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'des raisons qu'il allegue pour soutenir les dogmes ils different. Vain triomphe! M. de Fénélon est, dans tout son ouvrage, également solide, également clair et intelligible. La foiblesse et l'obscurité ne sont que dans les yeux du lecteur protestant, que ses malheureuses préventions empêchent de concevoir et de considérer sous le même point de vue les preuves évidentes

que M. l'archevêque de Cambrai donne en faveur des doctrines fondamentales, et les raisons qu'il allegue pour soutenir les dogmes de l'église romaine.

M. de Cambrai, en parlant du mariage, s'exprime en ces termes (1): « Admirez les richesses de la

grace « de Jésus-Christ, qui n'a pas dédaigné d'appliquer le « remede à la source du mal, en sanctifiant la source « de notre naissance, qui est le mariage. Qu'il étoit «c convenable de faire un sacrement de cette union «c de l'homme et de la femme, qui représente celle « de Dieu avec sa créature, et de Jésus-Christ avec « son église » ! Le critique ne trouve dans ces paroles qu’un tour de prédicateur(-), c'est-à-dire une de ces phrases pompeuses qui ne signifient rien; mais nous le renvoyons encore au cinquieme chapitre de l'épître aux Éphésiens. Qu'il lise les versets 22, 23, et les suivants; il y reconnoîtra peut-être que ce tour de

(1) Éducation des filles, chap. VIII. (2) Avertissement, p. 2,

prédicateur renferme précisément la doctrine de l'apôtre saint Paul, qui nous enseigne lui-même cette grande vérité, que le mariage est une image des noces spirituelles de Jésus-Christ et de l'église.

Notre censeur continue ainsi (1) : Une seconde raison qui doit obliger toutes sortes de personnes à la lecture de cet ouvrage, c'est que M. de Fénélon est dans le fond beaucoup plus réservé sur le chapitre de la religion qu'on ne l'est ordinairement dans la communion romaine. On voit bientôt qu'il n'est pas extrêmement superstitieux: il passe fort légèrement sur certains dogmes épineux de son église, et les explique dans les termes les plus doux et les plus généraux qu'il peut trouver.

Ce n'est ici qu'un tissu de malignes imputations. L'éditeur protestant s'efforce d'attirer à son parti l’écrivain catholique. Nous prions les lecteurs équitables de voir les chapitres VII et VIII de cet ouvrage, et d'examiner attentivement s'il y a de la probité à soupçonner l'auteur de ne pas croire sincèrement tous les articles que croit l'église , et de n’avoir pas le courage de s'en expliquer nettement.

On n'y trouve pas seulement, ajoute l'éditeur (2), le nom de transsubstantiation et d'adoration du sacrement, ni celui de purgatoire; on n'y apprend point

(1) Avertissement, p. 2. (2) Ibid.

aux enfants à se prosterner devant les images, ni à invoquer les saints, ni à prier pour les morts , ni à gagner les indulgences. Donc M. de Fénélon n'admettoit aucun de ces' articles de la croyance de l'église. Cette conséquence seroit aussi contraire à la bonne foi qu'aux regles de la logique. Si le silence dont on se prévaut étoit affecté, il en résulteroit tout au plus une preuve négative de l'indifférence de M. de Cambrai. Mais le prélat ne l'a point affecté : les bornes qu'il s'étoit prescrites sans doute afin d'être plus commode et plus utile, la nature même de son ouvrage, ne lui permettoient point de s'étendre sur les sujets qu'on prétend avoir été omis à dessein. En traitant de l'éducation des filles, il ne s'étoit point engagé, ni à composer des dissertations contre les protestants, ni à donner un cours complet de théologie. Il le fait assez entendre lorsqu'il dit au sujet de l'incarnation, chapitre VIII: « Je n'entreprends point « de dire ici comment il faut leur enseigner (aux en

fants) le mystere de l'incarnation, car cet engage« ment me meneroit trop loin, et il y a assez de li« vres où l'on peut trouver à fond tout ce qu'on en « doit enseigner ». Ces raisons et le propre langage de l'auteur dissipent les soupçons que l'on vouloit répandre sur ses sentiments.

Quelle injustice encore d'insinuer que M. de Fénélon ne faisoit pas grand cas des cérémonies de l'église, parcequ'il recommande expressément qu'on ait soin de répéter souvent à ceux qu'on instruit, « Que les cérémonies servent à exprimer et à exciter « notre religion, mais qu'elles ne sont pas la reli« gion même, qui est toute au-dedans puisque Dieu « cherche des adorateurs en esprit et en vérité ».! Le censeur, prévenu des faux principes des réformés sur l'adoration, a cru les appercevoir dans cet avis de M. de Fénélon, qui a voulu simplement détourner de l'abus et de la confiance aveugle dans les seules pratiques extérieures.

Ainsi ce qui rend en effet cet ouvrage également utile aux catholiques et aux protestants, ce n'est pas que M. de Fénélon y affoiblisse la doctrine de l'église, mais c'est qu'il y pose des principes d'éducațion qui doivent être communs aux protestants et aux catholiques,

DES FILLE S.

CHAPITRE PREMIER:

De l'importance de l'éducation des filles. Rien n'est plus négligé que l'éducation des filles. La coutume et le caprice des meres

caprice des meres y décident souvent de tout : on suppose qu'on doit donner à ce sexe peu d'instruction. L'éducation des garçons passe pour une des principales affaires par rapport au bien public; et quoiqu'on n'y fasse guere moins de fautes que dans celle des filles, du moins on est persuadé qu'il faut beaucoup de lumieres pour y réussir. Les plus habiles gens se sont appliqués à donner des regles dans cette matiere. Combien voit-on de maîtres et de colleges ! Combien de dépenses pour des impressions de livres, pour des recherches de sciences, pour des méthodes d'apprendre les langues, pour le choix des professeurs ! Tous ces grands préparatifs ont souvent plus d'apparence que de solidité; mais enfin ils marquent la haute idée qu'on a de l’éduca

, tion des garçons. Pour les filles, dit-on, il ne faut pas

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