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de tous les principes; mais ils n'ont pas sa grâce pour colorer leur doctrine; ils ne sont que des pédans fort dangereux; ils attaquent la religion, parce qu'elle est un frein, et l'autorité des rois par la même raison. Ils prêchent l'égalité des conditions, pour niveler tout ce qui s'élève au-dessus d'eux; enfin ils opèrent par leurs écrits ce qu'on faisoit dans les jours d'ignorance, par les conjurations, par le poison et le fer. Les rois s'endorment là-dessus. L'Eglise lance des foudres perdues, le parlement brûle un livre pour le multiplier; l'avenir est menacé des terribles effets de cette insouciance, elle sera le germe de grands malheurs ».

Assurément tout cela est bien pensé, parfaitement peint; il y a même quelque chose de prophétique dans les dernières lignes, et cependant rien ne paroît plus déraisonnable que d'entendre de semblables vérités sortant de la bouche d'un homme qui n'avoit ni principe ni religion, et qui écrivoit en même temps des mémoires destinés à l'impression, dans lesquels le trône est autant avili et la religion autant insultée que dans aucun des ouvrages de cette extravagante philosophie.

M. de Besenval se montre faux et superficiel en matière de politique et d'administration, de même qu'il s'est fait voir en morale sans principes et sans frein et cela devoit être, car la saine politique a sa source dans la morale, et la corruption de ceux qui gouvernent commence toujours la décadence des empires. Aux anecdotes scandaleuses succède le récit de quelques intrigues de cour que M. de Besenval présente comme des affaires fort importantes, parce qu'il y a joué un rôle, et dont le résulat est presque toujours la nomination d'un homme médiocre à la

place d'un autre à-peu-près de la même valeur. Sa manie principale étoit de créer des ministres, et l'on voit qu'il se donnoit beaucoup de mouvement pour faire mettre en place ses amis; mais quelque importance qu'il veuille s'attribuer dans toutes ces petites menées, en examinant bien la chose, on voit que cela se réduit à quelques mots dits à l'oreille, à des bavardages de salon qui ne lui réussissent presque jamais.

Il a une manière très-singulière de louer les personnes qu'il estime. Après avoir présenté le garde des sceaux Lamoignon comme un homme d'une probité vraiment antique et dévoré de zèle pour le bien public, il dit naïvement qu'il comptoit d'autant plus sur ses dispositions à adopter un plan de réforme qu'il lui avoit présenté, que ce plan offroit à ce ministre la possibilité de jouer le principal rôle, · objet, dominant, ajoute-t-il, et qu'il faut toujours présenter. Il est certain que d'après les principes établis dans tout l'ouvrage, il doit sembler impossible à M. de Besenval que l'on fasse une action louable par un autre motif que celui de l'intérêt personnel, et cette fois-ci il s'est montré conséquent, excepté cependant dans ses éloges; car, d'après les mêmes principes, une action ne peut être en ellemême ni bonne, ni mauvaise, il n'y a ni honnêtes ni fripons; l'intérêt personnel légitime tout : gens, il s'agit seulement d'éviter de se faire pendre, et tout va bien.

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Le style est loin de dédommager de la nullité et de l'indécence du fond on peut pardonner à un homme du monde d'écrire sans correction; mais on s'attend à trouver en lui de la grâce, de l'élégance, de la finesse; et les mémoires de M. de Besenval ne

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rachètent par aucune de ces qualités leur extrême incorrection. Elle est telle, qu'elle passe même celle qui est tolérée dans la conversation; et si l'on n'étoit convaincu que M. de Ségur, éditeur de ces mémoires, étoit un homme rempli d'honneur et de probité, et qui, dans leur publication, n'a fait, d'après son propre témoignage, qu'exécuter les dernières volontés de l'auteur, on seroit fondé à ne considérer cet amas indigeste d'anecdotes ou scandaleuses, ou insipides, ou triviales, que comme un simple recueil de notes, qu'un homme sensé n'eût jamais destiné à l'impression. Cependant, bien qu'on ne puisse douter des intentions de M. de Besenval, au sujet d'un ouvrage qui répandra sur sa mémoire une tache ineffaçable, M. de Ségur ne nous en semble pas moins coupable pour avoir accompli la volonté du testateur. Qu'il se soit trouvé, dans ce siècle d'erreurs et de corruption, un homme qui ait pensé tout ce que contient un pareil livre, qu'il ait conçu en même temps le projet de publier tout ce qu'il a écrit, c'est une chose qui n'étonne point ceux qui ont réfléchi sur l'inconcevable aveuglement de ce temps déplorable; mais qu'après quinze ans de malheurs inouis, résultat de tant d'immoralité, de fausses opinions, d'indifférence politique et religieuse, il s'en rencontre un autre assez insensible à d'aussi terribles leçons, pour accomplir l'extravagante volonté du premier, pour ne pas faire cette réflexion si simple, si naturelle, que si l'auteur eût survécu aux orages révolutionnaires, il est plus que probable que, mieux conseillé par une aussi cruelle expérience, il eût, lui - même, effacé jusqu'aux moindres traces de son odieux ouvrage; voilà ce que nous pouvons à peine concevoir. Il est donc des hommes que rien ne peut

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émouvoir et corriger, ni les revers les plus affreux, ni les exemples les plus effrayans, et qui, semblables à ces faux dieux dont parle le Psalmiste, ont des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point N.

entendre !

XXIV.

Œuvres posthumes du duc de Nivernois, publiées à la suite de son Éloge; par M. FRANÇOIS (de Neufchâteau).

DEUX

EUX volumes d'Euvres posthumes de M. le duc de Nivernois, après huit volumes d'Œuvres publiées du vivant de l'auteur, c'est beaucoup; c'est peut-être même trop : le zèle des panégyristes, qui ne sont pas toujours des éditeurs, et celui des éditeurs, qui sont toujours des panégyristes, s'emporte quelquefois trop loin. Il me semble que M. François ( de Neufchâteau ) n'avoit pas besoin d'appuyer son Eloge de M. de Nivernois de deux nouveaux volumes; ce n'est pas que ces deux volumes ne renferment des choses dignes de louanges, et très-capables d'ajouter à la réputation d'un homme, qui, dans le haut rang où sa naissance et ses dignités l'avaient placé, ne dédaigna point la gloire des lettres, et crut avec raison que la culture des arts de l'esprit, pouvoit rehausser l'éclat de son origine, de sa fortune, de ses emplois ; mais il eût mieux valu peut-être refondre l'édition que de l'augmenter, en élaguer beaucoup de morceaux que l'indulgence des contemporains a pu applaudir, et que le goût sévère de la postérité voudra rejeter, et

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par ces sages retranchemens se ménager le moyen de réduire au moins à huit volumes tout ce qui, dans les dix volumes qui composent aujourd'hui le recueil de M. de Nivernois, peut véritablement contribuer à la gloire littéraire de l'auteur. Ce n'est point par le nombre des tomes que l'on juge du mérite des écrivains les ouvrages de ceux qui se sont le plus illustrés par leur talent et leur génie, n'occupent qu'une très-petite place dans nos bibliothèques; Horace et Virgile, Boileau, Racine et Lafontaine, n'ont point ambitionné le faux honneur d'étaler aux yeux de la postérité une multitude de volumes; et l'on peut appliquer avec justesse aux livres un ancien axiome, qui se trouve également exact, dans plus d'un sens, et dans plus d'une circonstance: Il faut les peser, et non les compter.

Les huit premiers volumes de M. de Nivernois parurent à une époque où la critique, qui se taisoit depuis long-temps, ne put les apprécier. C'étoit un singulier moment pour publier les ŒŒuvres d'un duc et pair de France, que celui où toutes les passions révolutionnaires étoient déchaînées, et où M. le duc de Nivernois n'étoit plus que le citoyen Mancini : en perdant ses titres de grand seigneur, il sembla vouloir réaliser ceux d'homme de lettres, et il laissa, pour ainsi dire, sur sa tombe, ces huit volumes de vers et de prose, qui ne pouvoient guère fixer l'attention dans un temps où la littérature étoit anéantie par des intérêts d'un ordre supérieur, et ne subsistoit plus que dans les prétentions, toujours très - actives, de cette foule de mauvais auteurs qui vouloient profiter du trouble et du chaos pour se faire des réputations, auxquelles le retour de l'ordre devoit être si fatal. Les Œuvres de M. de Nivernois se trouvèrent donc

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