quelques connoissances utiles. Pourquoi ne lui donneroit-on pas alors une légère idée de l'astronomie? Pourquoi ne déposeroit-on pas dans sa mémoire les premiers principes de la géographie et de l'histoire? Pourquoi n'apprendroit-il pas un peu d'histoire naturelle, de cette science si attrayante et si facile, que la nature semble nous enseigner elle-même? On sait combien fructifient les semences jetées dans un esprit neuf et tendre. Beaucoup de gens ignorent, toute leur vie, les élémens des sciences les plus agréables et les plus nécessaires: parce qu'on ne les leur a pas enseignées dès l'enfance. Le temps vient ensuite des vraies, des solides études exclusives, qui ne peuvent point souffrir de partage, et auxquelles il seroit dangereux d'en mêler d'étrangères. Mais on retrouve un jour ce qu'on a acquis dans le premier âge.

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Théodore est un personnage fictif, c'est l'Emile de M. Cordier; il savoit, à neuf ans, tout ce que renferme cet ouvrage, et même il avoit copié de sa main le Recueil entier pendant ses vacances. Théodore étoit une petite inerveille : les merveilles ne coûtent pas plus à imaginer dans les traités d'éducation que dans les romans. Il seroit utile sans doute

qu'un enfant sût, au même âge tout ce que savoit Théodore, excepté pourtant quelques mauvais vers et quelques mauvaises phrases que son précepteur a laissé se glisser dans cette compilation. M. Cordier a voulu orner l'instruction; et son goût pour la décoration l'a suivi jusque dans la composition de ce petit ouvrage ; mais ses ornemens ne sont pas toujours d'un bon choix par exemple, après une petite dissertation sur l'art de l'écriture, enjolivée d'un petit conte, il pouvoit se dispenser, je crois, de faire apprendre à Théodore l'énigme suivante :

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Ma charrue est légère, et cinqboeu fs que j'y mets
La font aller de reste, ainsi que l'on peut croire.

Le champ que je laboure est blanc comme l'ivoire ;

Ce que j'y sème est noir comme le jais.

Je voudrois aussi que Théodore effaçât de sa mémoire une phrase qu'assurément il aura trouvé fort belle, et qui vient à la suite de quelques principes d'anatomie : « Le cœur est le chef-d'oeuvre de la » nature; il semble qu'elle ait employé toute son » industrie à le construire. Il est logé comme un » roi, au milieu de ses sujets, et meut les autres » membres, en leur donnant ses ordres, sans des» cendre de son trône ». Cette phrase a plus de pompe que de justesse; la nature n'est pas moins admirable dans la construction des autres parties du corps humain que dans celle du cœur ; le cœur ne donne point d'ordres; il est le principe et le centre du mouvement; mais il ne le dirige pas c'est une puissance aveugle. Pour égayer la leçon d'arithmétique, M. Cordier l'a terminée par une petite pièce de vers, qui n'est pas mauvaise en elle-même, et qui n'a que le défaut d'être devenue un peu triviale,

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